lieux communs (et autres fadaises)

mercredi 21 juin 2017

brimborions (avril/juin)

 

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mardi 20 juin 2017

"ça n'a rien à voir avec le réel..."

112
LE JOUR D'APRES
de Hong Sang-Soo

Allé à Besac tout spécialement pour le voir, quand j'ai appris qu'on ne pouvait pas l'avoir aux dates prévues dans le bôô cinéma. J'vais prévu de voir sans doute un autre film à la suite, mais j'étais tellement ravi en sortant de celui-ci que j'ai préféré rester sur le goût délicieux qu'il m'avait laissé.
Soyons clair : avec HSS, il s'agit d'une belle histoire d'amour qui dure... Avec, ça et là, des sommets, et parfois aussi, re-ça et re-là des petites baisses de forme. Là, on est au-dessus. Tout au-dessus.
D'abord parce que j'étais avec Mimichounette, qui a changé de film pour m'accompagner *, ensuite parce que je n'y ai pas -ô, prodige!- dormi une seconde, ce qui prouve à quel point j'étais captivé. Le film est dans un trés beau noir et blanc (j'ai pensé à Nuits calmes à Séoul, que j'avais adoré), utilise peu de décors (une cuisine, le bureau d'un éditeur, une restaurant chinois), et consacre beaucoup de plans (fixe) à des champs/contrechamps sur des hens qui parlent, qui discutent, qui échangent... voire qui philosophent (c'était justement le jour du bac de philo, et vous devez savoir la sainte horreur que j'ai de, justement, la "philosophie"), il sera successivement question de l'adultère, de la lâcheté, du réel, de Dieu, même (si, si), et, forcément, d'amour, et, forcément, de mensonge, d'échec et de tristesse aussi. Mais tout ça est léger et craquant et délicieux comme la plus fine et la plus exquise des gaufrettes.
Il est surtout question, finalement, de la pusillanimité (ce mot n'est pas dans la film, mais il me semble plutôt juste pour le décrire) du personnage masculin principal, qui tente (mollement) de se débattre, entre son épouse qui le soupçonne d'avoir une maîtresse, sa maîtresse, justement qui l'a quitté pour un autre, et la remplaçante de sa maîtresse, qui, le premier matin de son nouvel emploi, va être prise par l'épouse pour la maîtresse en question.
C'est un régal, il n'y a pas d'autre mot.
Comme d'hab' ça a l'air tout simple, fait avec deux bouts de ficelle et trois coups de cuillère à pot, ça ne paye pas de mine, mais c'est admirable. je vous l'ai déjà dit, je n'en ai pas perdu une miette.
Au début, comme d'hab' aussi j'étais extrêmement attentif, essayant de dénombrer avec précision combien il ya avait de femmes et combien d'hommes, et qui faisait quoi. Et le film progresse, finalement, d'une façon plutot linéaire (avec comme d'hab' des ellipses assez brutales, qui font croire parfois, à tort qu'il s'agit d'un souvenir, ou d'un fantasme, ou de je ne sais pas moi... mais non c'est juste l'histoire qui suit son cours, et les acteurs qui expérimentent diverses choses. l'impression très nette de déjà vu qui se dégage de l'avant-dernière scène se justifie, , en fin de compte, à la perfection. Et c'est la deuxième fois qu'on voit, dans le dernier plan d'un film d'HSS, une demoiselle qui s'éloigne, de dos, sous la neige... (petit jeu -dont je ne connais pas la réponse : c'était dans quel film, l'autre fois?)

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(et j'aime beaucoup l'affiche, en plus...)

* (même qu'au début nous étions seuls dans la salle et que nous avons chanté "les fiancés d'Auvergne")

