films et bouquins
mardi 20 juin 2017

"ça n'a rien à voir avec le réel..."

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LE JOUR D'APRES
de Hong Sang-Soo

Allé à Besac tout spécialement pour le voir, quand j'ai appris qu'on ne pouvait pas l'avoir aux dates prévues dans le bôô cinéma. J'vais prévu de voir sans doute un autre film à la suite, mais j'étais tellement ravi en sortant de celui-ci que j'ai préféré rester sur le goût délicieux qu'il m'avait laissé.
Soyons clair : avec HSS, il s'agit d'une belle histoire d'amour qui dure... Avec, ça et là, des sommets, et parfois aussi, re-ça et re-là des petites baisses de forme. Là, on est au-dessus. Tout au-dessus.
D'abord parce que j'étais avec Mimichounette, qui a changé de film pour m'accompagner *, ensuite parce que je n'y ai pas -ô, prodige!- dormi une seconde, ce qui prouve à quel point j'étais captivé. Le film est dans un trés beau noir et blanc (j'ai pensé à Nuits calmes à Séoul, que j'avais adoré), utilise peu de décors (une cuisine, le bureau d'un éditeur, une restaurant chinois), et consacre beaucoup de plans (fixe) à des champs/contrechamps sur des hens qui parlent, qui discutent, qui échangent... voire qui philosophent (c'était justement le jour du bac de philo, et vous devez savoir la sainte horreur que j'ai de, justement, la "philosophie"), il sera successivement question de l'adultère, de la lâcheté, du réel, de Dieu, même (si, si), et, forcément, d'amour, et, forcément, de mensonge, d'échec et de tristesse aussi. Mais tout ça est léger et craquant et délicieux comme la plus fine et la plus exquise des gaufrettes.
Il est surtout question, finalement, de la pusillanimité (ce mot n'est pas dans la film, mais il me semble plutôt juste pour le décrire) du personnage masculin principal, qui tente (mollement) de se débattre, entre son épouse qui le soupçonne d'avoir une maîtresse, sa maîtresse, justement qui l'a quitté pour un autre, et la remplaçante de sa maîtresse, qui, le premier matin de son nouvel emploi, va être prise par l'épouse pour la maîtresse en question.
C'est un régal, il n'y a pas d'autre mot.
Comme d'hab' ça a l'air tout simple, fait avec deux bouts de ficelle et trois coups de cuillère à pot, ça ne paye pas de mine, mais c'est admirable. je vous l'ai déjà dit, je n'en ai pas perdu une miette.
Au début, comme d'hab' aussi j'étais extrêmement attentif, essayant de dénombrer avec précision combien il ya avait de femmes et combien d'hommes, et qui faisait quoi. Et le film progresse, finalement, d'une façon plutot linéaire (avec comme d'hab' des ellipses assez brutales, qui font croire parfois, à tort qu'il s'agit d'un souvenir, ou d'un fantasme, ou de je ne sais pas moi... mais non c'est juste l'histoire qui suit son cours, et les acteurs qui expérimentent diverses choses. l'impression très nette de déjà vu qui se dégage de l'avant-dernière scène se justifie, , en fin de compte, à la perfection. Et c'est la deuxième fois qu'on voit, dans le dernier plan d'un film d'HSS, une demoiselle qui s'éloigne, de dos, sous la neige... (petit jeu -dont je ne connais pas la réponse : c'était dans quel film, l'autre fois?)

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(et j'aime beaucoup l'affiche, en plus...)

* (même qu'au début nous étions seuls dans la salle et que nous avons chanté "les fiancés d'Auvergne")

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dimanche 18 juin 2017

mirabelles belles belles

110
CESSEZ-LE-FEU
d'Emmanuel Courcol

J'y suis allé pour deux raisons (allez, trois...) :
1) il y était question de LSF (langue des signes)
2) Grégory Gadebois y joue un soldat qui rentre muet de la guerre de 14
3) Céline Sallette y joue une professeuse de LSF (là, signer "comme Martine")

