jeudi 21 août 2014

sutemaru

LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA
d'Isao Takahata

Hervé nous l'avait vanté. Une foi(s) de plus, il avait raison.
Non seulement l'histoire est belle, mais l'animation l'est encore plus. Un film d'animation de 2h20, il avait intérêt à nous sortir le grand jeu, pour pas qu'on trouve le temps long. Là, bingo! Tout est bien dans ce conte multiforme ( /bébé trouvé dans un bambou par un humble coupeur de bambous appelé à devenir une princesse /  enfance joyeuse et insouciante de la fillette / départ à la ville où son "père", un parvenu, fait faire son éducation pour qu'elle devienne une vraie princesse  / défilé de notables qui veulent l'épouser / épreuve imposée à chacun des prétendants de ramener un cadeau introuvable comme preuve d'amour / ratage des prétendants / recherche de l'amour vrai / explication finale... /) dont les pans de récits successifs, utilisent plusieurs styles  d'animation.
On n'est pas du tout dans la "ligne claire" du collègue Miyazaki, il s'agirait plutôt de peinture, et de touches de pinceaux. Le résultat est fascinant, que ce soit dans le rendu "bucolique" réaliste (la nature, les animaux, les végétaux) ou simplement technique, graphique (une fuite représentée quasiment en noir et blanc, avec juste une tache de rouge, en traits nerveux et fuyants).
Chacune des époques (l'enfance insouciante, la "formation" et ses contraintes, l'adolescence et ses tiraillements) est l'occasion d'un traitement particulier, par ses éléments graphiques spécifiques autant que les émotions suscitées. Pauvres et riches, nobles et parvenus, empereur et peuple, ville et campagne aujourd'hui et hier, amour et amitié, tous ces antagonismes sont utilisés pour étayer le récit de cette jolie princesse Pousse de bambou, de ses parents, de son ami d'enfance, dans un grand film majestueux dont on ne voit pas s'écouler les 140 minutes...
Bien entendu, dans le bôô cinéma, ils ont comme d'hab' rallumé les lumières avant la fin (on se demande, finalement, pourquoi ils les éteignent) mais tant pis, ça ne faisait rien, fascinés qu'on était par ce qui se passait sur l'écran, fascinés, bouche ouverte et yeux brillants, comme les enfants, à rester assis sagement, comme ça, jusuq'au bout du bout, à écouter cette jolie chanson mélancolique sur le générique final...
Oui, un film vraiment magnifique. Où on pourrait, avec justesse et sans mièvrerie, utiliser l'épithète gracieux.

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mercredi 20 août 2014

poussins congelés

LES COMBATTANTS
de Thomas Cailley

Le résumé, je dois dire, ne me faisait pas plus envie que ça... Mais bon y avait Adèle Haenel... Comme je n'avais même pas pu voir la bande-annonce, j'y suis allé comme ça, au jugé, dès la première séance (j'avais des places à 5,50€!).
Sacré film! Il me semble que c'est le premier long du réalisateur (je n'en suis pas sûr sûr), mais tout ça fonctionne super bien! Ca commence socio docu, un peu à la Doillon, un poil à la Dardenne, deux frangins dans la menuiserie, papa mort, maman attentive, potes et bière, du solide, du vécu, de l'authentique, qui sent la sciure, la sueur de jeune homme, et tout à coup la rencontre de "cette meuf un peu zarbi" qui vient perturber le plus jeune des deux... alors le film va s'orienter vers autre chose, dans une seconde partie kaki et camouflage,jusqu'à ce que, franchissant un grillage, il  bifurque une nouvelle fois, puis  encore une autre, au bord d'une rivière, et encore encore une autre, dans un village, en réussissant à chaque fois l'exploit, non seulement de nous surprendre mais de nous posséder, nous ferrer, en réinventant, en biaisant à chaque fois la forme qu'il emprunte en apparence, choisissant l'itinéraire-bis plutôt que celui emprunté par le plus grand nombre, habituellement, pour se rendre du point A au point Z de cette fiction..
C'est vraiment du grand art cette façon de rebondir là où on ne l'attendait pas vraiment, et à chaque fois de tenir la note juste, sans forcer, et à chaque fois repartir, sans vraiment jamais nous lâcher la main.
J'ai eu un peu de mal au début avec le personnage que joue Adèle Haenel, quasiment si macho qu'il n'en faudrait pas beaucoup pour pouvoir ajouter un sous-texte gay! On la sent "en force", a donf, "trop", tandis que Kevin Azaïs, qui joue le jeune homme en face d'elle serait, lui, "trop" le reste (oh que voilà une phrase obscure non , en gros, tout, les oppose) et ce bloc de granit, inattaquable en apparence, va, bien évidemment petit à petit se lézarder , oh pas beaucoup, juste de quoi laisser passer une bouffée de tendresse, celle après laquelle galope en vain le jeune homme depuis le début du film.
Très belle(s) étude(s) de personnage(s) , cette fille qui joue les combattants parce qu'elle a peur de la fin du monde, ce garçon qui devient adulte sans forcer, simplement, progressivement, ce frère et cette mère qui l'aiment et tentent de lui faire comprendre... sans que jamais on piétine dans la glaise avec les sabots lours du convenu ou du pathos poufpouf. Au contraire, thomas cailley et son frère ont adopté un ton délicieusement ironique, drôle à froid, par petites touches, ici le dialogue, là la situation, un peu plus loin le regard et la distance qu'il porte à ses "héros"...
Plus que plaisant. Hautement très recommandable.

