samedi 30 novembre 2013

passe passe le temps

2 AUTOMNES, 3 HIVERS
de Sébastien Betbeder

Un grand grand merci à Zabettina, grâce à qui j'ai pu voir ce soir, au chaud, sur mon ordi, ce très très joli film, le troisième dans lequel jouait Vincent Macaigne à Cannes cette année (pour mémoire, La fille du 14 juillet et La bataille de Solférino). Le genre de film qui ne peut que me plaire : une histoire simple, avec des gens ordinaires, à qui il arrive des choses plus ou moins ordinaires : amour, amitié, tristesse, incompréhension, accident, agression... des gens qui se parlent entre eux, mais qui aussi, surtout, vous parlent directement à vous spectateur, enfin, vous qui êtes à l'autre bout de l'objectif. De l'autre côté.
Dans un récit découpé en petits chapitres numérotés (d'abord croissants puis décroissants), chacun avec son  petit titre, plus ou moins intriguant. Avec aussi dedans d'autres vrais morceaux de cinéma (Eugène Green, Alain Tanner, Judd Apatow) auxquels on accorde la même place qu'aux moments / morceaux de vie(s).
Un film en apparence désinvolte, souriant, léger, mais dont le sourire s'estomperait peut-être progressivement, par instants, mais sans que jamais il soit tout à fait abandonné. Un exercice de style, un work-in-progress, dans ce va-et-vient perpétuel antre ce qui se joue (ce qui se montre) et ce qu'on en dit. Les personnages se commentent, mais commentent aussi les autres, et ces interférences monologuées génèrent un genre de méta-discours très très très plaisant. A mi-chemin entre le choeur et le discours intérieur (Pourquoi ai-je pensé à Perec ?). Et l'adresse au spectateur autant que le regard-caméra font que vous êtes incontestablement concerné, intégré, conquis.
Bien sur, Vincent Macaigne y est pour quelque chose. Là, son personnage est juste parfait (ni énervant comme dans la fille du quatorze juillet, ni flippant comme celui de La bataille de Solférino), juste juste, comme il pouvait l'être dans Un monde dans femmes, vu (et top10é) l'année précédente. L'impeccable barbe de 3 jours et les cheveux idéalement en pétard, la dégaine,la force fragile (ou le contraire, bien sûr...). J'adore sa voix, aussi, (ce je ne sais quoi de rauque, de voilé,de fissuré, hmmmm) et dans cet exercice attachant de raconter/commenter en live ce qu'on est en train de vivre (ou plutôt - on est au cinéma - ce qu'on est censé être en train de vivre, puisque, tout de même, on raconte une histoire), il excelle, tout comme Maud Wyler (la demoiselle) et Bastien Bouillon, le troisième larron tout autant...
L'aspect pluriel (plusieurs personnages, plusieurs histoires, plusieurs regards) du film est accentué non seulement par le découpage en chapitrounets, mais aussi par la diversité -l'hétérogénéité- des textures cinématographiques. Un genre de catalogue (découpé recollé retravailllé, beau comme le générique de Se7en), où on évoque (par hasard ?) , où affleurent des choses qui (me) touchent personnellement : l'école des Beaux-arts, le MK2 Beaubourg, le père mort du cancer, Bresson, les files d'attente des super-marchés, la fondue, les années qui passent...
Un film réconfortant, comme un doudou au  beau milieu des nuits d'hiver.
Un film élégant, ludique, original, juste, tendre, beau...
Ineffable ?
Top 10.

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Le film sortira le 25 décembre.