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lundi 19 juin 2017

les bambous en fleur

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SAYONARA
de Koji Fukada

Emigrés
Retour au Japon pour ce second film de Koji Fukada. Si on ne change pas de pays on change d'époque (un futur proche) et de genre (s-f ? uchronie ?) On apprend aux infos que 13 centrales ont été sabotées et ont pris feu en même temps, et donc le pays doit être évacué. On est au Japon, et donc tout cela va se faire dans l'ordre et la discipline, en commençant, bien, sûr, par les privilégiés, et en continuant de descendre dans la liste...  il est juste question de numéros et de tirage au sort. Chacun partira en son temps, mais certains plus vite que d'autres...
Une femme qui dort
L'héroïne du film n'est pas japonaise : c'est une blondinette maigrichonne à la peau pâle, et l'autre non plus d'ailleurs, enfin, pas au sens strict puisqu'il s'agit d'un (e?) androïde. Elle est jouée, d'ailleurs, par un(e?) vra(e) androïde. On fera leur connaissance dans un magnifique plan fixe sur un canapé devant une fenêtre ouverte, avec des rideaux qui volettent (je pourrais regarder ce genre de plan pendant des heures, et j'ai eu le sentiment que le réalisateur le savait...)
Un film lent et contemplatif (et peut-être complaisant avec cette lenteur et cette contemplativité (des critiques ont évoqué l'ombre de Tarkowski) tant on a parfois le sentiment que le réalisateur pousse la durée de son plan au-delà du bout du bout.) sSur une histoire pas très guillerette ("et à la fin, elle meurt" -ou plutôt, "et à la fin, elles sont mortes". Comment peut mourir un(e) androïde ? Je vous laisse le découvrir) Koji Fukada réalise un film très doux, à la lumière et à la douceur estivales (un univers qui, étrangement, m'a évoqué par ses ambiances -et son extrême tristesse ?- l'adoré Never let me go de Mark Romanek).
Un pays qui se vide, inéluctablement, après avoir cramé, une femme qui meurt, tout aussi inéluctablement. Des compositions apaisées, (comme anesthésiées), des plans d'ensemble (une voiture sur une route qui coupe en deux un paysage) aux points de détail (des graminées ondulant sur fond de ciel bleu). Ne cachons pas notre enthousiasme : j'ai adoré tout ça. Et la façon dont, à intervalles réguliers, apaaraît une déchirure dans la trame de ce quotidien atone (j'ai parfois pensé à Duras, façon india Song, pour la teneur et la tonalité des échanges entre femmes, ah Delphine Serig, fermons la parenthèse...), une déchirure bienvenue qui vient tonifier l'ensemble (les jeunes dans la voiture, le concert improvisé avec le groupe de rock dans la nuit....)
Anamorphosée
J'aurais presque envie de parler de manifeste esthétique.  Encore bien plus que dans Harmonium, le réalisateur a soigneé la forme, et en poussant un peu l'expérimentation jusqu'à la zone rouge des potentiomètres, il peut parfois donner l'impression de prendre la pose (mais, encore une fois, j'adore ça). Ainsi, une longue scène, anamorphosée (= filmée de traviole) est venue ramener à mon coeur le souvenir -un peu pénible- de Mère et fils de Sokourov, qui lui l'était, (anamorphosé) de bout en bout, et avec ce souvenir la question de l'utilité du procédé. Certes, elle va mourir, certes elle en est toute chamboulée, mais là on aurait envie de parler de procédé, presque.
Les bambous en fleur
J'avoue que l'échange avec Hervé a -un tout petit peu- tempéré mon enthousiasme (quand on aime, on n'a pas envie de voir les défauts), et je pense qu'il a tout à fait raison à propos des "fins successives". On a un plan fixe, dans la fameuse pièce avec le fameux canapé devant la fameuse fenêtre, qui se clôt avec un fondu au noir tellement étiré et tellement prégnant qu'on se dit que le film est fini (et plutôt impeccbablement, d'ailleurs, je le répète). Et pourtant on enchaîne avec une nouvelle scène, solaire et douce, ce qui provoque un genre de choc thermique sensoriel.
Puis une autre encore (qui n'a pas convaincu Hervé alors que moi si). Je trouvais l'idée de la toute dernière scène, cet entêtement du personnage d'aller jusqu'au bout, tout à fait impressionnante, et somme toute, logique (justifiée, en partie, par les discussions qui l'avaient précédée).
Et je suis resté jusqu'au bout du bout du générique, pour réussir à reprendre pied sur la terre ferme du réel (et forme humaine par la même occasion).
Grandiose
Top 10 ?