 

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lundi 18 août 2014

alors c'était qui, les numéros que personne n'a trouvés ?

vlcsnap-2014-06-17-17h20m02s249numéro 1 : 40 ans et toujours puceau

bscap0004 (2)numéro 2 : gangs of wasseypur

vlcsnap-2014-05-18-18h29m15s38numéro 3 : a touch of sin

vlcsnap-2014-06-17-17h18m30s84numéro 4 : 40 ans et toujours puceau

vlcsnap-2014-05-18-22h08m16s128numéro 5 : queen of montreuil

vlcsnap-2014-05-18-22h11m02s254numéro 6 : inferno

vlcsnap-2014-05-24-18h37m22s6numéro 7 : 9 mois ferme

vlcsnap-2014-05-24-18h40m06s93numéro 8 : holy motors

vlcsnap-2014-05-29-23h16m27s181numéro 9 : les sentiments

vlcsnap-2014-06-08-12h20m48s64numéro 10 : jacky au royaume des filles

vlcsnap-2014-06-08-13h18m23s80numéro 11 : the grand budapest hotel

vlcsnap-2014-05-29-23h03m05s103numéro 12 : grand central

vlcsnap-2014-06-08-13h22m29s169numéro 13 : the grand budapest hotel

vlcsnap-2014-05-18-18h31m11s140numéro 14 : a touch of sin

bscap0002numéro 15 : martin et léa

bscap0003 (2)numéro 16 : heimat

bscap0001numéro 17 : martin et léa

vlcsnap-2014-06-17-16h34m44s169numéro 18 : django unchained

vlcsnap-2014-06-17-17h17m06s18numéro 19 : engrenages

vlcsnap-2014-05-18-18h13m57s83numéro 20 : les amants passagers

Je remercie félicite les deux personnes qui ont participé (Pépin et Marie)
elles se verront offrir chacun(e) un dvd

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cartes postales de vacance(s)

Top10 des gens à qui je vais envoyer des cartes postales de vacance(s)
(Top 10 bien obligé, puisqu'elles se vendent par 10, et que je n'en ai commandé qu'un lot)

1) celles et ceux qui m'en ont envoyé une, et donc, le méritent :
- Emma et Régis
- Pépin
- Dominique
- Catherine
- Catherine et Claude
- Phil et Fran
2) celles et ceux qui ne m'en ont pas (encore ?) envoyé, mais qui, allez donc savoir pourquoi, le méritent quand même :
- Marie
- Manue
- Hervé et Dominique
- Zabetta

…et voilà, il n'en reste déjà plus!

