lundi 26 janvier 2015

"ce film n'existe pas encore"

REALITE
de Quentin Dupieux

Oh le plaisir! Oh le bonheur! Oh la jubilation! C'était  le premier film de la journée de prévisionnement à Lure, et ce n'était pas forcément celui dont j'attentais le plus. Après un Rubber que j'avais adoré, puis un Wrong en demi-teinte, et un Wrong cops encore en demi-teinte (on en était donc au quart-de-teinte), je ne savais pas trop à quoi m'attendre...
Le système Dupieux dès l'ouverture (de la chasse ?) se met en place : au départ un bout-à-bout de scènes qui n'ont rien à voir entre elles : un papa qui tue un sanglier pendant que sa fille l'attend dans la voiture, un animateur avec un costume de rat qui se gratte en questionnant son invité pendant une émission culinaire, un des cameramen de cette émission qui va présenter son projet de film d'horreur à un producteur, un grand monsieur barbu habillé en femme dans une jeep militaire qui s'arrête pour cueillir des fleurs...
Puis chacune des scènes se dérègle légèrement : dans le sanglier, il y a une cassette vidéo ; l'eczéma du présentateur semble imaginaire ; l'entretien entre le réalisateur et le producteur se fragmente et se recompose ; le grand monsieur jette les fleurs qu'il vient de cueillir devant la porte d'une maison où il vient de sonner...
Puis surgissent les interférences, entre les différents segments, et le film se dérègle encore légèrement plus : la petite fille et son papa sont dans un film regardé par le producteur, et pourtant ont croisé en voiture le grand monsieur habillé en femme qui est pourtant dans un rêve que ce monsieur raconte à sa psy, qui n'est autre que l'épouse de... Bon je ne vais pas faire mon Télérama et vous raconter toute la suite (ni toute la fin) mais tout ça va s'emberlificoter de plus en plus inextricablement (et jouissivement) : le "réel", le filmé, le raconté, le rêvé, l'imaginé, à tel point qu'à la fin on ne sait plus du tout qui est vraiment qui, qui filme qui et qui rêve de qui... Tout ça délicieusement nappé de "la musique qui rend fou" (Phil Glass, Music with changing parts) -dixit Jean-Luc-.
On peut s'amuser à (essayer de) compter, par exemple, combien il y a de films dans Réalité (ah, au fait, c'est juste le prénom de la petite fille, hein) et tenter de tracer un diagramme sagittal (ou un diagramme de Carroll -Lewis!- vous vous rappelez des maths modernes ?), sauf qu'on se rapprocherait plutôt, ici, de la folie douce, voire de la furieuse...
Contrairement à ses précédents films, Réalité est "rigoureusement" cohérent dans son incohérence (à moins que ce ne soit le contraire) et c'est pour moi, sans aucun doute, le meilleur film de son réalisateur. Et peut-être celui qui, grâce à la présence d'Alain Chabat, pourrait peut-être lui permettre (sans doute, je l'espère) de trouver son premier grand succès public (il le mérite!).
Pour citer Poe (ou Propaganda) : "Just a dream within a dream"... Mais à la puissance n (ou même n+x ?)

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dimanche 25 janvier 2015

haute-couture

c'est pas souvent que je m'intéresse aux photos de défilés, mais là, je fais une exception...

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... c'est mimi, pour l'hiver, non ?

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samedi 24 janvier 2015

entregent

MOMMY
de Xavier Dolan

"Les sceptziques seront confondzus..." disait la dame dans la bande-annonce, et j'aimais bien cette phrase, transcendée par cet ineffable accent québecois. Je l'étais (sceptique) puisque je n'y étais pas allé (voir Mommy), et je le fus (confondzu) parce que j'ai fini par y aller, mercredi, premier jour du Festival Télérama où, dans le bôô cinéma, on passe, cette année, tout. Les 16 films. Et puisque j'en avais tout vu, sauf le garçon et le monde et, donc, Mommy, les 3,50€ furent donc un bon prétexte pour y aller, ainsi que la perspective de le voir assis entre mes amies Manue et Catherine.

