dimanche 19 mars 2017

d'abord les mélancoliques

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L'AUTRE CÔTÉ DE L'ESPOIR
d'Aki Kaurismäki

Le temps d'un petit Perrier-menthe (printemps proche oblige) pour faire passer Grave, et on retrouve Emma devant le Victor Hugo pour ce film très attendu (vu que Kaurismaki l'annonce -une nouvelle fois- comme son dernier, mais si si promis juré craché cette fois c'est vraiment le dernier).
Et qui m'enthousiasmera violemment d'un bout à l'autre. J'avais trouvé Le Havre très sympathique mais. (Je ne me souviens plus vraiment d'ailleurs du pourquoi de ce bémol -ou de ce dièse ?- mais qu'importe.) Je m'attendais donc à nager dans les mêmes sympathiques eaux (on est d'ailleurs à nouveau dans un port). Mais là ce fut ooooooh dès le début (l'admiration qui vous coupe parfois la respiration et vous embue tout aussi parfois les yeux). Et ce le fut jusqu'à la fin.
Un bateau, donc, et dans la soute un mec qui sort du charbon, et s'en va, tout noir, aux douches d'abord, puis au centre d'accueil, puis à la préfecture (ou l'équivalent finnois) pour demander l'asile politique en tant que syrien. Ce brave homme a, en plus, de vagues airs de Riad sattouf, ce qui le rend encore plus attachant.
Parallèlement on suit un bon gros finnois très kaurismäkien (taiseux et fumeur), qui part un soir  de son appart' très kaurismäkien (mobilier couleurs et accessoires) en posant sur table devant sa femme qui boit ses clés et son alliance, liquide son stock de chemises à moitié-prix et joue l'argent au poker pour ouvrir un restaurant.
Jusqu'à ce que ces deux-là finissent par se rencontrer, assez tard dans le film d'ailleurs (la scène est délicieusement kaurismäkienne aussi). Et que, de fil en aiguille (même si fil blanc et aiguille rouillée) on sache ce qui se cache, justement, de cet autre côté de l'espoir. Pour ce qui est du filmage, c'est du Kaurismäki pur jus, ce qu'on adore, cette façon de styliser, de minimiser, d'alleren apparence au plus simple. L'indispensable, le vital, que si tu l'enlèves il n'y a plus de film. Le détail. Un simple geste filmé en gros plan, sans effusions, souvent sans mots. Cette bonne vieille économie de cinéma de notre Aki chéri. A l'iconographie reconnaissable entre toutes (comme le disait Dominique à la sortie, très justement, en regardant une image, une seule, on sait déjà qu'on est chez Kaurismaki. Couleurs, accessoires, attitudes, décors, cadrages. Mais un aveugle, c'est sûr, pourrait s'y reconnaître tout autant (les dialogues, mais aussi les textes des chansons plutôt kitchissimes -ça aussi j'adore- qui rythment le propos à intervalles réguliers).
Minimalisme, sècheresse, soit, mais avec le pouvoir (la force) de réaliser soudain des scènes qui vous terrassent (le récit du "voyage" de Khaled, en plan fixe et face caméra en est une, et celle où il joue de la musique, dans la chambre, au foyer, en est une autre). Jamais Kaurismäki ne s'apitoye, rarement ses personnages s'émeuvent, en apparence, mais des scènes affleurent et le prouvent (la blonde du centre d'accueil, par exemple) et la façon dont ils se serrent, s'étreignent, ne trompe pas...
Bien sur, ils ont tous des tronches de cache-ta-joie (je pense qu'on ne verra pas un sourire de tout le film), ils fument comme des pompiers (on a l'impression de sentir la clope en sortant de la salle), ils ne sont pas expansifs, mais quelle humanité, quelle belle humanité! (et quel sens de la famille).
Il sera question des flux migratoires, des nationalismes exacerbés, des massacres à Alep et ailleurs, des frontières fermées, de l'asile politique, de la difficulté de l'obtenir (autant que les papiers d'identité). Et des contrôles de police. De la façon dont la Finlande peut s'ouvrir au monde (ou le contraire). et aussi de la façon dont, en Finalande, c'est comme partout, il ya des gens très bien et il y a des gros cons. (mais ici ouf! les gros cons n'ont pas le dernier mot, c'est pour ça qu'on peut parler de conte, ou de fable.)
Si c'est vraiment le dernier film, alors le dernier plan en est encore plus fort. Un mec, un arbre, un chien. Et un regard, presque un sourire.

Top 10

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samedi 18 mars 2017

juste un doigt...