 

   postcard1
 postcard6

postcard2

postcard5

postcard3

postcard4

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roasted almonds

LE RÔLE DE MA VIE
de Zach Braff

Chocolat/amandes/guimauve : c'était ma glace préférée chez Baskin Robins à Avignon (ah, j'étais jeune!). C'est ce que m'a rappelé la glace aux amandes grillées que demande le père, dans le film. Et c'est le nom que je pourrais bien utiliser maintenant pour appeler cette catégorie de film, les "feel good movies" : Le chocolat c'est pour le goût d'ensemble, la texture et la saveur générales, les amandes ça serait ce qui donne du corps du crunchant à cette pâte cinématographique, tandis que les guimauves seraient, comme leur nom l'indique, les moments où, par contre, ça commence un peu dégouliner, question sirop de glucose et autres hypersucreries violoneuses et collantes.
Je suis allé voir le film parce que la bande-annonce donne vraiment envie de, et en plus il y a une chanson qui m'avait (c'est fait pour ça) aussi sec accroché l'oreille (là, il faut attendre le générique de fin, c'est une chanson des Shins.) Et c'est vrai que c'est trop mignon,  bisounours grave sa race (on se dit en sortant, avec un sourire béat qui fait carrément tout le tour du visage pour se refermer derrière la tête, que ça serait drôlement bien si la vraie vie était comme ce qu'on voit dans le film mais bon on a besoin de sucre en ces temps pluvieux et fadasses... ) et qu'en cela la bande-annonce le vend bien.
Le rôle de ma vie ? La partie chocolat est vraiment agréable : onctueuse, parfumée, oui, la bonne consistance et la bonne saveur : Une histoire de famille (le héros, sa femme et ses enfants, et son frère, et son père, et le chien de son père qui pisse partout -le chien pas le père-)  plurielle, chorale, américaine, contemporaine, drôle et tendre. La partie amandes est parfaite elle aussi : les états d'âme du héros (et des autres), les répliques qui fusent, les vacheries, les dialogues acides, les scènes qui font glousser de plaisir, ou qui vous font éclater de rire, les personnages entre croquant et craquant, oui, le dosage est vraiment parfait, on en jubile.
Jusqu'à ce qu'arrive la partie guimauve, et qu'on ait l'impression que le "Monsieur Plus" a vraiment eu la main lourde,  que c'est tout le contenu du seau qui s'est renversé dans la pâte du film, la rendant petit à petit (c'est insidieux) tellement sucrée qu'elle en devient  écoeurante (la partie autour de spoiler la mort du père gâche vraiment le plaisir incontestable qu'on avait pris jusque là à cette dégustation). Le réalisateur a tellement efnconcé le bouton "bons sentiments" qu'il en est resté coincé (ou collé, avec tout ce sucre, c'est normal).
Plus ça avance et plus le film se lénifie, abandonne en chemin les saillies et les aspérités qui en faisaient la saveur, et c'est trop dommage. La grande scène à l'hôpital, avec toute la famille réunie autour du pater familias chuchotant avec des tuyaux dans le nez en devient  pénible. (Pour la petite histoire, j'ai mis un certain temps avant de retrouver qui se cachait derrière cette belle grosse barbe poivre et sel : c'est Mandy Patinkin (oh comme le temps passe, c'était, dans les années 80, dans Yentl, le beau barbu qui chavirait le coeur et les ovaires de Barbra Streisand (et les miens aussi d'ailleurs...), puis, quelques années plus tard, le fougueux Inigo Montoya, dans le toujours plaisant Princess bride...) Et bien là, il est vieux et il est malade, et c'est le père du héros et il n'en finit pas de mourir.)
Oui, j'ai vraiment adoré ça, au moins les trois premiers quarts, mais quand l'indice de glycémie émotionnelle a implosé, on est déçu,de voir le film retomber plaf! des quatre fers dans la plus fâcheuse moralité moralisatrice (après avoir été plutôt politiquement incorrect, par rapport à la religion notamment, et délicieusement insolent et rebelle) et hop, l'apologie de la famille, de l'amour, et de Dieu, et du statut de père, et hop! God bless America et hissez les couleurs!
C'est trop maladroit pour être intentionnel, il a sans doute voulu trop bien faire, et ça  fait  regretter encore plus ce qu'aurait été le film s'il avait vraiment tenu jusqu'au bout la note vraiment drôle et vraiment acide qu'il avait su mettre en place dès le début. Le glaçage final (moral) le rend juste, au bout du compte beaucoup moins comestible (comme une pâtisserie qui aurait abusé de la crème au beurre.)