Deux heures et quart plus tard, me voilà assis à la fin du générique, remué par ce que je viens de voir, et agité par tout un tas de pensées. Oui, Xavier Dolan m'exaspère toujours autant, mais il faut reconnaître que tout ça est très bien fait. Bien conçu, bien réalisé, bien filmé, (avec toujours ce sens  aigu du réalisateur qui nous dit "regardez comme je sais bien filmer..."). Peut-être le fait que je ne sois pas un parent, d'une façon générale, ou une mère, plus précisément, fait qu'il y a là-dedans quelque chose que je ne pourrai jamais réussir à appréhender, de la même façon que, étant athée (ou agnostique) je ne pourrai jamais comprendre qu'un musulman ne puisse supporter la représentation du visage de son prophète. On est un peu dans le même genre de ferveur, quand je pense au visage de mes amies (Marie, Isabelle, Dominique, Fabienne...), comme il s'illumine lorsqu'elles parlent du film (et me vient alors le visage de Catherine Mouchet dans Thérèse...).
J'avoue que le premier quart d'heure, j'étais sur la défensive. S'habituer au flot de joual (les sous-titres sont bien utiles, quand le gamin se lâche), à la violence de chacun des deux personnages (la mère/le fils, oui voilà bien une problématique qui me restera - hélas ? - à tout jamais étrangère) principaux, au format carré, qui confine notre oeil de spectateur blasé habitué aux grands horizons du scope, à la répétitivité de l'alternance du rythme (méchant/gentil, calme/énervé), et puis paf! une scène de skate avec une morceau voix/piano (Craig Armstrong, si j'ai bien lu le générique) fait mouche (je me surprend à penser "ça c'est très bien, d'utiliser en accompagnement une musique qui a priori ne va pas du tout avec ce qui est montré..." et je me rappelle que Xavier Dolan est toujours très doué pour les bandes originales de ses films (j'ai adoré celle de Laurence, anyways alors que je n'ai pas aimé le film -oh cette grandiose séquence d'ouverture en caméra subjective sur A new error de Moderat...) , et cette idée de faire écarter le cadre par le gamin (et, bon, de tirer ensuite un peu sur cette corde, et c'est drôle de constater que beaucoup de spectateurs/trices ne s'en rendent pas compte, des changements de largeurs successifs, même moi, par exemple, je ne pourrais pas être absolument certain de celle de la dernière scène : wide or narrow ?), puis, un peu plus tard, cette très belle scène dans le karaoké, et ainsi de suite...
Oui oui je fais amende honorable : Mommy est un film fort, un excellent film (même si je ne le rangerais pas tout en haut de l'étagère en tant que film de l'année comme beaucou(e)p le firent dans leurs différents top 10 de 2014), et Xavier Dolan est un jeune homme aussi doué qu'il est exaspérant (et cela explique sans doute ceci.) Il faut lui reconnaître qu'il a la chance d'avoir un trio d'actrices/teurs extraordinaires, des stradivarius de l'acting (si les deux actrices sont vraiment bluffantes, on les connaissait déjà, on savait qu'elles étaient capables du meilleur, mais le môme, enfin, le jeune, est tout aussi magnifique, et ce d'autant plus que c'est la première fois qu'on le voit, et qu'il nous laisse, contrairement à lui, sans voix...) Il faut lui reconnaître, sans doute, tout autant, un sens du marketing, un don certain pour se vendre et (sur)vendre son film, et une roublardise  d'autant plus confondante qu'elle est déguisée en naïveté (il y a quand même quelques scènes que je rangerais entre racolage et putasserie, non ?)

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..et je ne peux résister au plaisir de vous citer les deux critiques qui n'ont pas succombé à la folie du ***** (cinq étoiles : magnifique et indispensable) :- le résumé d'écran large :
"Mommy se voudrait enlevé, coloré et pop. Mais Dolan accouche d'une souris cramoisie, hystérique et vulgaire."
- et l'article de critikat, ici, que je trouve plutôt juste et bien fichu, non ?

PS : ça y est Pépin, j'ai rempli ma part de notre contrat! et toi?