Toutes les promesses ont été tenues. Le film s'ouvre par une scène de tranchée très violente et très forte. Mais le personnage principal, au générique, n'est pas "le soldat qui rentre muet de la Guerre de 14" (Grégory Gadebois), mais son frère (Romain Duris) qui a préféré s'expatrier en Afrique pour se laver des horreurs de la guerre. Nous suivons donc en alternance le premier en France et le second en Haute-Volta. L'un muet, entouré de femmes (sa mère, sa prof de langue des signes, puis, bientôt, une jeunette qui pourrait bien devenir sa fiancée), l'autre en aventurier broussard un peu folklorique entre Daktari et Crocodile Dundee (la partie africaine n'est pas celle qui m'aura le plus intéressé) mais qui parle aussi de la guerre et de la France, via un vieux fusil et un pendentif en forme de tour Eiffel.
Puis le frangin rentre en France. Retrouvailles, puis étonnement suivi d'incrédulité (à quoi bon apprendre la langue des signes, puisqu'il est persuadé que son frère va finir par reparler, que tout ça n'est que temporaire ?) Mais les choses suivent leur cours, tout le monde ou presque apprend, plus ou moins, à signer (le réalisateur a choisi un peu la facilité pour ne pas avoir à sous-titrer la LSF en tant que langue étrangère, puisque, chaque fois que les personnages signent, ils oralisent en même temps -sauf Marcel- et il faut reconnaître que Céline Sallette est plutôt convaincante en professeuse (ça m'a permis de réviser et même de découvrir des signes nouveaux)).
Le film, très soigneusement reconstitué, prend alors des airs -bien agréables- de Maupassant ou de Renoir, guinguettes, canotiers, fil de l'eau, herbe tendre, et le frangin bien entendu va tomber amoureux de la prof, mais les choses bien entendu sont plus compliquées que ça... et le film va soudain prendre un virage feuilletonnesque et mélodramatique, avec rebondissements tsing! et tsing encore! qui ne s'imposaient peut-être pas vraiment...
L'interprétation n'est pas en cause (Gadebois, est -comme à son habitude- phénoménal, Céline Sallette est parfaite en costumes d'époque (donc enfin sans veste de treillis ni kro à la main) et toujours aussi merveilleusement triste en demi-teinte, Julie-Marie Parmentier aurait mérité qu'on la vit davantage (cette actrice est, c'est bien dommage, sous-employée, rappelez-vous pourtant de sa force dans Les blessures assassines), et Romain Duris fait virilement le job.
Un film sans doute trop anecdotiquement patriote (tout autant que patriotement anecdotique ? juste pour le plaisir de l'inversion) dont les maladresses et les lourdeurs -voules ou non- de la dernière partie barbouillent un peu le plaisir qu'on avait pu y prendre au début.

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mercredi 14 juin 2017

soufflerie

109
HARMONIUM
de Kôji Fukada

Nous programmons la même semaine deux films du même réalisateur, un très récent (Sayonara) et un plus vieux (celui-ci), qui n'est sorti pourtant qu'il y a quelques mois. Un film très... japonais, avec excès de politesses, courbettes, non-dits, scènes de repas qui font très envie (tous ces petits bols, ces soupes, ces plats, ces choses qui croquent...), et un certain sens de la cruauté, lui aussi incontestablement nippon.
Soit une famille "moyenne", papa, maman et leur fille. papa travaille dans son atelier, Maman s'occupe de la maison, et la fillette bosse son harmonium pour un concours qu'elle va bientôt présenter (et pour lequel sa maman est en train de lui coudre une splendide robe rouge). Tout va pour le mieux dans le plus japonais (et lisse) des mondes, jusqu'à ce qu'un grain de sable vienne érafler cette surface idyllique et bien polie. Le grain de sable s'appelle Yasaka, il a une chemise blanche impeccable et un pantalon noir idem. Il débarque dans l'atelier du papa, s'y fait engager, puis se voit offrir l'hébergement dans l'appartement de la jolie famille, chambre et repas.
On apprend successivement qu'il est un "vieil ami" du papa, qu'il sort de prison, qu'il a commis un meurtre, qu'il n'était pas tout seul au moment du meurtre, qu'il n'a jamais dénoncé son complice, etc. (arrêtons là les révélations). A la façon de Théorème, Yasaka prend possession des lieux et des personnages qui les habitent. Discussions ambiguës avec le papa, manoeuvres de séduction avec la maman, et cours d'harmonium pour la fillette. Ceci pour la première moitié du film, jusqu'à l'incident grave qui va y mettre fin.
La seconde partie s'ouvre huit ans plus tard. Les personnages ont vieilli, tous ont gardé des séquelles plus ou moins visibles (et plus ou moins graves). La vie de la petite famille continue, mais n'est plus  aussi lisse qu'au début du film. Le nouveau grain de sable qui va à nouveau précipiter le drame est un jeune homme, le nouvel assistant du papa à l'atelier. Il va s'avérer, rapidement, qu'il est le fils de Yasaka, qu'il n'a jamais connu son père (dont il sait juste qu'il a travaillé quelques mois avec le papa), et qu'il a un faible pour la demoiselle de la maison.
Les parents n'ont toujours pas abandonné les recherches, et Yasaka, disparu est comme la pièce manquante, centrale, d'un puzzle, indispensable pour comprendre l'intégralité de ce qui se joue. Les malaises et les souffrances des un(e)s et des autres vont interférer et atteindre leur paroxysme lors d'une virée en voiture à 4, vers l'endroit où le détective pense avoir localisé Yasaka...
Rien ne finira très bien (nous sommes bien dans un film japonais) et le film se clôt, au noir, sur un bruit de respiration qui renvoie ironiquement à celui de l'harmonium qui en faisait l'ouverture.
Le film est particulièrement soigné (certaines critiques parlent d'élégant, ils ont raison), et je trouve que le travail sur le son est vraiment magnifique (de par sa précision et son intelligence). Un thriller virtuosement calligraphié, donc, (une eau-forte, plutôt) avec exactement ce qu'il faut de malheur (de violence) et de la juste distance critique nécessaire pour l'observer.