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dimanche 18 juin 2017

mirabelles belles belles

110
CESSEZ-LE-FEU
d'Emmanuel Courcol

J'y suis allé pour deux raisons (allez, trois...) :
1) il y était question de LSF (langue des signes)
2) Grégory Gadebois y joue un soldat qui rentre muet de la guerre de 14
3) Céline Sallette y joue une professeuse de LSF (là, signer "comme Martine")

Toutes les promesses ont été tenues. Le film s'ouvre par une scène de tranchée très violente et très forte. Mais le personnage principal, au générique, n'est pas "le soldat qui rentre muet de la Guerre de 14" (Grégory Gadebois), mais son frère (Romain Duris) qui a préféré s'expatrier en Afrique pour se laver des horreurs de la guerre. Nous suivons donc en alternance le premier en France et le second en Haute-Volta. L'un muet, entouré de femmes (sa mère, sa prof de langue des signes, puis, bientôt, une jeunette qui pourrait bien devenir sa fiancée), l'autre en aventurier broussard un peu folklorique entre Daktari et Crocodile Dundee (la partie africaine n'est pas celle qui m'aura le plus intéressé) mais qui parle aussi de la guerre et de la France, via un vieux fusil et un pendentif en forme de tour Eiffel.
Puis le frangin rentre en France. Retrouvailles, puis étonnement suivi d'incrédulité (à quoi bon apprendre la langue des signes, puisqu'il est persuadé que son frère va finir par reparler, que tout ça n'est que temporaire ?) Mais les choses suivent leur cours, tout le monde ou presque apprend, plus ou moins, à signer (le réalisateur a choisi un peu la facilité pour ne pas avoir à sous-titrer la LSF en tant que langue étrangère, puisque, chaque fois que les personnages signent, ils oralisent en même temps -sauf Marcel- et il faut reconnaître que Céline Sallette est plutôt convaincante en professeuse (ça m'a permis de réviser et même de découvrir des signes nouveaux)).
Le film, très soigneusement reconstitué, prend alors des airs -bien agréables- de Maupassant ou de Renoir, guinguettes, canotiers, fil de l'eau, herbe tendre, et le frangin bien entendu va tomber amoureux de la prof, mais les choses bien entendu sont plus compliquées que ça... et le film va soudain prendre un virage feuilletonnesque et mélodramatique, avec rebondissements tsing! et tsing encore! qui ne s'imposaient peut-être pas vraiment...
L'interprétation n'est pas en cause (Gadebois, est -comme à son habitude- phénoménal, Céline Sallette est parfaite en costumes d'époque (donc enfin sans veste de treillis ni kro à la main) et toujours aussi merveilleusement triste en demi-teinte, Julie-Marie Parmentier aurait mérité qu'on la vit davantage (cette actrice est, c'est bien dommage, sous-employée, rappelez-vous pourtant de sa force dans Les blessures assassines), et Romain Duris fait virilement le job.
Un film sans doute trop anecdotiquement patriote (tout autant que patriotement anecdotique ? juste pour le plaisir de l'inversion) dont les maladresses et les lourdeurs -voules ou non- de la dernière partie barbouillent un peu le plaisir qu'on avait pu y prendre au début.