etoyenne

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jeudi 22 janvier 2015

mimi cracra

FIDELIO, L'ODYSSEE D'ALICE
de Lucie Borleteau

J'ai revu avec grand plaisir ce film vu à Paris fin 2014, dont l'héroïne, Alice (jouée par la magnifique Ariane Labed), bosse comme mécanicienne dans la marine (sur les gros bateaux, donc, et même dans les gros bateaux, plus précisément), oui, Alice est marin, et elle a donc quasiment deux vies : celle en mer ("ce qui se passe en mer reste en mer"), et l'autre, celle à terre. Et deux mecs, aussi. Celui qu'elle a à terre (un délicieux et rafraîchissant norvégien, le jeune homme touchant qu'on a déjà vu dans Oslo, 31 août)) et celui que le hasard va lui faire retrouver, dix ans après, sur le bateau où elle vient bosser, l'homme dont elle avait été (dont elle est toujours) "follement" amoureuse. Cet homme, il est joué par Melvil Poupaud. Et c'est un bonheur de voir qu'il n'a plus 12 ans, qu'il n'a plus 16 ans, ni même 18 ans, et arbore désormais, à l'âge adulte, une séduisante quarantaine mal rasée., une maturité tout à fait vraisemblable...
L'essentiel du film, comme l'essentiel de la vie d'Alice, se passe à bord du Fidélio, filmé avec beaucoup de justesse et de proximité. Les machines, le boucan, les tenues de travail, les coursives, les clopes, la réalisatrice n'hésite pas à mettre tout de suite les mains dans le cambouis (et avec un certain plaisir semble-t-il), farfouillant dans  les entrailles du bateau et de la grosse mécanique avec le même plaisir qu'elle ausculte les rouages (compliqués eux aussi) de la vie sentimentale et sexuelle d'Alice.
Comme suivant un certain tanguage (roulis ?) permanent, une instabilité assumée, un certain équilibre du récit se met en place, un va-et-vient entre les gens (la vie à bord), le décor (on pense au cargo spatial d'Alien) les mots (dits, écrits, lus, échangés...), le(s) corps aussi (Alice expérimente le plaisir de différentes façons possibles, mais non non détrompez-vous ce n'est ni Emmanuelle ni Les infortunes de la vertu, bien au contraire), toutes choses auxquelles la réalisatrice entremêle  une strate supplémentaire de narration : le journal d'un marin solidaire et suicidé, retrouvé par Alice à son arrivée dans sa cabine, qu'elle va lire tout au long du film (et qui va connaître ensuite plusieurs destinataires).
J'ai du mal à savoir exactement pourquoi j'aime autant ce film... un étrange phénomène d'identification se met en place, de métamorphose, d'incarnation. Ce vieux rafiot, ce  gigantesque corps métallique rouillé aux entrailles anxiogènes, cette paroi hors de proportions, bleue ici et rouge là, se fond progressivement avec le contenu même du récit, devient la façon de le raconter, ces coursives (étroites) qu'on parcourt, où l'on pourrait parfois se perdre, ces échelles pour y entrer (ou en sortir), ces passerelles jetées par la réalisatrice entre des lieux hétérogènes (comme le seraient des sentiments plus ou moins avoisinants avec des sensations plus ou moins proches), et, beaucoup plus que l'ensemble du bâtiment (peut-être trop imposant, ou sujet d'appréhension), ce qui devient important c'est ce qui, a priori, n'est justement pas important, les petites choses, les détails.
Lucie Borleteau a un sens inné du détail, et c'est ce que Fidélio (on notera  tout de même que le bateau donne son nom au film) pourrait être surtout : une revue de détail(s) à la précision touchante, troublante. Comme on inventorierait le contenu d'un tiroir (je le sais, je me suis déjà livré ici à ce genre d'exercice) plein à ras bord, des choses mélangées, des importantes, des futiles, des cruciales, des douces, des désagréables, qui, mises bout à bout pourraient apporter des précisions pour ébaucher quelques portraits, en creux, des différents personnages et de leurs relations, de la façon dont les fils de leurs histoires se croisent, se mélangent, interfèrent, font des noeuds, ou se cassent...
Sans parler de ce qui s'y dit (et montre, et fait), sur l'amour. Les amours, sans doute. Les différentes façons de l'envisager, comme ces parcours sur mer (orthodromie ou loxodromie) à propos desquels il nous est expliqué que la ligne droite n'est pas forcément le plus court chemin d'un point à un autre, alors, imaginez, la complexité du parcours affectif entre deux êtres...
Alice a le choix, Alice a les choix, et le luxe incroyable de ne pas être forcément obligée de choisir (c'est drôle, je me suis aperçu, en le revoyant, que j'avais complètement oublié cette fin ouverte, ce délicieux et insolent jeu des regards...) Quel beau portrait de femme en forme de bateau...

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mercredi 21 janvier 2015

micro140

*

mon généraliste m'a envoyé consulter un gastro-entérologue
qui m'a rédigé une ordonnance de dermato
avant de m'aiguiller vers un urologue ou un dermatologue

*

il me semble que le fait d'être orphelin et célibataire
crée un rapport au monde plutôt... singulier

*
le turc est une langue
comme enveloppée de papier de soie

*

Ce dosage doit se faire à distance de toute cause d'élevation transitoire :
(effort physique intense, toucher rectal, bicyclette, rapport sexuel)
écrit en petit sur les résultats du PSA

*

des suppo au prix faramineux  non-remboursés
parce que considérés comme "de confort" :
suppos de satan ?