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mercredi 27 novembre 2013

impossible de choisir

dans le dernier disque d'étienne daho, il ya une très belle (et très courte, environ 2'40) qui s'appelle "en surface"
elle est signée dominique a
et chantée par daho, à sa manière daho, juste comme j'aime

:o)

mais sur le deuxième cd (de l'ébition "luxe", avec 6 titres suplémentaires), il y a une reprise de la même chanson
"en surface" donc
Mais cette fois-ci en duo avec dominique a
et avec un délicieux accompagnements de cordes (qui font dzing dzing dzing comme j'aime)
elle est encore un peu plus courte (à peine 2'20) mais toute aussi délicieuse

impossible de se décider entre les deux, pour l'instant, je les ai donc mises toutes les deux à la queue-leu-leu sur mon dernier "cd-juke-box"

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mardi 26 novembre 2013

"police,milice / flicaille, racaille"

UNE CHAMBRE EN VILLE
de Jacques Demy

Il y a trente ans, je n'avais pas eu l'envie (le courage ?) de le voir, malgré la présence de Dominique Sanda et les beaux yeux de Jean-François Stévenin... mais je me souviens que Pépin l'adorait, il avait même mis l'affiche chez eux... (ou bien je brode ?) enfin, toujours est-il que j'étais un peu dans mes petits souliers en allant le voir dans le bôô cinéma où nous le programmions pour trois ou quatre séances dans la cadre des "films du patrimoine"...
De Jacques Demy, j'ai vu en entier Lola, et, par fragments, Les Demoiselles, Les Parapluies, et Peau-d-Âne (ah Delphine Seyrig, la marraine, qui arrive à la fin en hélicoptère, très dea ex machina, et susurre à l'oreille de Catherine D., de sa voix ineffable "J'épouse votre père, tout est arrangé...") mais je ne connaissais de celui-ci que des images, Dominique Sanda en manteau de fourrure pâmée dans les bras de Richard Berry, ou Michel Piccoli en rouquin habillé en vert, avec un immonde collier de barbe, ou encore Stévenin en gilet de camionneur au premier rang de la manif...
Le film commence d'ailleurs là-dessus, et m'a fichu illico les larmes aux yeux : face à face, les manifestants des chantiers navals de Nantes et les flics du même métal, qui s'affrontent... en chantant (c'est divinement fait) et on va vite se rendre compte que l'on ne fait que cela, dans ce film, chanter : pour se saluer, s'affronter, se dire qu'on s'aime, ronchonner, se traiter de con, demander le loyer, annoncer qu'on est enceinte, dresser la liste des revendications, etc. Tout, tout, vous dis-je.
Danielle Darrieux y est spécialement divine, en mère de Dominique Sanda et propriétaire de Richard Berry, le bôô métallurgiste qui va vivre une torride histoire d'amour avec la fille en question, (qui est pourtant mariée avec Michel Piccoli, l'horrible rouquin, horriblement jaloux en plus). Autant dire que tout n'est pas rose, qu'on n'est pas que dans le sucré et le guimauvesque, et que les noms d'oiseaux volent bas (et fleurissent les dialogues, ou plutôt les paroles, puisqu'elles sont chantées de bout en bout.)
Jacques Demy insère sa love story naissante (il y en a, en parallèle, une finissante, avec la jeune et jolie Violette) dans un contexte social inhabituel dans le cadre d'une "comédie musicale" (quoique plus on progresse et moins ce terme de comédie paraît adapté) : la grève,  les syndicats, les manifs, et, inévitablement les CRS qui vont de pair avec.
Le film a l'intelligence de s'ouvrir et presque se fermer sur ces scènes de manifs et d'affrontements qui sont véritablement poignantes et fortes (et merveilleuses), enserrant entre ces deux parenthèses humaines le petit chassé-croisé amoureux, affectif, ou simplement sociétal, entre les différents personnages : le métallo, la fiancée délaissée, l'épouse maîtresse, et le mari jaloux, dans finalement très peu de lieux  (surtout l'appartement de Danielle Darrieux -la veuve du colonel-, un bar, une chambre d'hôtel... reconstitués/décorés avec un soin et une précision maniaques (ah, les papiers peints...) pour y mettre en valeur (y faire ressortir) des personnages tout aussi méticuleusement colorés...)
Il importe pour le spectateur (ici, moi, en l'occurrence), de se laisser aller, de lâcher prise, enfin d'accepter tout simplement que ça chante tout le temps (et c'est d'ailleurs ce qu'on a envie de faire, à la fin, en sortant de la salle...) avec nos habitudes de spectateurs de 2013 : il y a des fois, il faut bien l'avouer, ou ça friserait presque carrément le grotesque, mais où justement, grâce à la magie et à la force de Demy, on en vient juste à sourire... avant de se replonger avec délectation dans le drame qui point, qui s'annonce, et va nous rouler impitoyablement avec lui...
Chapeau! (ou plutôt Manteau!, dans le cas présent hihi)