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GRAVE
de Julia Ducournau

Ce qu'on appelle un gros buzz... Un film d'horreur franco-belge, réalisé par une demoiselle, doublement primé à Gérardmer 2017 (Grand Prix et Prix de la critique), primé à cannes aussi (prix Fipresci), encensé (diling diling -ceci est un bruit de cloches qui sonnent à toute volée-) par quasi toute la presse écrite (seul Libé met un bémol à cette unanimité clapclapante), forcément, ça  donne envie (même si le thème, ou un des thèmes du film, le cannibalisme -je préfère anthropophagie, on comprend moins de quoi il est question- ne m'avait jusque là guère réussi : le Trouble every day de Claire Denis m'vait été assez pénible...).
Premier jour, première séance, on s'y enfile, avec Dominique, pour s'ouvrir l'appétit avant le Kaurismaki qui va suivre. On est dans la petite salle du Victor Hugo et on n'est pas beaucoup, qu'importe. on s'installe, on frémit, on a peur d'avoir peur... Et ça commence. Et, déjà, la scène d'ouverture est un beau travail cinématographique. (un prologue qu'on comprendra mieux par la suite). On réalise qu'on connaissait déjà un peu la réalisatrice (Julia Ducournau) et son actrice principale (Garance Marillier, impressionnante) parce qu'on avait vu celle-ci dans un court-métrage de celle-là, Junior, Au Festival de Clermont, et qu'il y était déjà question d'une adolescente, de maladie, de mutation, de revanche... Mais d'un certain humour aussi. Ca démarre bien, et on est encore plus heureux quand on voit à l'écran le coloc de Justine (l'héroïne), qui est joué par Rabah Naït Oufella (qu'on avait adoré dans Nocturama, à quatre reprises quand même.)
Justine est végétarienne, comme le reste de sa famille, elle intègre une école de vétos, où elle retrouve sa soeur aînée, et doit donc subir le traditionnel (et épouvantable -et imbécile-)  bizuthage, en compagnie de tous ses jeunes coreligionnaires. Et lors de ce fameux bizuthage, on la force à manger de la bidoche crue (un truc assez peu ragoûtant, d'ailleurs, genre rein de lapin). Et c'est là que les ennuis commencent. Pour Justine, d'abord, qui va assez vite en ressentir les effets, inattendus, puis pour sa soeur, qui va lui montrer l'exemple, et enfin pour son coloc', mignon à croquer (ce sera grosso-modo le trio infernal du film). Le film est interdit aux moins de 16 ans, et on s'attendait donc presque à pire, question gore, et bien pas du tout (en tout cas pas tant que ça). Je n'irais pas jusqu'à dire qu'on en est déçu (on avait quand même tous les deux l'estomac un peu chamboulé à la sortie du cinoche) mais j'avais peur d'un truc beaucoup plus tripal et sanguinolent.
Le film est très intelligemment construit construit son petit escalier du dérangeant une marche après l'autre. Aux épreuves dégueulasses (à tout point de vue) du bizuthage répondent les changements successifs de Justine. Ses réactions et leurs conséquences. Julia Ducournau serait pour moi un genre de Kathryn Bigelow (une réal' qui filme comme un mec -avec tout ce que cette précision peut avoir de sexiste, j'en conviens) sauf qu'elle ne monte pas une machine de guerre cinématographique (même si les scènes de bizuthage peuvent s'apparenter à du para-militaire). Elle fait le portrait d'une demoiselle qui se transforme, d'une ado qui devient adulte, ou comment utiliser une métaphore (le cannibalisme) pour évoquer un dilemne moral face à la transgression, un problème crucial, quasiment un choix de vie.
Avec un sacré beau filmage à bras-le-corps, au service d'une interprète vraiment impressionnante.
Marquant (comme des traces de morsure).

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vendredi 17 mars 2017

will you dance ?

(les chansons dont on s'entiche)