*

la douleur à peine quelques secondes par jour
ça devrait a priori être tout à fait supportable, non ?

*

"Scandaliser est un droit,
être scandalisé, un plaisir."

*

jusqu'à quel point suis-je ou ne suis-je plus Charlie?

*

 "Octavons..."

*
Bach était un employé municipal

*

chaque fois que je cuis des artichauts, je les oublie et ils crament

*

Courrier : Je pensais que c'était le nouveau Têtu,
mais ce n'était qu'un catalogue de voyages "spécial retraités"
envoyé par la MGEN

*

 

 

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mardi 20 janvier 2015

des voeux magnifiques

(espérons que l'année sera à la hauteur)

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lundi 19 janvier 2015

comme des bêtes

LES NOUVEAUX SAUVAGES
de Damian Szifron

Miam! Un film à sketches férocement noir qui nous arrive d'Argentine! (Qui aurait eu sa place dans notre Semana Latina 4, mais non le directeur du bôô cinéma en a décidé autrement, puisqu'il le passe cette semaine, en VF et en VO. Tant pis, dommage, car on n'a pas trop trop l'occasion de se gondoler avec la plus grande partie du cinéma sud-américain, il faut bien le reconnaître,j et cette bouffée de "comédie" aurait été la bienvenue...)
Deux heures, six histoires qui racontent que la vengeance est un plat qui se mange... à diverses températures. Un avion, un snack-bar, une voiture, une contravention, un accident, et un mariage. Voici les six lieux/prétextes/causes de chacune des  histoires. la première, celle qui ouvre le récit, est un peu à part, puisqu'on n'en verra jamais le protagoniste central, mais les autres fonctionnent sur le même thème (basique) : une "victime" (d'une injustice) qui souhaite se venger. Action / réaction. Et chaque récit est conçu comme une surenchère, à la fois dans sa logique interne mais aussi dans la place qu'il occupe dans le récit, l'importance étant donnée à la chute de chacun des segments (et l'ensemble pourrait évoquer, par son aspect bête et méchant, et violent, les délicieux et italiens Nouveaux monstres, (dans les années 70 et quelques, oui, oui, quand il y avait encore des dinosaures, et que les téléphones étaient des machins lourds avec des fils tortillonnés) et leur mauvais esprit -même si ceux-ci étaient -en apparence- moins violents.) L'ambiguité de la ressemblance avec Les nouveaux monstres est d'ailleurs entretenue par le titre français, alors que l'original n'évoquait que des Récits sauvages.
Bon, évidemment, on n'est pas dans un cinéma d'auteur esthète minutieux et que sais-je d'autre. L'important est ce qui est montré, beaucoup plus que comment ça l'est. C'est filmé avec énergie, on n'est pas là pour admirer la rigueur dans la composition des plans ou la sublimité des mouvements d'appareil. Du cinoche efficace, avec des cojones, qui devrait plaire au plus grand nombre (qui ira d'ailleurs le voir, je le crains, en version doublée hélas), nappé d'un humour jusqu'auboutiste (il y est très souvent question d'en arriver aux dernières extrémités) comme son aîné transalpin de jadis. Et il n'y a pas que les mecs qui se vengent! (Et, question violence, les femmes sont tout à fait à la hauteur!) Cette violence, c'est vrai, on y était tout de même habitués, elle est presque toujours présente dans les différents films sud-américains qu'on a pu voir ces dernières années (à quelques exceptions près...), et la voir ainsi utilisée à la louche, en tant que ressort comique, dans la surenchère et l'exagération -quoique oh si peu...-, a quelque chose de plaisant et d'assez joyeusement régressif.