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dimanche 24 novembre 2013

ce qui m'émeut (2)

DUANE MICHALS, THE MAN WHO INVENTED HIMSELF
de Camille Guichard

autre film, autre émotion, nouvelle, autre forme d'émotion aussi peut-être
ce film-là je l'avais juste sur un site de vente "dvd à paraître", et voilà qu'en épluchant le programme télé je m'aperçois qu'il est programmé sur club (une de mes chaînes cinoches préférées) jeudi/vendredi très tard dans la nuit (ici on dirait "à point d'heure"), puis en feuilletant mieux, que la première diff a lieu mercredi 20 à 19h et quelques. j'entoure sur le programme (on est une semaine avant) et je fais en sorte de ne pas oublier, la veille je programme l'enregistrement, la bonne chaîne, et le jour dit à l'heure dite (aujourd'hui) je suis devant la télé et le graveur pour vérifier si ça a bien démarré (il est, bien entendu, déjà arrivé que cela ne se fasse pas...)

Duane Michals, c'est mon photographe préféré du monde, depuis que je m'intéresse à la photographie (et au corps des messieurs tout nus) ce qui fait un certain nombre de dizaines d'années / je l'ai découvert dans le magazine Photo, j'ai acheté -honteusement cher à l'époque : pensez, cent-cinquante francs, quand un gros roman en valait une vingtaine, et un bouquin en poche deux ou trois- son premier bouquin édité en france "vrais rêves" (real dreams, en version originale), j'ai pu ensuite, grâce au magazine Photo-reporter, acquerir un exemplaire de "merveilles d'égypte", dédicacé de sa main, avant que d'avoir (mais peut-être était-ce, finalement, avant ?) d'avoir une longue histoire avec "take one and see the fuji-yama", en suède, en 76 je pense...

Duane Michals réalise des séquences photographiques, en noir et blanc, pendant toute la "première partie" de son oeuvre, celle que je préfère (et que je révère) : en plusieurs images, il raconte une histoire à sa façon, drôle, absurde, inquiétante, rassurante, cosmique, fantastique ça dépend, mettant en scène à maintes reprises des jeunes hommes joliment barraqués mais pas forcément, mais bien souvent tout nus

En plus des messieurs jolis, du flou et du noir et blanc, le texte écrit à la main est une autre caractéristique du travail de duane m (et même dans un de ses bouquins il ya une lôôôngue préface entièrement manuscrite, que j'avais entièrement photocopiée, il y a longtemps)

Puis est venu le ouaibe, et avec lui une "certaine" démocratisation des achats d'ouvrages photographiques, et j'ai pu ainsi me constituer une collection des ouvrages de duane michals lorsque je pouvais me les offrir à un prix "décent" (certains premiers tirages atteignent, chez certains margoulins, des sommes astronomiques) , et, au fil des ans, la collection s'est étoffée (aucun bouquin de la même taille, ni du même éditeur) / Michel C. m'en avait offert un pour Noël il y a longtemps ("changements"), et Emma m'en a offert un des derniers tout récemment ("ce que j'ai écrit")