Will you dance ?
Rodoçlphe Burger fait partie des musiciens que je révère (je l'ai déjà dit), et j'ai découvert Kat Onoma, "son" groupe (je l'ai déjà dit aussi), à rebours, avec une dizaine d'années de retard (mais c'est très bien comme ça). Une chose a entraîné l'autre. Même si je n'aime pas tout. Il ya des choses qui me sautent immédiatement à l'oreille, et d'autres non. Par exemple, j'ai adoré tout de suite la chanson Sing sur le disque Cheval-Mouvement, le premier en solo de Roro (tandis que d'autres morceaux ne m'y plaisaient pas plus que ça....). idem pour Artificial life sur le maxi La chambre. A chaque fois une chanson que j'adorais, contre d'autres qui me laissaient plus tiède.
Puis il y a eu ce concert à Besançon, au CDN, où il était tout seul en scène, avec sa/ses guitare(s) et ses bandes, où j'ai découvert l'album No sport. Et, avant le concert, passait, en boucle et en musique d'ambiance l'album Billy the Kid, que j'avais déjà écouté, il y avait longtemps, à Gy, et dont certains titres me plaisaient beaucoup (notamment The Radio, qui passait (et re) ce soir-là et m'a aussi sec donnée envie de réécouter l'album et le reste.)
J'ai donc acheté plusieurs albums et maxis de Kat Onoma, y découvrant des morceaux que j'adorais (Que sera votre vie, Family Dingo, Magic, Comme un bruit, Video Chuck, Reality Show, Le déluge (d'après moi, Missing shadow blues), puis j'ai acheté des disques de Rodolphe Burger, par ci parlà,  directement sur Dernière bande (des choses très variées, certaines que j'adorais, et, comme toujours, d'autres qui m'intéressaient moins (ou me gavaient plus). J'ai acheté Psychopharmaka, je viens d'acheter Good (je n'avais pas acheté No sport parceque je me l'étais procuré autrement...)
Et, je ne sais par quel enchaînement de hasards (ah si je cherchais sur youtube le clip de Good, je suis tombé sur un live de Burger avec Marcello Giuliani (que je connaissais parce qu'il était cité par Etienne Daho comme musico sur Les chansons de l'innocence retrouvée live) qui m'a mené à un autre live sur Billy the Kid avec Rodolphe Burger et Philippe Poirier (et Julien Perroneau), qui m'a mené (sur youtube) sur la liste complète des morceaux de l'abum Rodolphe Burger et Philippe Poirier rejouent Kat Onoma, que je connaissais de nom (et de pochette) mais qui ne m'avait pas plus tenté que ça. Bah, tant qu'à faire je l'ai pris.
Et j'ai mis cet album, entre autres, sur une clé, que j'écoute quand je suis en voiture. (J'adore rouler  avec de la musique, encore plus la nuit) et je l'ai d'ailleurs écouté en grande partie un jour que j'allais chez Dominique (même si c'était en plein jour). et j'avais trouvé ça très très agréable, titre après titre, et surtout que l'album était parfaitement en phase avec l'instant, avec mon état d'esprit à ce moment là.
Et un soir que je rentrais des Bâties, une nuit, soyons précis, je suis retombé dessus. dedans devrais-je dire, tellement ça m'a plu. Et en arrivant chez moi, je ne suis pas sorti de la voiture tout de suite, parce que passait à ce moment-là Will you dance ? et que je l'ai écouté jusqu'au bout, et que j'ai trouvé ça, non seulement maginifique, mais, encore une fois, parfaitement en accord avec l'instant, nuit de printemps, pleine lune, calme et serein, équinoxe, et je l'ai peut-être même, d'ailleurs, réécouté à ce moment...
C'était mardi dernier, et depuis j'ai bien dû réécouter le morceau une bonne centaine de fois. un peu plus que les autres de l'album, qui sont pratiquement tous aussi bons. Burger + Poirier + Perraudeau ont fait un travail de relecture des morceaux originaux de Kat Onoma, et, bien souvent, la relecture est supérieure à l'original.
Voilà, je ne sais pas pourquoi, mais cette chanson me transporte. Encore et encore.

Will you dance
Our Lady
dead and unexpected (bis)

Billy wants you to dance (bis)

Billy will shoot the heels off your shoes
if you dont dance
Billy va vous tirer dans les talons
si vous ne dansez pas

Billy being dead
also wants fun
Billy même mort
veut s'amuser (bis)

3'12 de bonheur...

couv Play (c) Salvatore Puglia Carole Peclers

 