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dimanche 18 janvier 2015

saindoux

UN REPAS EN HIVER
de Hubert Mingarelli

il n'y a pas que les films dans la vie...
Emprunté hier à Philou, ce petit (124 p) livre, qui m'a attiré l'oeil car il était posé en travers sur les autres livres du rayonnage de la bibliothèque dans l'entrée, comme une invitation, et dont le titre et le résumé m'ont donné l'immédiate envie de le lire, ce que je viens de faire, et qui me pousse  à en toucher quelques mots à mes lecteurs potentiels.
Philou m'avait offert, il y a quelques années, du même auteur, le très beau Quatre soldats (Prix Médicis 2003). Ici, ils ne sont que trois. Trois soldats allemands, qui demandent au commandant de pouvoir sortir du camp pour "en" ramener, plutôt que de devoir y rester  pour "en" exécuter. C'est l'hiver, un hiver très rigoureux, le froid est partout, les trois hommes partent dans la neige et la glace,  plutôt contents s'avoir "gagné" cette journée dehors, même s'il y fait un froid mortel. Presque par hasard, ils vont découvrir un jeune Juif, caché dans un trou en lisière de forêt, qu'ils prennent donc avec eux pour le ramener au camp. Ils vont s'arrêter dans une maison polonaise abandonnée, où ils vont tenter de préparer de quoi manger, un "repas", qui constitue toute la deuxième partie du roman (et lui donne, très justement, son titre).
Un univers uniquement masculin (et donc, me concernant, un éventuel sous-sous-texte gay, de la même façon, toujours dès qu'il s'agit d'un groupe d"hommes), des mecs qui doutent, la relation entre un père et son fils... Autant de points communs (de passages obligés) dans les différents romans d'Hubert Mingarelli que j'ai pu lire (ou simplement les quatrièmes de couv', ces belles menteuses). Une simplicité d'autant plus frappante qu'elle est au service d'une émotion particulière. Où l'économie des mots génèrerait une émotion inversement proportionnelle, et, s'il est assez rare tout de même que les larmes me viennent aux yeux en lisant (bien moins souvent, en proportion, qu'au cinéma par exemple), là, elles étaient au rendez-vous. Comme au terme d'une décongélation lente et progressive. Au début du roman tout est dur, froid, sec, cassant, brutal. Congelé à coeur. Et c'est comme si, en faisant monter lentement la température des corps, le feu allumé dans cette maison polonaise moche (et sa problématique : comment l'entretenir ?) réchauffait aussi les pensées de ces hommes, en train d'attendre devant le fourneau que la soupe cuise, dégelait par là-même leur humanité, à feu doux, et, c'est normal, l'émotion du lecteur.

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samedi 17 janvier 2015

je sème à tout va

(from Larousse)

Unanimité :
Accord complet des opinions, des intentions : Cette proposition a été votée à l'unanimité.

Unanimisme :
Sentiment unanime, accord complet, consensus.
Doctrine littéraire selon laquelle l'écrivain doit exprimer la vie unanime et collective, l'âme des groupes humains, et ne peindre l'individu que pris dans les rapports sociaux. (Cette esthétique fut particulièrement illustrée par Jules Romains.)

Fraternité :
Lien de solidarité qui devrait unir tous les membres de la famille humaine ; sentiment de ce lien.
Lien qui existe entre les personnes appartenant à la même organisation, qui participent au même idéal.

Mobilisation :
Mise sur pied de guerre des forces militaires d'un pays par le rappel dans les armées de tous ceux qui sont désignés pour y servir en temps de paix.
Ensemble des dispositions prises sur le plan militaire, administratif, économique, etc., pour assurer dans un pays, en cas de menace, la sécurité et l'intégrité du territoire, ainsi que la vie de la population ; état de quelqu'un qui est mobilisé.
Action de rassembler et de dynamiser les énergies : La mobilisation de toutes les bonnes volontés.
Action de mobiliser ses propres facultés : Mobilisation de l'attention

Manifestation :
Action de manifester, fait de se manifester : Manifestation d'un sentiment.
Événement attirant un public relativement large (fête, festival, exposition, salon, etc.), organisé dans un but commercial, culturel, publicitaire ou de simple réjouissance : Manifestation artistique.
Rassemblement, défilé de personnes, organisé, en un lieu donné, sur la voie publique, ayant un caractère revendicatif ou symbolique. (Abréviation familière : manif.)

Politique :
Ensemble des options prises collectivement ou individuellement par les gouvernants d'un État dans quelque domaine que s'exerce leur autorité (domaine législatif, économique ou social, relations extérieures) : La politique économique de la France.
Méthode particulière de gouvernement, manière de gouverner : Politique libérale, autoritaire.
Moyens mis en œuvre dans certains domaines par le gouvernement : Politique de l'emploi, des prix.
Manière concertée d'agir, de conduire une affaire : La politique commerciale de la maison.
Manière prudente, fine, avisée d'agir : Ménager quelqu'un par pure politique.