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mercredi 14 juin 2017

soufflerie

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HARMONIUM
de Kôji Fukada

Nous programmons la même semaine deux films du même réalisateur, un très récent (Sayonara) et un plus vieux (celui-ci), qui n'est sorti pourtant qu'il y a quelques mois. Un film très... japonais, avec excès de politesses, courbettes, non-dits, scènes de repas qui font très envie (tous ces petits bols, ces soupes, ces plats, ces choses qui croquent...), et un certain sens de la cruauté, lui aussi incontestablement nippon.
Soit une famille "moyenne", papa, maman et leur fille. papa travaille dans son atelier, Maman s'occupe de la maison, et la fillette bosse son harmonium pour un concours qu'elle va bientôt présenter (et pour lequel sa maman est en train de lui coudre une splendide robe rouge). Tout va pour le mieux dans le plus japonais (et lisse) des mondes, jusqu'à ce qu'un grain de sable vienne érafler cette surface idyllique et bien polie. Le grain de sable s'appelle Yasaka, il a une chemise blanche impeccable et un pantalon noir idem. Il débarque dans l'atelier du papa, s'y fait engager, puis se voit offrir l'hébergement dans l'appartement de la jolie famille, chambre et repas.
On apprend successivement qu'il est un "vieil ami" du papa, qu'il sort de prison, qu'il a commis un meurtre, qu'il n'était pas tout seul au moment du meurtre, qu'il n'a jamais dénoncé son complice, etc. (arrêtons là les révélations). A la façon de Théorème, Yasaka prend possession des lieux et des personnages qui les habitent. Discussions ambiguës avec le papa, manoeuvres de séduction avec la maman, et cours d'harmonium pour la fillette. Ceci pour la première moitié du film, jusqu'à l'incident grave qui va y mettre fin.
La seconde partie s'ouvre huit ans plus tard. Les personnages ont vieilli, tous ont gardé des séquelles plus ou moins visibles (et plus ou moins graves). La vie de la petite famille continue, mais n'est plus  aussi lisse qu'au début du film. Le nouveau grain de sable qui va à nouveau précipiter le drame est un jeune homme, le nouvel assistant du papa à l'atelier. Il va s'avérer, rapidement, qu'il est le fils de Yasaka, qu'il n'a jamais connu son père (dont il sait juste qu'il a travaillé quelques mois avec le papa), et qu'il a un faible pour la demoiselle de la maison.
Les parents n'ont toujours pas abandonné les recherches, et Yasaka, disparu est comme la pièce manquante, centrale, d'un puzzle, indispensable pour comprendre l'intégralité de ce qui se joue. Les malaises et les souffrances des un(e)s et des autres vont interférer et atteindre leur paroxysme lors d'une virée en voiture à 4, vers l'endroit où le détective pense avoir localisé Yasaka...
Rien ne finira très bien (nous sommes bien dans un film japonais) et le film se clôt, au noir, sur un bruit de respiration qui renvoie ironiquement à celui de l'harmonium qui en faisait l'ouverture.
Le film est particulièrement soigné (certaines critiques parlent d'élégant, ils ont raison), et je trouve que le travail sur le son est vraiment magnifique (de par sa précision et son intelligence). Un thriller virtuosement calligraphié, donc, (une eau-forte, plutôt) avec exactement ce qu'il faut de malheur (de violence) et de la juste distance critique nécessaire pour l'observer.

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lundi 12 juin 2017

foyer

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DE TOUTES MES FORCES
de Chad Chenouga

La bande-annonce semblait sympathique (et racontait quasiment toute l'histoire), et on y voyait Yolande Moreau, en directrice de Foyer, c'est sans doute ce qui m'a décidé. Il s'agit quasiment d'autobiographie, et on comprend que le réalisateur ait eu l'envie/le besoin de raconter tout ça.
Le jeune héros est sympathique, mais tout le monde autour de lui souffre de rester cantonné à des silhouettes plus ou moins convenues. Yolande Moreau est toujours aussi attachante, particulièrement dans ce rôle de mère-poule, et toujours aussi juste aussi.
Le film est attachant, mais peut-être un peu trop sage. Il se regarde avec plaisir, mais pour ce qui est de la stylisation, je préférais celle de Ma vie de courgette, qui raconte un peu la même histoire.

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dimanche 11 juin 2017

batticuore

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MISTER UNIVERSO
de Tizza Covi et Rainer Frimmel