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dimanche 17 août 2014

aqueux

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eau à Belfort

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eau à Coulevon (chez moi)

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eau à Besac

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eau à Coulevon (chez les voisins)

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eau entre Vesoul et Besançon

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eau à Lyon

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eau entre Vesoul et Lure

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roadie

MISTAKEN FOR STRANGERS
de Tom Berninger

Puisqu'il ne sort toujours pas en France, j'ai fini par l'acheter (5$, ça va!). Un documentaire réalisé par Tom Berninger, le frère de Matt Berninger, le leader du groupe THE NATIONAL, à propos de... la dernière tournée mondiale de THE NATIONAL, sur laquelle Tom avait été engagé comme roadie (fait engager par son frère Matt) occasion pour lui de tourner un film sur cette tournée, la vie d'un groupe (en tournée), et... (surtout) les relations entre frères, sujet sensible quand le votre est une "rockstar" tandis que vous, à 30 ans, vous ne fichez pas grand-chose de vos journées, ni de votre vie d'ailleurs, et que vous pensez (ou que votre frère, justement, pense) qu'il serait temps que vous fassiez enfin quelque chose, qui pourrait vous aider à avoir confiance en vous, à connaître votre quart d'heure de gloire, bref à la fois à vous légitimer et vous sentir mieux, et ce quelque chose, c'est ce film.
Tom Berninger est le jeune frère de Matt (ils ont 9 ans d'écart). Il est grassouillet, il aime le hard-rock, la bière, les pizza slices, et pense que "le rock indie est une connerie prétentieuse". A l'invitation de son frère de venir bosser sur la tournée (et d'en profiter pour voyager, en même temps), il remplit son petit sac, prend sa petite caméra, et rejoint le staff de THE NATIONAL. On est d'abord étonné de la qualité des images, et, lorsqu'on voit Tom B. à l'écran, avec sa petite caméra à la main (d'accord, au début, il se filme dans un miroir, mais après, tiens qui est-ce donc qui la tient ? -et le générique le confirmera, envoyant des thanks à toute une escouade de cameramen...-  on se dit qu'on va avoir droit à nouveau à un genre de vrai-faux documentaire, comme Le grand'tour, ou, mieux, I'm still here (quand Joaquin Phoenix décide de devenir une star du rap).
Pas tout à fait...
Dans sa première moitié, on est effectivement dans le documentaire, le reportage (même si certaines scènes semblent un poil scénarisées et interprétées), par la mise bout à bout de moments bruts plus (les coulisses, le backstage, les moments pris sur le vif, la scène, les sorties de scène) ou moins (les questions 'on de Tom) intéressants. A un moment (spoiler) Tom se fait virer de la tournée parce qu'il n'a pas assuré (il a bu trop de bières, il a oublié d'acheter du Toblerone, il a perdu la liste des invités sur laquelle figurait Werner Herzog...), et donc il part (jolie séquence, sur fond de Vanderlyle Crybaby Geeks) avec (l)armes et bagages (et la caméra aussi donc.)
Car le film continue. Mais à Cincinatti, retour chez Mom and Dad, pour une petite séance de thérapie familiale light, histoire de reprendre confiance et le cours du film. Et c'est à ce moment que les choses deviennent plus intéressantes (tordues ?) , quand le film abandonne le "reportage sur THE NATIONAL" pour s'élargir (dévier) en un "fabrication du film qui était censé au départ être un doc sur THE NATIONAL".