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lundi 12 juin 2017

foyer

108
DE TOUTES MES FORCES
de Chad Chenouga

La bande-annonce semblait sympathique (et racontait quasiment toute l'histoire), et on y voyait Yolande Moreau, en directrice de Foyer, c'est sans doute ce qui m'a décidé. Il s'agit quasiment d'autobiographie, et on comprend que le réalisateur ait eu l'envie/le besoin de raconter tout ça.
Le jeune héros est sympathique, mais tout le monde autour de lui souffre de rester cantonné à des silhouettes plus ou moins convenues. Yolande Moreau est toujours aussi attachante, particulièrement dans ce rôle de mère-poule, et toujours aussi juste aussi.
Le film est attachant, mais peut-être un peu trop sage. Il se regarde avec plaisir, mais pour ce qui est de la stylisation, je préférais celle de Ma vie de courgette, qui raconte un peu la même histoire.

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dimanche 11 juin 2017

batticuore

107
MISTER UNIVERSO
de Tizza Covi et Rainer Frimmel

Oh le beau le fort le simple le touchant le délicieux l'adorable film...
On y suit Tairo, un jeune dompteur, (qu'on avait déjà rencontré, plus jeune, dans La pivellina, le film précédent des deux realisatrice/teur, situé dans ce même univers des forains), Tairo qui est très embêté lorsqu'il s'aperçoit qu'on lui a volé son fer à cheval porte-bonheur, que avait offert, lorsqu'il avait cinq ans, un hercule de foire, (le Mister Universo du titre), juste après l'avoir plié (le morceau de fer) sous ses yeux. Et sans son porte-bonheur, Tairo ne peut assurer son numéro...
Le voilà donc qui prend quelques jours de congé, sa vieille bagnole, et part sur les routes italiennes pour retrouver le fameux Mister Universo en question. Passe chez sa mère, puis sa tante, pour dire un petit bonjour mais surtout tenter, mine de rien, de retrouver la trace du monsieur (pas question de perdre la face en avouant qu'il est désormais sans porte-bonheur). Pendant ce temps, Wendy, la fiancée de Tairo, une jeune contorsionniste (on l'apprendra à la fin du film en la voyant accomplir son numéro) fait ses recherches de son côté, pour venir en aide à Tairo...
Comme dans La pivellina, la part belle est faite au documentaire (la vie des forains, de Tairo, de Wendy, du petit cirque, d'une Italie "réelle") qu'on a, pour l'occasion, juste un peu entortillé avec le mince fil doré de la narration. Tairo et Wendy, les personnages principaux, sont vraiment Tairo et Wendy, à qui les réalisateurs ont fait jouer une histoire qui aurait pu leur arriver "pour de vrai"...
C'est vrai que Tairo est, au départ, un personnage magnifiquement attachant, juste en étant lui, pas besoin d'en faire des caisses, et dès les premières secondes du film, la magie opère. On est emporté, on n'y peut rien, on se laisse aller et c'est délicieux. il y aurait là-dedans sans doute une magie mystérieuse, rudimentaire, comme celle qui fait monter une route qui a l'air de descendre (à moins que ça ne soit le contraire) ou transporter les offrandes déposées au fil de l'eau à l'envers du courant.
C'est le film entier, comme ça, mine de rien, qui serait une offrande magique.
Quand les lumières se sont rallumées, on avait, tous les trois, les yeux brillants même si un peu rouges, de cette belle et bonne émotion qui vous laisse, béat, sur votre siège, à prendre le temps de reprendre vos esprits devant cette belle histoire de porte-bonheur.
Top 10, et voilà.