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mardi 14 mars 2017

primates

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AAAAAAAAH!
de Steve Oram

Une découverte totale que ce film anglais, qui a été présenté au "Festival du Film Subversif", à Metz, je crois... En même temps très anglais et très très barré. Avec des gens qui ressemblent à des anglais "moyens", avec des vêtements et des appartements "moyens", sauf qu'ils ne parlent pas, et ne communiquent que par cris et gromelots (et gestes à l'appui). Et se comportent comme des animaux sociaux, des singes peut-on supposer de par les attitudes et les mimiques  (ce qui ne changera pas beaucoup de certains humains, me direz-vous). Vivant en meutes, avec chef de meute (le "mâle alpha") suivi de son second (oui, évidemment, le mâle bêta...) et les femelles, bien sur, sujettes de plus ou moins tendres (mais fréquentes) chamailleries. Il est donc question de conquérir un territoire, de le marquer (en pissant dans tous les coins, bien entendu), de s'en approprier les femelles, et de s'y installer, au besoin en en délogeant le précédent chef de meute...
On voit bien où le réalisateur veut en venir, mais même si ça démarre  plutôt très fort, l'intrigue, comme on dit, ensuite  fait long feu (comme la Guerre hihi du même nom) : après la déambulation de mâle alpha et bêta dans la forêt, puis la présentation du "foyer" qu'ils vont bientôt réquisitionner, le film devient assez vite répétitif dans ses excès : scènes de bouffe, de baffes, de vomi, de rut (des bêtes vous dis-je, des bêtes) . C'est drôle au début mais ça ne l'est vite plus trop. Le réalisateur met trop de "un peu" : un peu de sexe, un peu de violence, un peu de gore, un peu de QV, un peu d'humour, un peu de provoc, un peu de nonsense, et, finalement, c'est comme la recette de viande à l'huile et au sel présentée sur la chaïne culinaire de la maison (une très bonne idée, cette "télé-primate"), ça risque de devenir assez vite pénible à manger et plutôt écoeurant.
Le film fait 1h19, mais aurait pu tenir sur un format beaucoup plus court, avec encore plus de force. Dans l'état, on le trouve un peu longuet. Heureusement, il nous fait le plaisir (la surprise ?) de redémarrer un peu vers la fin, et ça retire un peu le tout vers le haut. On peut saluer les performances des acteurs (brittonissimes) mais qui font très bien les singes. Et évoquer la lointaine ascendance de Themroc, de Claude Faraldo (le premier film grogné de l'histoire du cinéma, et un de mes premiers émois érotiques aussi...). Ou une version sitcom britton  d'un documentaire animalier sur la vie sociale des singes.
Et la télé-bébête sur laquelle se clôt le film est véritablement une idée plaisante, je le redis.

Aaaaaaaah-Poster

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lundi 13 mars 2017

rien n'est jamais parfait...

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repas

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flaque

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parking

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benne

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immeuble

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dimanche 12 mars 2017

ribambelle

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YOURSELF AND YOURS
de Hong Sangsoo

Hong Sangsoo, ici, on adore. Et on programme chaque film dès qu'on peut (et le rythme est soutenu). Et c'est comme si, plus le réalisateur augmentait le rythme, et plus il gagnait en liberté narrative ("en roue libre"...). Le schéma de départ est toujours plutôt simple : un homme et une femme (vous voyez, quand même, je ne suis pas si obtus et sectaire que ça, je suis même capable de m'enthousiasmer pour un film farouchement hétéronormé...). De l'amour, bien sûr (du désir). Beaucoup de paroles, également.  Et tout autant (ou peut-être même encore plus) de bibine, de boisson, de breuvages, de sirotages divers. En général il est surtout question de soju, mais ici la bière aura aussi la part belle. Les gens discutent et boivent dans les bars (énormément de scènes de bars) où ils s'invitent et se recontrent (et l'inverse) et/ou en appartement. Voilà pour l'essentiel, le canevas de base hong-sangsooien.
Un homme, une femme, une relation. Chabadabada ? On ne sait pas trop. On ne sait plus trop. Ici il est autant question de chabadabader que de discuter sur le et si..., le peut-être..., le à moins que...(on a souvent évoqué Rohmer à propos de Hong Sangsoo), ce qui ne simplifie pas la tâche du spectateur (mais sans doute est-il un peu venu pour ça), puisque le réalisateur applique lui même à son histoire les hypothèses émises par ses personnages. Les duplications, les bifurcations, les superpositions.
C'est simple comme la vie, et en même temps tout aussi horriblement compliqué, si on veut bien, et cela devient un jeu intellectuel, cérébral, extrêmement plaisant, mais jamais pesant. Marivaudage sud-coréen mmais tout autant oulipien (ou plutôt oucipien). A chaque film, il s'emploie désormais à trouver une nouvelle façon d'atomiser la fiction. Quelle re-présentation va-t-il bien pouvoir en faire.
Ici il y a un peintre, Youngsoo, et sa copine, Mingjun dont un ami lui rapporte qu'elle a été vue buvant dans un bar. Discussion, colère, explications. Séparation. Jusque là on est en terrain connu, solide. a partir de là, tout va devenir beaucoup plus instable, à la fois dans les divagations de Youngsoo, désormais pourvu de béquilles, et celles de Mingjun (ou de quelqu'un qui est peut-être elle), où le spectateur "lambda rationnel" risque d'être un tantinet déboussolé (perplexe) tandis que la "lambda irrationnel" va, lui, se mettre à ronronner devant ce joyeux bordel narratif. On ne sera plus jamais (dans le film) sûr de rien.
D'autant plus que la musique  intervient régulièrement ponctuer le(s) récit(s), d'une façon qui m'a évoqué le piano ironique sur les "ou bien..." dans le Smoking/ No smoking d'Alain Resnais. Il faudrait revoir le film pour vérifier si.
A la sortie de la salle, c'était plaisant de voir chacun des specteturs (se) posant des questions, haussant les sourcils, émettant des hypothèses, avançant des argument plus ou moins (il)logiques,  bref démontrant qu'il est beaucoup plus gratifiant (stimulant) de voir un film labyrinthique au milieu  le réalisateur nous dépose et nous égare que de suivre une ligne narrative tirée au cordeau et balisée de façon rassurante.
(Pourquoi ce titre pour le post ? Pendant le film j'ai pensé à ces silhouettes qu'on découpe dans du papier plié, et qui, lorsqu'on déplie le papier, se donnent toutes la main et se ressemblent, mais qu'on peut alors décorer et singulariser, chacun/e  comme on en a envie...)
Dommage, il ne passera que trois fois dans le bôô cinéma...