Le syndrome du "mec qu'on voit tenir la caméra à l'écran pour faire son film et qui ne peut donc pas s'être filmé tout seul" devient celui du "film qui est apparemment terminé puisqu'on est en train de le voir mais dont pourtant on suit toutes les étapes de l'élaboration et du montage, de la mise en forme et même de la projection" et la perspective devient assez vertigineuse.
Et c'est à ce moment que ça en devient vraiment plaisant, et même émouvant. Ce n'est pas facile de vivre dans l'ombre d'un grand frère devenu célèbre, même si c'est juste "famous like that" (geste de Matt B. écartant son pouce et son index d'à peine quelques centimètres) et ce film était pour Tom B. non seulement l'occasion d'exister (même si au départ surtout en tant que "frère de") mais aussi de parler de son frère (mieux, de parler à son frère), en nous donnant l'impression de  plusieurs points de vue en même temps : le sien, celui de la caméra, les instants vrais -ceux du filmeur- (c'est agréable de surprendre l'intimité d'un groupe en tournée, de voir que ces gens vivent quasiment comme vous et moi, qu'ils sont des vrais gens comme vous et moi, qu'ils bossent, qu'ils dorment, qu'ils boivent, qu'ils vont aux toilettes, qu'ils se brossent les dents, qu'il leur arrive d'avoir le trac, de pleurer, de se foutre en colère, qu'ils ont un appartement, qu'ils montent un lit pour héberger leur frère) et les fabriqués -ceux du scénarisateur- (plus ou moins : les questions idiotes, mais aussi les répétitions de gestes qu'il fait faire aux gens soit disant avant de les filmer alors que tout est filmé, ou celles qui sont rejouées mais dont on ne le saura qu'après -comme dit le générique de fin, "dans tout film il faut un Dark Vador"-) . Ce qu'on montre (ce qu'on veut bien montrer). Ce qu'on monte (et la façon dont on le monte). Ce qu'on a l'air de dire (et ce qu'on dit vraiment).
J'adore cette scène , tout à la fin, où Tom, assis devant son ordinateur, en train de monter son film -celui qu'on est en train de voir- est visiblement filmé par son frère, qui lui fait croire que la caméra ne tourne pas, tandis que Tom,lui, cache, avec son bras, sur son moniteur, une photo de son frère (celui qui est en train de le filmer) parce qu'il ne veut pas que l'autre (que le spectateur) puisse la voir, mais qu'il bouge quand même brièvement son bras pour qu'on puisse quand même voir ce qu'en principe il ne voulait pas  montrer, ni à à son frère (celui qui est en train de le filmer en faisant croire qu'il ne le filme pas), ni à nous. Agréablement vertigineux, non ?
Comme si Tom Berninger parvenait in extremis à nous persuader de la légitimité de son entreprise, et des applaudissements qu'elle mérite. De l'émotion, aussi. Avec quelques regrets quand même : en plus de la durée du film (1h14), celui que le thème qui semblait pourtant évident des "frères" (si le film a été fait par le frère du chanteur, le groupe THE NATIONAL est aussi composé, en plus de Matt B., de deux paires de frères, qui sont un peu passés à l'as, et il y avait peut-être là une piste qui n'a pas été suffisamment exploitée, mais, comme le dit un des jumeaux à Tom qui l'interviewe "de toutes façons, tu fais un film sur ton frère, pas sur nous. nous, tout le monde s'en fout...")