Maintenant, le monsieur a 80 ans (oui, il est "très vieux") avec toujours le même humour, et ce film est l'occasion de le voir en action, de l'entendre parler de ce qu'il aime, de ses histoires (quand il avait trente ans, il est allé voir Magritte, qui était une de ses idoles, et raconte tout ça, en revenant sur les photos prises à l'époque) Il raconte, se met en scène, montre des photos, dialogue avec des jeunes gens, réalise des prises de vue, et c'est tout l'esprit, toute la magie du monsieur qui transparait, en même temps que sa simplicité, dans ce film sorti, semble-t-il, directement en vidéo sans passer par la case "cinémas" (et que vous avez donc, satistiquement, bien peu de chances de voir, -il repasse encore quelques fois la semaine prochaine sur la chainé cinéma club de canalsatmuche- sauf si vous me demandez que je vous le prêtasse -je crois que l'imparfait du subj n'est ici absolument pas justifié mais voilà c'est comme ça- ce que je me ferai un plaisir de faire, est-il besoin de le préciser...).

 

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mardi 19 novembre 2013

ce qui m'émeut

SUMMERTIME
de Matthew Gordon

Ce n'est pas vraiment une critique de film, puisque je n'ai pas vu en entier le film ci-dessus titré, même si je l'ai soigneusement enregistré (il était programmé peu de fois) après en avoir vu quelques images, et m'être souvenu qu'à sa sortie, vu le résumé, je n'avais pas eu très envie de le voir (échaudé par un récent Winter's bones qui ne m'avait pas passionné...)
Il est donc au chaud sur mon disque dur, j'ai juste vérifié que je l'avais en entier, puis, comme Harpagon avec sa cassette, j'ai fermé le couvercle et je n'y ai plus pensé dans l'immédiat. jusqu'à ce que je retombe, quelques temps après, en zappant, sur le même film (c'était la dernière projection), quasiment à la fin : j'en ai vu, disons, les dix dernières minutes...
Et je (me)  pose la question : qu'est ce qui fait qu'une chose (un film, dans le cas présent) vous émeut, comme ça, sans prévenir, et ce, hop, jusqu'aux larmes ? Je savais qu'il s'agit de trois frères livrés à eux-mêmes : le grand, le moyen, le petit. Et que c'est le moyen le héros, le personnage principal du film, qu'il traverse comme un petit taurillon buté (torse poil le plus souvent, il faut montrer ses muscles). Coincé entre le grand (le modèle ?) qui fait le con, et le petit (le faible) qu'il doit protéger.
Il est aussi le narrateur (en voix off, il écrit à son prof, une lettre, ou des, que celui-ci ne recevra probablement jamais). Cette voix, ce qu'il raconte (je n'avais pas tous les éléments puisque c'était presque la fin, je devais me débrouiller pour remettre les morceaux ensemble), plus la musique (exactement de la musique comme j'aime, ai-je pensé sur le coup, même si je serais, en ce moment, bien incapable de dire de quoi il s'agissait vraiment, piano tristounet ou guitares joliettes...), ce qui se jouait sur l'écran (que je ne comprenais pas non plus très exactement), la proximité entre les deux frères, le contraste entre les grands espaces et les corps filmés de près, le fait que quelqu'un témoigne de l'intérêt, de l'affection, à quelqu'un d'autre (son petit frère, en fait), ou simplement le fait que peut-être j'étais dans un état (physique, mental) propice à de tels épanchements, oui, toujours est-il que je me suis retrouvé rapidos avec les larmes aux yeux et ce de façon durable...

Mais c'était très doux.

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samedi 16 novembre 2013

micro127

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"deux dents de pas assez contre le vent"

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 J'avais deviné que Libé titrerait "Walk on the wild side" pour la mort de Lou Reed,
mais ce n'était pas très difficile

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 (en rentrant des champignons)
"On a trouvé des vestes de mouton !"