Oh le beau le fort le simple le touchant le délicieux l'adorable film...
On y suit Tairo, un jeune dompteur, (qu'on avait déjà rencontré, plus jeune, dans La pivellina, le film précédent des deux realisatrice/teur, situé dans ce même univers des forains), Tairo qui est très embêté lorsqu'il s'aperçoit qu'on lui a volé son fer à cheval porte-bonheur, que avait offert, lorsqu'il avait cinq ans, un hercule de foire, (le Mister Universo du titre), juste après l'avoir plié (le morceau de fer) sous ses yeux. Et sans son porte-bonheur, Tairo ne peut assurer son numéro...
Le voilà donc qui prend quelques jours de congé, sa vieille bagnole, et part sur les routes italiennes pour retrouver le fameux Mister Universo en question. Passe chez sa mère, puis sa tante, pour dire un petit bonjour mais surtout tenter, mine de rien, de retrouver la trace du monsieur (pas question de perdre la face en avouant qu'il est désormais sans porte-bonheur). Pendant ce temps, Wendy, la fiancée de Tairo, une jeune contorsionniste (on l'apprendra à la fin du film en la voyant accomplir son numéro) fait ses recherches de son côté, pour venir en aide à Tairo...
Comme dans La pivellina, la part belle est faite au documentaire (la vie des forains, de Tairo, de Wendy, du petit cirque, d'une Italie "réelle") qu'on a, pour l'occasion, juste un peu entortillé avec le mince fil doré de la narration. Tairo et Wendy, les personnages principaux, sont vraiment Tairo et Wendy, à qui les réalisateurs ont fait jouer une histoire qui aurait pu leur arriver "pour de vrai"...
C'est vrai que Tairo est, au départ, un personnage magnifiquement attachant, juste en étant lui, pas besoin d'en faire des caisses, et dès les premières secondes du film, la magie opère. On est emporté, on n'y peut rien, on se laisse aller et c'est délicieux. il y aurait là-dedans sans doute une magie mystérieuse, rudimentaire, comme celle qui fait monter une route qui a l'air de descendre (à moins que ça ne soit le contraire) ou transporter les offrandes déposées au fil de l'eau à l'envers du courant.
C'est le film entier, comme ça, mine de rien, qui serait une offrande magique.
Quand les lumières se sont rallumées, on avait, tous les trois, les yeux brillants même si un peu rouges, de cette belle et bonne émotion qui vous laisse, béat, sur votre siège, à prendre le temps de reprendre vos esprits devant cette belle histoire de porte-bonheur.
Top 10, et voilà.