Critique-Mistaken-for-Strangers-Tom-Berninger-The-National-Matt-Berninger-Festival-Fantasia-Bible-urbaine-200x300

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samedi 16 août 2014

une année de papier

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Une excellente surprise, trouvée (9€, tout de même!) chez le bouquiniste de la rue d'Anvers, en fouillant dans son rayon de NRF que je pensais pourtant bien connaître... Le titre m'a plu, et le sous-titre, la dernière de couv' aussi, et je l'ai feuilleté... tiens, des notes, tiens des dates, tiens ça commence le 1er janvier, tiens ça finit le 31 décembre, tiens, il a écrit quelque chose chaque jour, et j'ai réalisé que mine de rien, je commençais à le lire...
Je l'ai reposé, à quoi bon etc. J'avais déjà un volume de théâtre de Grumberg en poche et donc. Et très vite je me suis ressaisi, je l'ai repris : ce livre, il était fait exactement pour moi (j'adore les fragments, j'adore les notes, j'adore les journaux). Et je l'ai donc acheté, et le Grumberg aussi, et le gentil bouquiniste m'a fait un rabais sur l'ensemble, puisque je prenais les deux.
Je ne connaissais pas du tout Hédi Kaddour. (Je me suis renseigné depuis). C'est un universitaire, un prof, un romancier, un poète, un "théatreux", un observateur, un critique... Et toutes ces facettes sont représentées dans ces Pierres qui montent (quelle belle image pour un titre!)
A chaque jour donc, son écrit, parfois juste quelques lignes, parfois plusieurs pages, et on avance ainsi dans l'année... Jour après jour, journalier, journaliste... Je pense (je suis sûr) que mon ami Philippe devrait adorer ça : croquis sur le vif de gens vus dans le métro, dans la rue, ou ailleurs, notes sur des écrivains ou des ouvrages pour la préparation des cours (Colette, Céline, etc.), notes de lecture(s) sur des écrivains que j'aime (Perec, Renard, Junger, Handke, beaucoup de ceux qui ont tenu un journal, ah j'oubliais, je pense qu'il est aussi traducteur), scènes de la vie professionnelle ou sociale, corrections (et variations sur les corrections), idées, il est beaucoup question de mots, d'écriture, de grammaire, de rythme et de structure, (de "prosodie"), sous forme de flashes (d'épiphanies ?) ou bien d'observations plus construites et structurées, très érudites (j'avoue que j'ai des fois zappé  dans des pleines pages sur Beckett, par exemple) mais aussi de gens, d'universitaires, d'amis, de collègues, de "rivaux", de gens connus ou inconnus (j'adore quand il a la dent dure et sans pitié contre Amélie Nothomb, ou Marc Lévy, ou...), mais aussi simplement d'instants, de fragments, de descriptions d'une photo ou d'une scène de film (ou d'une pièce de théâtre).
C'est très agréable à lire (j'avais écrit "vraiment" et je l'ai retiré,- cet homme est aussi un observateur impitoyable de l'écriture des autres (mais aussi de la sienne) et de l'écriture en général, notamment sur l'utilisation des adverbes en ment -) , et la forme "calendrier" rajoute encore du plaisir à l'exercice, en  l'ordonnant, et contrebalançant ainsi par cette stricte suite de dates (en ce moment précisément où je suis plus encore que d'habitude attentif au temps qui passe, à la succession des jours, à ce que représente un an, à tempus fugit, à trois mille six cent fois par heure la seconde chuchote souviens-toi* et autres considérations sexagésimales) l'aspect peut-être un peu brouillon, épars,"désinvolte" qu'un survol de ces pages pourrait accréditer. A tort.Le calendrier comme une rambarde en quelque sorte, un garde-fou.
Et ce bonheur de lecture donne envie de lire d'autres choses de lui.

* Baudelaire, cité par Mylène Farmer, hihihi

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vendredi 15 août 2014

affiches

En cherchant sur le ouaibe, voici la série d'affiches de Black coal que j'y ai trouvées :

p2166745735p2170994001p2172224614p2172224631p2172224633p2174645340p2175838558p2176005807
(qui ne jouent pas du tout du tout ni sur la même gamme chromatique ni sur les mêmes connotations
que l'affiche française)