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 elle m'a dit que j'avais un beau cal osseux

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"ça va pas plaire à Cendrillon si je me change en potiron"

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 "au long cours" (un salon de coiffure en Bretagne)

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"la vraie paresse, c'est de se lever à 6h du matin, pour avoir plus longtemps à ne rien faire."
(Tristan Bernard, dans Libé)

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Duane Michals a eu 81 ans, le 18 de je ne sais plus quel mois
(nos idoles héros vieillissent aussi)

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ça y est, on y est quasi, dans les "froides ténèbres"...

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"pour le facteur : laisser le courrier sous la porte du palier"
(affiché sur la porte d'entrée, au rez-de-chaussée, fermée à clé).

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"je vais t'aimer jusqu'à ce que tu t'aimes"
(in Je suis supporter du Standard)

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jeudi 14 novembre 2013

immersion

LEVIATHAN
de Lucien Castaing-Taylor et Véréna Paravel

C'est rare que pour apprécier pleinement un film je décide de m'installer bien au milieu de la salle ("au croisement des diagonales") pour en jouir pleinement, la dernière fois, c'était pour le sublime NE CHANGE RIEN de Pedro Costa. Les réalisateurs (oui, un monsieur et une dame, ça donne "les réalisateurs") de Léviathan annonçant une "expérience sensorielle ultime", et Hervé, en amont, étant tout aussi enthousiaste, je me suis dit que ça en valait peut-être la peine...
Wouahhhhh! En effet, ça la valait bien (la peine). Nous voilà sur un bateau de pêche, (si on ne le sait pas, on met un certain temps à le deviner, tant les premières images sont déroutantes, et nous forcent à quitter nos repères habituels) embarqués, le mot est juste, en pleine mer, avec les pêcheurs, les mouettes, les poissons, le tangage, le roulis, les écoutilles, les mouettes, dessus dessous, dehors, dedans, la nuit, la tempête, les éléments déchaînés, on vit ça véritablement du dedans, au plus près, en plein coeur.
On a l'impression qu'au tournage il y avait des caméras partout, sur le bateau mais dans l'eau, sur le pont, dans la cale, et même sur la tête des pêcheurs. Une matière intense, colorée, violente, accidentée (et probablement parfois accidentelle aussi), paroxystique, triturée et mise à vif, à nu, par un montage ad hoc (montagnes russes, rythme aléatoire, déstabilisant, où l'on peut aussi bien alterner violemment les images les couleurs les textures, empiler, hacher recoller, que soudain tout poser (comme au fond de l'eau se déposeraient les sédiments) pour un soudain plan long -on peut alors parfois penser "trop long"-, calme ou moins, en forme de respiration,break), avant de repartir ailleurs, un nouvel ailleurs incertain, glissant, fuyant, mouillé, encore renforcé par le travail sidérant effectué sur le montage-son, qui vous immerge véritablement dans un caisson aquatique, parfois amniotique, le plus souvent maelstrom, machineries, bruitages mi-organiques mi-industriels, aqueux, comme s'il s'était agi de reconstituer l'essence même du travail des pêcheurs.
Parlons-en, de ces pêcheurs . Ici devrait forcément apparaître le mot "rugueux", tel qu'il est apparu souvent dans les critiques du film, et qui apparaît tout aussi régulièrement dès qu'on montre des hommes dont ni les conditions de vie ni l'apparence physique ne correspondent tout à fait à l'habituelle imagerie mâle cinématographique ambiante, lisse proprette inodore. Et qui serait ici tout particulièrement adapté, puisque le caractère du rugueux est, spécifiquement, de ne pas être lisse, de présenter des irrégularités, des aspérités, qui justement permettent de faire face au mouvant, au glissant, à l'aquatique, au maritime. Schématiquement, le rugueux du marin serait le velcro qui lui permet de ne pas glisser sur le pont, et c'est tant mieux. Je plaisante, mais à-demi. Les hommes dans Léviathan sont montrés avec la même proximité, la même intensité, la même curiosité que leurs confrères marins, à nageoires, à branchies ou à coquilles. Avec la même fascination, d'égal à égal. Qu'ils soient en pleine action (vacarme, paquets de mer, agitation, exécution, ou au repos -étonnante séquence à la fois étirée et resserrée dans le temps d'un marin qui s'endort dans la cambuse en regardant les infos à la télé, son mug de café à la main-...).
Vu juste avant le film des Coen, je ne savais pas encore que j'allais voir deux films grandioses coup sur coup.
Dommage que le film, programmé juste deux fois au bôô cinéma dans le cadre du mois du doc, ait attiré si peu de monde (on était 5 au début, et 4 à la fin, enfin, déjà juste au bout de dix minutes...) et re-dommage que, dans ce même bôô cinéma, on ait la détestable habitude de rallumer -cling!- les lumières de la salle dès les premiers mots du générique de fin (et parfois même avant), sauf que, dans Léviathan, le film continue après ledit générique de fin, quelques minutes dans le noir, avec juste une lumière qui s'éloigne et sur un dernier glougloutis... du coup, on a juste entendu le glougloutis... Pfff!