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mercredi 31 mai 2017

je suis votre kangourou

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EMILY DICKINSON, A QUIET PASSION
de Terence Davies

J'aime beaucoup Terence Davies, depuis fort longtemps,  je le dis et le répète, et je continue de penser que c'est un grand cinéaste très injustement mésestimé. Je l'ai découvert avec ses premiers films prolo/brittons (Distant voices, The long day closes), où j'avais été émerveillé par les personnages qui si souvent chantaient. du cinéma social, mais avec des gens qui chantent. ensuite, il a adapté des romans (oh la sublime adaptation de La bible de néon, avec Gena Rowlands et des reflets partout...) avant d'aborder une troisième époque, celle des films "en costume" (House of Mirth, The Deep blue sea).
Comme son titre (français) l'indique, il s'agit d'un biopic de la poétesse en question (que je connaissais juste de nom sans l'avoir jamais lue), et ce qui est rigolo, c'est que, connaissant Terence Davies et vu le style du film, des décors et ses costumes, j'ai cru pendant un certain temps qu'il s'agissait d'une poétesse anglaise, alors que pas du tout, elle est américaine et le film se passe aux Etats-Unis.
Des son jeune âge Emily affiche ce qu'on peut définir comme une forte personnalité (voir la première scène dans le pensionnat de jeunes filles virginales et pieuses), et, par la suite, des choix de vie qui le sont tout autant.
Bien que revenue chez papa/maman, elle obtient de son père l'uatorisation de se relever la nuit pour écrire des poèmes, et vit donc ces moments de création nocturne (que le réalisateur fait partager au spectateur), tandis qu'elle vit le jour d'une façon qui lui est tout aussi personnelle : elle semble refuser en bloc à peu près tout : la vie d'une demoiselle, les conventions sociales, la place de la femme au foyer, elle fonce, obstinée. Elle a même décidé qu'elle n'était pas assez belle pour être courtisée et donc se détache des visites de galenterie et de courtoisie codifiées pour la circonstance (alors qu'intérieurement, elle n'est que désir et incandescence). On a donc droit à une scène sublime, où, après avoir -sans l'avoir autorisé à la voir, juste à l'entendre- éconduit un damoiseau particulièrement joliet qui venait la solliciter pour une promenade, elle s'abandonne à une rêverie délicieuse (accompagnée d'un chant tout aussi particulièrement magnifique, que je n'ai hélas pas identifié au générique).
Plus le film passe et plus Emily intransige (avec son frère, notamment), au fil des deuils et souffrances divers qui viendront émailler le récit.
Et le réalisateur a la terrible -mais délicieuse- idée de terminer avec  Question without answer de Charles ives, qui m'avait déjà fait pleurer dans Valley of love (il s'agit là d'une version juste pour cordes, sans vents, me semble-t-il) et donc ça n'a pas loupé : encore une fois les larmes me sont montées aux yeux.

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il semblerait qu'il n'y ait que dans la salle de cinéma qu'il porte le nom d'Emily Dickinson...

 