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jeudi 1 juin 2017

mai 2017

1er mai (Gy)
quelques légères tensions, me sembla-t-il, vers la fin de cette partie de Mixmot.  Peut-être faudrait-il préciser davantage cette notion de champ lexical ?
2 mai (devant le cinéma)
quel plaisir de voir à vingt deux heures et quelques, tant de visages connus, sortant, souriants, du film de Kaurismaki (nous étions trois à sortir de Grave) et partageant alors leurs émotions
3 mai (parking)
ce long camping-car qui démarre, avance au ralenti, et s'interpose, juste au moment où le routier descendait de son camion,  m'empêchant ainsi de le photographier
4 mai (dans ma bibliothèque)
trouvé sur le rayon ce livre que ne me souviens ni d'avoir acheté ni d'avoir lu, Le jardinier de Sarajevo, et dont je savoure ensuite chacune des nouvelles
5 mai (Super U)
acheté -parce qu'il était soldé- un légume dont je ne connaissais pas le nom, et qui s'avéra être du céleri-rave, dont les tiges n'avaient pas été coupées
6 mai (à droite du portail)
Mon premier (et rituel) bouquet d'iris, sur la table de la cuisine (je ne coupe que ceux qui sont à terre)
7 mai (Orange City)
Quelle excellente idée de diffuser Pater, d'Alain Cavalier, juste au moment de l'annonce des résultats de l'élection présidentielle!
8 mai (insomnie)
J'en ai profité pour me plonger sérieusement dans N'essuie jamais de larmes sans gants de Jonas Gardell, bouleversant
9 mai (parking)
ce camarade de jeux d'antan, que je n'avais pas vu depuis un certain nombre d'années, m'a fait remarquer que j'avais pris du ventre de façon conséquente (oui,il avait raison, que pouvais-je répondre ?)
10 mai (parking, encore!)
Grand soleil. Le travelo est sorti de sa camionnette et s'est installé à l'ombre. Assis à la table de pique-nique, il est en train de cirer ses bottes...
11 mai (mail)
Sleep well beast, le nouvel album de The National, sortira le 8 septembre prochain. Le groupe jouera au Festival Pitchfork, les 2,3 et 4 novembre à Paris (unique date française)
12 mai (magasin bio)
Suivant les conseils de Nelly (très en forme ce midi-là) suis allé acheter des citrons bio et du cumin, bio lui aussi
13 mai (à table)
il m'a semblé voir une fourmi se carapater dans le fond de l'assiette de fraises que j'étais en train de manger
14 mai (sur la table du salon)
observer la façon dont le bouquet d'iris se délite progressivement : comment les fleurs se fanent puis quasiment se liquéfient
15 mai (blender)
parmi toutes les cerises dénoyautées congelées de ce paquet, il en resta pourtant une qui ne l'était pas, et que  j'identifiai au bruit de son noyau  se cognant contre contre les parois de l'appareil
16 mai (dans la maison)
un inquiétant surgissement de grosses mouches bleues que j'éradique l'une après l'autre sans pitié avec ma raquette électrique
17 mai (cinéma)
aller voir le film de Desplechin à la séance de 20h30, en même temps que celle (d'ouverture)  du Festival de Cannes
18 mai (dehors)
la nouvelle météo : un jour où il fait trois fois plus chaud suivi de trois jours où il fera une fois moins froid (grosso-modo)
19 mai (marchand de primeurs)
Pastèque, tomates, abricots : faire des courses quasiment estivales (alors que le temps ne s'y prête plus vraiment)
20 mai (cuisine)
boire, au réveil, un citron chaud & réaliser, bien plus tard, qu'on avait oublié d'y mettre le jus de citron
21 mai (Echo System)
Un magnifique concert de H-Burns, groupe dont chacun des quatre musiciens a le look d'un style de musique différent (batteur chevelu hard-rockeux, bassiste barbu à casquette façon rock sudiste, claviers gominé à t-shirt rouge new-wave, et chanteur tout simplement )
22 mai (chez la voisine)
un apéro dépaysant : écouter des descriptions de temples de l'Inde du sud écrites par Pierre Loti tout en croquant des chips d'algues des mers de Corée (au prix prohibitif)
23 mai (vpc)
Vendu "Les meilleurs de titres de Libération" à une certaine Madame Libération!
24 mai (Besac)
retrouver, à quelques heures d'intervalle le tremblement qui secouait (violemment) le corps d'Emily Dickinson, au cinéma, dans le corps d'un des danseurs de Wormhole, à L'Espace
25 mai (Noz)
un cadeau idéal pour la Fête des Mères : 2 éponges à gratter, une argentée et l'autre dorée (0,99€)
26 mai (Echo System)
J'ai pris plusieurs vidéos sur mon téléphone du (très bon) concert de God is an astronaut. La qualité d'image est parfaite, mais j'ai oublié de mettre le son. Des vidéos de concert (bruyant) silencieuses. Pffff...
27 mai (Grattery)
comme pour parapher la partie de scrabble que nous étions en train de terminer, une hirondelle (c'est plus élégant qu'un moineau) m'a chié sur le bras. Plitch!
28 mai (table de la cuisine)
visiblement les fourmis raffolent de la pastèque : sur ce quart  y laissé  pendant la nuit, pourtant emmailloté de  film alimentaire, elles grouillaient ce matin, par centaines
29 mai (dans l'entrée)
une pause-détente inattendue pour, donc, "détendre" cet autre camarade de jeux, débarquant à l'improviste (en short et en sueur), pour souffler après un petit trot de 10km...
30 mai (cinéma)
Claude W. découvre qu'il n'y a effectivement aucun nom pour définir un film qui n'est ni un drame, ni une comédie.
31 mai  (parking)
c'était bien un signe de connivence que m'adressait ce routier, depuis derrière son camion, mais je ne l'ai compris que trop tard

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mercredi 31 mai 2017

je suis votre kangourou

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EMILY DICKINSON, A QUIET PASSION
de Terence Davies