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les coen, 4 à 4

16 films... l'occasion d'un petit survol/classement par paquets de 4, chronologiquement descendants

un peu :

2008 : Burn After Reading

2004 : Ladykillers (The Ladykillers)

2003 : Intolérable Cruauté (Intolerable Cruelty)

2000 : O'Brother (O'Brother Where Art Thou?)

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beaucoup :

 

2010 : True Grit

2001 : The Barber : l'homme qui n'était pas là (The Man Who Wasn't There)

1994 : Le Grand Saut (The Hudsucker Proxy)

1990 : Miller's Crossing

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passionnément :

2007 : No Country for Old Men (No Country for Old Men)

1998 : The Big Lebowski

1987 : Arizona Junior (Raising Arizona)

1984 : Sang pour sang (Blood Simple)

 

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à la folie :

 

2013 : Inside Llewyn Davis

2009 : A Serious Man

1996 : Fargo

1991 : Barton Fink

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mercredi 13 novembre 2013

Pour sylvain, encore un peu de tchekhov

(pour moi, un genre de quintessence...)

ELENA ANDREEVNA (pensive). Il est étrange comme homme... Tu sais quoi ? Laisse-moi, je vais lui parler... Avec délicatesse, par allusions...

Pause.

C'est vrai, combien de temps vivre encore dans cette incertitude... Laisse-moi faire!

Sonia hoche la tête affirmativement.

Splendide. Soit il aime, soit il n'aime pas, ce n'est pas difficile à savoir. Ne t'en fais pas, ma petite colombe, ne t'inquiète pas -je l'interrogerai avec délicatesse, il ne s'en apercevra même pas. Nous voulons juste savoir si c'est oui ou si c'est non.

Pause.

Si c'est non, qu'il ne vienne plus. D'accord?

Sonia hoche la tête affirmativement.

C'est plus facile, quand on ne se voit pas. On ne va pas attendre cent sept ans, on va l'interroger sur l'heure. Il voulait me montrer des graphiques... Va lui dire que je veux le voir.

SONIA (saisie d'une forte émotion). Tu me diras toute la vérité?

ELENA ANDREEVNA. Oui, bien sûr. J'ai l'impression que la vérité, quelle qu'elle soit, est tout de même moins effrayante que l'incertitude... Fais-moi confiance, ma petite colombe.

SONIA. Oui, oui... Je dirai que tu veux voir ses graphiques. (Elle sort et s'arrête devant la porte). Non, l'incertitude, c'est mieux... il reste quand même l'espoir...

ELENE ANDREEVNA. Tu dis?

SONIA. Rien

Elle sort.