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mardi 30 mai 2017

taxi téhéran

105
UN JOUR NOUVEAU
de Reza Mirkarimi

Tombé dessus tout à fait par hasard (et sans rien en connaître) par le biais d'un lien de visionnement viméo gracieusement envoyé par le distributeur (merci Zootrope). Le héros, un délicieux papy iranien (à la barbe rase et à l'oeil de gazelle) est un -peu bavard ni amène- chauffeur de taxi iranien. Une jeune femme, visiblement mal en point, lui demande d'abord de l'emmener à l'hôpital pour y accoucher, ensuite de l'accompagner pour y entrer car il n'est pas envisageable qu'elle puisse le faire toute seule (là-bas ça ne rigole pas avec les "droits" de la femme et la toute-puissance de leurs maris, une femme ne peut entrer seule à la maternité pour y accoucher sans être accompagnée de son mari, c'est comme ça). Younes (le chauffeur de taxi) s'exécute donc, et l'enchaînement des circonstances va le faire prendre pour le mari de la jeune femme. il va alors s'agir d'attendre, pour les formalités, pour la paperasse, pour les différents examens et interventions qui vont suivre. Younes est pris pour le mari, joue le jeu et ne fait rien pour détromper ses interlocuteurs. Le film restera vague et peu explicatif sur les pourquoi et les comment (ce qui est arrivé à la jeune femme, mais, tout autant à propos de Younès, du reste de sa vie, en dehors de l'hôptal et de son taxi, qui restera, de la même façon presque complètement hors-champ), et se concentre sur le maintenant, la succession des instants présents et des lieux qui les contiennent (beaucoup de portes qui s'ouvrent et se ferment, de vitres, de parois, de reflets).
Le film est centré sur un personnage féminin, qui est comme un écho d'un regard plus vaste, sur la condition féminine en Iran aujourd'hui (c'est le titre original du film), condition qui n'est pas la plus souriante qui se puisse envisager. On les verra ainsi toutes, dument enfoulardées (pas un cheveu qui dépasse), à la fois victimes des institutions et donnant parfois l'impression de perpétuer  elles-mêmes cette oppression. L'autre rôle féminin principal du film est d'ailleurs celui de l'infirmière-chef, que le réalisateur sait plutôt subtilement nuancer et faire évoluer tout au long de son film.
Un film sur les non-dits : non seulement à propos des personnages principaux, mais bien aussi ceux d'un pays tout entier, aujourd'hui, où la liberté des réalisateurs ne tient d'ailleurs bien souvent qu'à un fil (ou un poil de barbe d'imam).

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lundi 29 mai 2017

cannes17

(je ne manque jamais la cérémonie de cloture du festival de cannes -otons les majuscules ça va plus vite- et hier soir donc j'étais sur mon canapé, en tenue légère, à l'heure dite...)

Laetitia Casta oups pardon Monica Bellucci ouvre la cérémonie, en finissant son allocution sur la condition féminine dans le cinéma.
Caméra d'or : Sandrine Kiberlain a une tenue très fermée à l'avant, évoque "son" jury et "son" gouvernement
La réalisatrice de Jeune Femme est très émue et monte sur scène avec Laetitia Dosch à qui elle fait quasiment une déclaration d'amour
Palme d'or du court-métrage :
Christian Mungiu est tout petit  à côté d'Uma Thurman
Le grand réalisateur finlandais croit que c'est lui qui a gagné, se lève, remercie, mais n'a qu'une mention spéciale, il se rassoie
Le jeune réalisateur chinois à cheveux longs, primé pour Une nuit douce, dit juste "fucking amazing" avant d'aller se faire photographier
Benjamin Biolay vient chanter, avec piano et bandonéon (et plans de coupes sur plusieurs membres du jury qui ont l'air de se faire poliment chier)
Prix du scénario : deux ex-aequo
Lynne Ramsay pour You Were Never Really Here (qui sera assez brève), avec plan de coupe sur Joaquin Phoenix, impassible
Yorgos Lanthimos pour  Mise à mort du cerf sacré (qui sera très bref) avec plan de coupe sur Ariane Labed, rayonnante
Prix du Jury : Faute d'amour
Guillaume Galienne fait de la lèche à Almodovar
Zviaguintziev remercie le jury, et en particulier Will Smith ("qui existe vraiment..")
Prix d'interprétation féminine : Diane Kruger
Irène Jacob parle des actrices et cite Michel Berger (la groupie du pianiste)
Fatih Akin fait "yessss!" avec ses poings dans la salle.
Diane Kruger remercie "Fatih, son frère", qui acquiesce depuis la salle
Prix d'interprétation masculine : Joaquin Phoenix
Jessica Chastain n'a pas dit quelque chose qu'aAlomdovarchounet attendait qu'elle dise, il le lui fait remarquer
Joaquin Phoenix met du temps à réaliser que c'est lui
Il s'excuse de ne pas parler français et de n'avoir pas prévu ça du tout , la preuve : il montre qu'il est en baskets, et pas en chaussures vernies
Prix de la mise en scène : Sofia Coppola
(qui n'est pas là, mais Maren Hade lit un petit texte de sa part, où elle finit en remerciant son pôpa)
Grand prix du Jury : 120bpm
Costa-Gavras prend toute la place et évince quasiment Agnès Jaoui du micro
il finit son laïus par "on sait se cabrer"
Standing ovation pour Robin Campillo qui fait un speech très émouvant (on se demande comment va être l'ovation pour la Palme!)
Prix spécial du 70 ème anniversaire : Nicole Kidman
(qui n'est pas là, mais minaudera ensuite en vidéo depuis Nashville)
Will Smith (d'une couleur étrange) viendra cabotiner en son nom, l'imitera, puis proposera qu'on le prenne quand même, lui,  en photo
Palme d'or : The Square
Juliette Binoche ne laisse pas Pedro parler, "elle a un truc à dire avant" :
elle prononce le mot lumière dans plein de langues différentes
Le réalisateur (suédois) est très joyeux, esquisse un entrechat sur scène, remercie son producteur qui est le seul producteur à avoir dit que "le film aurait pu être plus long", et fait pousser à la salle entière un cri de joie, selon la tradition suédoise