J'aime beaucoup Terence Davies, depuis fort longtemps,  je le dis et le répète, et je continue de penser que c'est un grand cinéaste très injustement mésestimé. Je l'ai découvert avec ses premiers films prolo/brittons (Distant voices, The long day closes), où j'avais été émerveillé par les personnages qui si souvent chantaient. du cinéma social, mais avec des gens qui chantent. ensuite, il a adapté des romans (oh la sublime adaptation de La bible de néon, avec Gena Rowlands et des reflets partout...) avant d'aborder une troisième époque, celle des films "en costume" (House of Mirth, The Deep blue sea).
Comme son titre (français) l'indique, il s'agit d'un biopic de la poétesse en question (que je connaissais juste de nom sans l'avoir jamais lue), et ce qui est rigolo, c'est que, connaissant Terence Davies et vu le style du film, des décors et ses costumes, j'ai cru pendant un certain temps qu'il s'agissait d'une poétesse anglaise, alors que pas du tout, elle est américaine et le film se passe aux Etats-Unis.
Des son jeune âge Emily affiche ce qu'on peut définir comme une forte personnalité (voir la première scène dans le pensionnat de jeunes filles virginales et pieuses), et, par la suite, des choix de vie qui le sont tout autant.
Bien que revenue chez papa/maman, elle obtient de son père l'uatorisation de se relever la nuit pour écrire des poèmes, et vit donc ces moments de création nocturne (que le réalisateur fait partager au spectateur), tandis qu'elle vit le jour d'une façon qui lui est tout aussi personnelle : elle semble refuser en bloc à peu près tout : la vie d'une demoiselle, les conventions sociales, la place de la femme au foyer, elle fonce, obstinée. Elle a même décidé qu'elle n'était pas assez belle pour être courtisée et donc se détache des visites de galenterie et de courtoisie codifiées pour la circonstance (alors qu'intérieurement, elle n'est que désir et incandescence). On a donc droit à une scène sublime, où, après avoir -sans l'avoir autorisé à la voir, juste à l'entendre- éconduit un damoiseau particulièrement joliet qui venait la solliciter pour une promenade, elle s'abandonne à une rêverie délicieuse (accompagnée d'un chant tout aussi particulièrement magnifique, que je n'ai hélas pas identifié au générique).
Plus le film passe et plus Emily intransige (avec son frère, notamment), au fil des deuils et souffrances divers qui viendront émailler le récit.
Et le réalisateur a la terrible -mais délicieuse- idée de terminer avec  Question without answer de Charles ives, qui m'avait déjà fait pleurer dans Valley of love (il s'agit là d'une version juste pour cordes, sans vents, me semble-t-il) et donc ça n'a pas loupé : encore une fois les larmes me sont montées aux yeux.

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il semblerait qu'il n'y ait que dans la salle de cinéma qu'il porte le nom d'Emily Dickinson...

 

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mardi 30 mai 2017

taxi téhéran

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UN JOUR NOUVEAU
de Reza Mirkarimi

Tombé dessus tout à fait par hasard (et sans rien en connaître) par le biais d'un lien de visionnement viméo gracieusement envoyé par le distributeur (merci Zootrope). Le héros, un délicieux papy iranien (à la barbe rase et à l'oeil de gazelle) est un -peu bavard ni amène- chauffeur de taxi iranien. Une jeune femme, visiblement mal en point, lui demande d'abord de l'emmener à l'hôpital pour y accoucher, ensuite de l'accompagner pour y entrer car il n'est pas envisageable qu'elle puisse le faire toute seule (là-bas ça ne rigole pas avec les "droits" de la femme et la toute-puissance de leurs maris, une femme ne peut entrer seule à la maternité pour y accoucher sans être accompagnée de son mari, c'est comme ça). Younes (le chauffeur de taxi) s'exécute donc, et l'enchaînement des circonstances va le faire prendre pour le mari de la jeune femme. il va alors s'agir d'attendre, pour les formalités, pour la paperasse, pour les différents examens et interventions qui vont suivre. Younes est pris pour le mari, joue le jeu et ne fait rien pour détromper ses interlocuteurs. Le film restera vague et peu explicatif sur les pourquoi et les comment (ce qui est arrivé à la jeune femme, mais, tout autant à propos de Younès, du reste de sa vie, en dehors de l'hôptal et de son taxi, qui restera, de la même façon presque complètement hors-champ), et se concentre sur le maintenant, la succession des instants présents et des lieux qui les contiennent (beaucoup de portes qui s'ouvrent et se ferment, de vitres, de parois, de reflets).
Le film est centré sur un personnage féminin, qui est comme un écho d'un regard plus vaste, sur la condition féminine en Iran aujourd'hui (c'est le titre original du film), condition qui n'est pas la plus souriante qui se puisse envisager. On les verra ainsi toutes, dument enfoulardées (pas un cheveu qui dépasse), à la fois victimes des institutions et donnant parfois l'impression de perpétuer  elles-mêmes cette oppression. L'autre rôle féminin principal du film est d'ailleurs celui de l'infirmière-chef, que le réalisateur sait plutôt subtilement nuancer et faire évoluer tout au long de son film.
Un film sur les non-dits : non seulement à propos des personnages principaux, mais bien aussi ceux d'un pays tout entier, aujourd'hui, où la liberté des réalisateurs ne tient d'ailleurs bien souvent qu'à un fil (ou un poil de barbe d'imam).

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