Récupération :
Action de récupérer quelque chose, quelqu'un ; fait d'être récupéré.
Fait de reprendre à son profit un mouvement d'opinion, une action collective en les détournant de leur sens original.
Action de remplacer des heures de travail perdues par un temps de travail équivalent.

Caricature :
Représentation grotesque, en dessin, en peinture, etc., obtenue par l'exagération et la déformation des traits caractéristiques du visage ou des proportions du corps, dans une intention satirique.
Image infidèle et laide, reproduction déformée de la réalité : Ce compte-rendu est une caricature de ce que j'ai dit.
Personne très laide, ridiculement accoutrée ou maquillée.

Stigmatiser :
Littéraire. Imprimer sur le corps de quelqu'un une marque indélébile à titre de châtiment : Jadis, on stigmatisait au fer rouge les condamnés.
Dénoncer, critiquer publiquement quelqu'un ou un acte que l'on juge moralement condamnable ou répréhensible : Stigmatiser les responsables de la mauvaise gestion économique.

Amalgame :
Alliage de mercure avec un autre métal.
Mélange d'éléments hétérogènes : Un étrange amalgame de gens.
Réunion dans un même corps d'unités de recrutement différent.

Peuple :
Ensemble de personnes vivant en société sur un même territoire et unies par des liens culturels, des institutions politiques : Le peuple français. (Le peuple est, avec le territoire et l'organisation politique, l'un des trois éléments constitutifs de l'État.)
Communauté de gens unis par leur origine, leur mode de vie, leur langue ou leur culture : La dispersion du peuple juif.
Ensemble de personnes définies par la région qu'elles habitent : Le peuple des campagnes.
Familier. Grand nombre de personnes dans un endroit : Il y a du peuple sur la place.
Ensemble des citoyens d'un pays par rapport aux gouvernants (au singulier) : Être élu du peuple.
Le plus grand nombre, la masse des gens, par opposition à ceux qui s'en distinguent par leur niveau social, culturel ou par opposition aux classes possédantes, à la bourgeoisie : Un homme issu du peuple.
Familier. Tout le monde : Il ne faudrait pas se moquer du peuple !

moi, j'dis ça, j'dis rien...

 

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pied-de-biche

PASOLINI
d'Abel Ferrara

C'était le dernier jour, la dernière séance, et justement la bonne heure... Je n'avais pas eu l'envie (ni l'occasion, ça tombait bien) de voir le dernier, avec Gros Gégé, mais celui-là si... La mort de Pasolini, pour moi, c'est d'abord et surtout cette scène magnifique de Journal intime de Nanni Moretti ("Je n'avais jamais vu l'endroit où Pasolini a été assassiné..."), avec le trajet en scooter et la jolie musique (de Keith Jarrett me semble-t-il).
Ferrara nous raconte la dernière journée de PPP, des faits, dans l'ordre chronologique, ce que l'on sait, d'abord, puis ce qu'il imagine, et c'est un Willem Dafoe tout à fait splendide qui l'incarne, de façon hallucinante (où le mot "incarnation" serait vraiment justifié).
On commence par le visionnage d'un extrait de Salo (une copie curieusement doublée en français, d'ailleurs), le film doit sortir prochainement, et il est question des réactions qu'il ne va pas manquer de produire, puis on va suivre Pasolini au fil des rencontre et des actions de cette dernière journée (une très belle critique dans Libé sur le fait que Ferrara ne filme que des "fins de quelque chose", dans tous ses derniers films).
Il est question de  mots, de parole, de création, au fil de cette journée : un roman en cours d'écriture, une interview à domicile avec un journaliste, un projet de film raconté dans un restaurant, Pasolini est présenté comme un auteur, un artiste, un "politique" aussi, d'une certaine façon, mais aussi comme un homme, juste comme un homme, avec des besoins d'homme, des relations d'homme qu'elles soient sociales, affectives ou sexuelles (concentriquement : les gens,  les connaissances, les amis, sa mère, et, bien sur, les ragazzi).
Ferrara réussit à rester très simple dans la forme, prudent presque, respectueux il semblerait.
"Scandaliser est un droit, être scandalisé, un plaisir." fait-il dire à son personage, en ayant, paradoxalement, l'extrême intelligence de, justement, ne pas cherche le scandale, l'esbrouffe, la provocation. Le paparazisme. Un beau portrait, d'une simplicité désarmante, excellemment soutenu (porté) par un Willem Dafoe exceptionnel.

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