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jeudi 14 août 2014

feux d'artifice en plein jour

BLACK COAL
de Diao Yinan

J'y suis allé deux fois de suite. Parce qu'à la première séance, le jeudi à 20h30, je me suis endormi comme une grosse buse (comme un gros hibou serait plus juste, non ?) après vingt minutes à peine, le genre de sommeil papillonnant qui vous fait fermer les yeux de quelques secondes à beaucoup plus longtemps, vous réveillant de temps en temps juste pour choper une image, un détail au vol, pour replonger ensuite sans rien pouvoir y faire. Très frustrant. car ce que j'ai pu en voir au début, (en clair) à la fin (idem) et au milieu (en tranchinettes, donc) m'a donné vraiment envie de voir le reste, de tout voir, de tout comprendre, tellement je trouvais ça bien.
Black coal (encore une histoire de titre : le titre "international" complet est Black coal, thin ice (Charbon noir, glace fine) alors que le titre chinois est -hasard- celui que j'avais choisi  pour ce post en sortant de la première projection, "Feux d'artifice en plein jour", vous comprendrez pourquoi à la fin du film) est un film étincelant. Comme les patins à glace dont il sera beaucoup question, il est dur, coupant, brillant. Tschak! Il progresse avec ce bruit caractéristique (les bruits, la bande-son, sont très fouillés, très présents dans le film, surtout dans le bôô cinéma où on nous AVAIT MIS LE SON A DOOONF!) et plaisant que produit le frottement du métal sur la glace, et prend de la vitesse, nous emporte, sinue, zigzague, dérape (encore un beau bruit), repart... on est fasciné.
Techniquement, c'est vraiment époustouflant, de bout en bout (je ne suis pas encore remis de cette sublime transition temporelle de 5 ans, juste en faisant sortir une voiture d'un tunnel), le réalisateur empoigne la lumière, les matières, les sons, et même les accessoires (combien de fois aura-t-il fallu retourner la scène pour que cette bouteille de bière envoyée valdinguer d'un coup de pied descende impeccablement les escaliers jusqu'en bas ?) pour nous empaqueter/enrubanner de la façon la plus bluffante cette histoire de cadavre découpé en morceaux et balancé soigneusement aux quatre coins de la province qui nous roule dans la farine dans le charbon dans la neige jusqu'au bout.
Tout ça dans une Chine qui a depuis longtemps abandonné les kimonos et les les dragons d'or, une Chine hivernale, engoncée dans le froid la grisaille et la crasse, une Chine avec des accès de violence furibarde aussi inattendus que terrassants (mais, depuis les récents Touch of sin ou People mountain, people sea on a un peu comme qui dirait l'habitude, oui, Alex, tu peux te cacher les yeux!), une Chine contemporaine où c'est dur surtout pour les pauvres (et il y en a beaucoup) , où il faut gratter un peu de tous les côtés, et se démerder pour tenter de s'en sortir, ou du moins de résister un chouïa, une Chine cinématographique, enfin, où la réalité la plus banale peut soudain devenir inquiétante (des traces de pas dans la neige, une nacelle de grande roue, un camion de charbon),  où des femmes mystérieusement belles vous font passer des billets vous priant d'arrêter de les suivre, où les flics mangent des pastèques en en foutant partout, où l'on dégomme les gens à coups de patins à glace, où on trouve des yeux (de gens) dans sa soupe censément "au boeuf", où un flic peut (re)devenir un ouvrier alcoolo, où on baise dans le froid d'une nuit d'hiver saumâtre, où une simple patinoire peut devenir aussi grandiose que La porte du Paradis...
Je ne sais pas pourquoi ce film me fascine autant.  Put-être parce que tout m'y plait. Les plans-séquences qui prennent leur temps, les quelques scènes de violence, l'économie des mots,  les personnages  plutôt opaques, mais, justement, attachants, dont on n'est jamais tout à fait sûr de comprendre ce qui..., pourquoi..., qu'est ce que... (comme disait Boby Lapointe "on dit que l'amour même sans amour c'est quand même l'amour..."), les lumières chiadées et le son encore plus, les accélérations soudaines du récit, et ses demi-tours au frein à main (sur la neige ça donne de sacrées belles glissades). Peut-être aussi parce qu'il est difficile à étiqueter : des flingues des flics un meurtre une enquête, mais ce n'est ni un polar ni un thriller. pas que. C'est... davantage. Un sacré beau personnage complexe d'ex-flic confronté à un autre sacré beau personnage de femme mystérieuse, et à un autre, encore plus mystérieux, de tueur/tué/mort/pas mort/ par amour et dans l'ombre.
Surtout un splendide objet filmique,jamais complaisant, oui,  un grand beau film incontestable, à ranger sur l'étagère (très haute) où j'ai déjà posé A touch of sin et People mountain, people sea.

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l'affiche qui a été choisie pour l'exploitation française et qui me semble un peu "menteuse", comme si elle voulait évoquer  un mélange de

epouses-et-concubines-20110420092708

et de

18866499

(alors que pas du tout du tout...)

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