J'aurai attendu en vain, pendant toute cette cérémonie , que soit prononcé le nom de Hong Sang-Soo...

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mardi 23 mai 2017

laszlo szabo forever

103
LES FANTÔMES D'ISMAËL
d'Arnaud Desplechin

Ça c'est étonnant : la bande-annonce raconte un film, mais qui n'est pas celui qu'on va voir. Enfin, pas exactement. Qui n'en serait qu'une petite moitié. On savait qu'Ismaël avait des fantômes (enfin, un(e), surtout), mais on ignorait qu'il réalisait un film sur son frère (c'est une des autres moitiés du film). Et, comme souvent chez Desplechin (surtout dans les derniers films), il y a autant de choses qui me fascinent que de choses qui m'agacent.
Dès le début, si on connaît la bande-annonce, on est désarçonné puisqu'on est embarqué dans l'autre moitié du film (le film, donc, que tourne Ismaël, mais on ne le sait pas encore) avec des diplomates, suppose-t-on, qui parlent d'un autre diplomate, et de son protecteur. Question acteurs, je suis content, puisque je reconnais au milieu du groupe un acteur que j'aime beaucoup, Philippe Fretun, (qui je trouve, vieillit merveilleusement), puis en la personne du protecteur un autre acteur qui m'émeut, le grand Jacques Nolot, très "Ors de la République" en patron matois du Quai d'Orsay.
On découvre que (le jeune) Dedalus est joué par un fringant Louis Garrel avec les cheveux razibus (on n'a pas l'habitude, ça lui va bien). On croit encore qu'il s'agit d'Ismaël, jeune, mais on apprendra plus tard qu'il s'agit de son frère. Ledit ismaël (Amalric, bien sur, on n'est pas chez Desplechin pour rien) nous est présenté avec son amie Sylvia (Charlotte Gainsbourg, divine), et commence alors le film qu'on avait pressenti dans la bande-annonce. Un portrait de Carlotta (hmm hmm) nous apprend que sa femme a disparu 20 ans auparavant et qu'elle a été déclarée morte. On fait alors la connaissance de son vieux père (joué par un exquis Laszlo Szabo qu'ici on révère, n'est-ce pas Pépin?), un vieux cinéaste, qui est le meilleur ami d'Ismaël (qui n'hésite pas à se rendre à son chevet lorsqu'il le réveille en pleine nuit à cause de ses cauchemars). On aura entre-temps entamé le premier d'une série de flashes-back (intitulés "deux ans auparavant", où on apprend comment Ismaël a fait la connaissance de Charlotte (qui est astrophysicienne), qui (les flash-backs) réapparaîtront régulièrement par la suite.
Puis nos tourtereaux sont en villégiature sur une île (Charlotte à la plage, Ismaël dans son bureau) et voilà-t-y pas que réapparaît, surgissant quasiment des ondes (c'est très réussi) la fameuse Carlotta (jouée par une Marion Cotillard qui m'a plutôt surpris, tellement elle a la faculté de ne pas se ressembler du tout, par moments), qui fond sur Charlotte, se présente, et se fait ramener à la maison. laquelle Carlotta a une petite idée derrière la tête, concernat Ismaël, mais ne sait pas trop quoi faire avec son père (laszlochounet) : quand on réapparaît au bout de ving ans, on assume, et on ménage les vieux coeurs fatigués.
Et, comme dans la course de chars de Ben-Hur, tout ça va se mettre à galoper, de plus en plus vite, à se poursuivre, à se rattraper, à se mettre des bâtons dans les roues, à déraper, à s'emballer, à déballer, à remballer... et il est conseillé d'attacher soigneusement sa ceinture si on ne veut pas finir largué comme un vieux paquet soudain tombé d'une malle-poste mal fermée, et abandonné au beau milieu de la chaussée en pleine nuit.
Plusieurs histoires, plusieurs époques, plusieurs conflits... On a l'impression qu'il manque des trucs, que le montage est mucho eliptico (attention, je n'ai pas dit epileptico!) mais  il semblerait que Thierry F. soit intervenu auprès d'Arnaud D. pour lui faire raboter un peu la durée de son film, le faisant passer sous la toise des deux heures alors qu'il en faisait au départ un peu plus, et que cette autre version (orininale) aurait été également distribuée en même temps que celle-ci, dans quelques salles qu'on supposes parisiennes et élitiquement (?) choisies).
Enfin, tel que, ça fait un peu trop chantier cérébral à mon goût, avec connivences universitaires et cinéphiliques (à qui donc peut-ce faire une belle jambe que celui-ci s'appelle Bloom et l'autre Dedalus, hein ? Quelqu'un aurait-il écrit une thèse sur Joyce lorsqu'il était plus jeune ?), ça part dans tous les sens, mais Desplechin oblige, tous les critiques ou presque a-do-rent et révèrent et se prosternent. C'eût été signé de quelque moins panthéonique nom que, j'en suis sûr, des tomates auraient volé (j'exagère à peine) et que des bouches se seraient sans doute  davantage pincées (le "C'est bordélique!" que d'aucuns n'auraient pas manqué de crier se mue alors "C'est un feu d'artifice", par exemple. Et tiens, justement, d'artifice(s), on pourrait d'ailleurs en parler...)  .
On passe un excellent moment, on reconstitue les histoires sur son bloc-note mental, on comble les failles, on colmate les interstices, on surligne les citations, oui, c'est plaisant. On se dit que certaines scènes (de colère, notamment) semblent un poil excessives et surjouées et, pas justes, convaincquent donc moins, mais bon. Dialogues bien écrits, bien mis en place, acteurs excellents (ah je n'ai pas mentionné Hyppolyte Girardot, ni Alba Rohrwacher, ni Bruno Todeschini, qui pourtant le méritent.). On se dit que le traitement de la fin est spécialement désinvolte (plutôt qu'un déroulant nous informant des ultimes péripéties personnelles, il a été jugé plus intelligent de faire lire le prompteur -et faire le boulot- par Charlotte G., assise face caméra, ce qui constitue le comble de l'audace nôôôn ?)
Et on sort, quand même en se disant qu'on préfèrerait un cinéma peut-être moins brillant (clinquant) certes, mais qui se regarderait beaucoup moins complaisamment le nombril...