(Oncle Vania, traduction d'André Marcowicz et Françoise Morvan)

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chat roux

INSIDE LLEWYN DAVIS
de Joel & Ethan Coen

Il me semble l'avoir déjà écrit, a propos de A SERIOUS MAN : il y a dans le cinéma des Coen quelque chose d'impeccable, une qualité de facture qui force, forcément (!) l'admiration. Un peu comme s'ils filmaient sur une pellicule spéciale. Cette façon imparable qu'ils ont de s'emparer d'un personnage (un looser magnifique de préférence) et de capturer l'espace-temps qui l'entoure, l'air qu'il respire, la vie qu'il vit.
Llewyn Davis est un musico, un guitariste, un folk-singer sans domicile fixe ni perspective de vie bien définie. Il chante (joliment) par-ci par-là, grapillant quelques dollars, et son principal souci quotidien semble être de savoir où il va bien pouvoir dormir le soir (car l'hiver cette année-là semble être rude, et le pauvre n'a même plus de manteau.
Dès le début du film (qui sera d'ailleurs, par une  construction temporelle spécifique, aussi la fin), les choses sont posées : il a chanté dans un bar, s'excusant au près du patron de la cuite qu'il tenait la veille, puis se fait casser la gueule par un cow-boy dans l'arrière-cour dudit bar, avant de se réveiller dans un appartement vide, en compagnie d'un chat roux qu'il va malencontreusement laisser s'écahpper au moment où il ouvre la porte pour sortir, et à la poursuite duquel il va consacrer une certaine partie du film.
Llewin Davis est un  barbu frisé mimi que les réalisateurs réussissent à nous rendre attachant à défaut d'être toujours vraiment sympathique... Ok, il galère, mais est-ce vraiment la faute à pas de chance ? mais on le suit, au long des épreuves qui s'nchaînent tout au long des nuits hivernales (ce n'est pas pour iren qu'on apprendra, tout à la fin, que le chat s'appelle Ulysse) au fil des rendez-vous plus ou moins manqués, des rencontres plus ou moins improbables, des coups plus ou moins durs, des engueulades plus ou moins justifiées aux réconciliations plus ou moins idem, et c'est du grand grand Coen & Coen (mais n'est-ce pas le sentiment que j'ai chaque fois que je sors d'un de leurs films ? Non non, il ya des fois où je sens que, même si c'est brillant, c'est tout de même mineur, tiens il faudra que je fasse bientôt une liste récapitulative).
Oui, j'ai adoré, même si -honte à moi- je me suis un tout petit peu endormi au milieu , et c'est d'ailleurs pour ça que j'y retourne cet après-midi (fin de ce post alors suivra)

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(après l'avoir revu, donc)
Quel bonheur mais quel bonheur d'y être retourné! D'abord le plaisir de revoir le film, mais aussi ce que j'en avais manqué (rien pendant un certain temps, et puis, pour le voyage à Chicago, voilà qu'il m'en manquait pas mal, ou plutôt tout ce qui se passait entre les quelques images qui m'en étaient restées, et ç'aurait été très dommage car c'est vraiment un morceau du film que j'adore, typiquement coenesque : de la belle image, des personnages presque mystérieux, en tout cas inquiétants juste ce qu'il faut, la route dans la lumière des phares, les pauses dans des stations-services, la neige, les mots ou les actes sybillins, on ne comprend pas tout, juste ce qu'il faut, mais on se laisse porter, c'est merveilleux...)
Oui, merveilleux. Tout serait prétexte à compliments : la lumière, la couleur (une gamme d'ocre de bruns de gris), le cadrage, la construction (j'adore cette fuite en avant simplement rectiligne qui nous prouve, finalement, que, même en allant tout droit, et bien, on finit -plaf!- par revenir à son point de départ (parce que la terre est ronde, cqfd), sans oublier l'essentiel : les personnages, bien entendu, en premier lieu ce looser magnifique de Llewyn D., mais tout autant l'intégralité des personnages qui l'entourent, tous traités avec la même attention curieuse, dépeints avec la même tendre vacherie. La même humanité, simplement.
Si le film peut faire sourire en surface, il n'en relève pas moins en profondeur de la même veine mélancolique (aussi violente que discrète, si je peux oser le paradoxe) que j'aime tant chez les brothers C.
Un grand grand cru.

 

 

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