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lundi 22 mai 2017

taille de guêpe et gros pétard

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LA VENGERESSE
de Bill Plymton & Jim Lujan

Je ne l'ai pas chroniqué tout de suite, et il s'est hélas déjà presque évaporé. Vu à une séance de retraité (jeudi, 13h45), seul dans la salle, et j'y ai hélas copieusement -et irrémédiablement- dormi, mais pas le sommeil de plomb boum! qui vous assomme pour une plombe, non, le petit sommeil sournois, exaspérant, clic je regarde clic tiens j'avais fermé les yeux clic je re-regarde clic oh mondieumonideu je re-dormais encore.
J'adore le graphisme excessif de Bill Plymton, ces visages et ces corps hypertrophiés, distendus, malmenés, ces personnages improbables, ces méchants d'anthologie.
je me souviens de la scène d'ouverture, ou un méchant retranché dans une chambre d'hôtel se fait arrêter grâce à un faux room service de clopes, de bières, et de magazines de cul
Je me souviens d'une belle brune (la vengeresse du titre) qui conduit des bolides et tire à l'arc
Je me souviens d'une mémé qui manie le taser
Je me souviens d'un ancien catcheur qui n'est pas le philantrope qu'il prétend être
Je me souviens d'un faux réparateur de wc
je me souviens d'un biker qui fait exploser la cuvette tellement il pousse fort
et je vous mets plein d'images tellement je suis morfondu de honte d'avoir si copieusement dormi.

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Revegeance

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