 

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samedi 11 mars 2017

à reculons

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LE PARC
de Damien Manivel

Bôô cinéma. Je sortais de Bill Douglas et j'étais donc encore un peu tourneboulé. Je connaissais juste le pitch du film (boy meets girl in a park, en gros) et, par le copier/coller des différentes critiques pour "notre" programmation", je savais qu'il y avait un "pli" dans le récit (j'adore cette image), un certain changement, mais je n'en savais rien de plus, juste je supputais...
J'avais raté le film à Entrevues, mais je me rappelais qu'il y avait été primé... Donc, rendez-vous dans ce fameux parc, où, effectivement, une donzelle et un donzellon (son "chevalier-servant", pour rester courtois) passent un après-midi d'été d'ados (d'ados d'été fonctionne aussi). Babil, poses, gambades, parades, chatouilles, tout est assez plaisant dans ce décor aussi bucolique qu'estival. D'autant plus que nos tourtereaux tout occupés à tourterer s'inscrivent délibérément dans cette réalité bucolique et estivale du parc : des gens passent, à pied, en vélo, font des galipettes, jouent au foot, mais toujours un peu loin, là-bas, à la lisière, pourrait-on dire.
Fin du premier acte. Les heures ont passé, le soleil baisse progressivement, va disparaître, et va se jouer alors une autre partie (un autre parti, hihihi). S'écrire sous nos yeux un nouvel échange. (En dire assez mais ne pas en dire trop). Tandis que la lumière baisse, jusqu'à la nuit. Puis la nuit noire. Le soleil décline, recule, il ne sera bientôt pas le seul.
Car va se jouer un autre round, l'avant-dernier, où le réalisateur convoque certains dieux tutélaires, les invoque, (les provoque). Plusieurs critiques ont ainsi chuchoté Apichatpong, mais le réalisateur répond tss tss, plutôt Robert Bresson, Tsai Ming Liang, Jacques Tati, et, depuis peu Hong Sangsoo...
On est toujours dans le Parc, mais c'est aussi un peu un autre parc (comme le Bois dont les rêves sont faits pouvait être comme ci mais à d'autres moments comme ça) parce que c'est la nuit mais aussi parce qu'autre chose. (En dire assez mais ne pas en dire trop, bis). Où la modernité de la forme (et des moyens) rejoindrait un certain archaïsme  -primordial- de la cinématographie.
Dommage, il ne passera que 3 fois dans le bôô cinéma.

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vendredi 10 mars 2017

splendeur 1 et 2

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MY CHILDHOOD
MY AIN FOLK
Bill Douglas

Caramba! Je me suis laissé prendre par le temps (oui, Uncut est un poil chronophage...) et je n'en ai vu que deux sur les trois (heureusement, j'ai vérifié sur un disque dur externe que je l'avais en ma possession, et que je pourrai donc le voir assez vite...). Le premier date de 1972, le suivant de 1973. Des films assez courts (une cinquantaine de minutes chacun).
Où il est question d'une enfance, celle d'un gamin nommé Jamie. C'est en noir et blanc, c'est autobiographique, c'est très triste. Et c'est splendide. Au-delà des compliments.
C'est dur c'est violent et c'est en même temps d'une beauté plastique presque à faire mal. Chaque cadrage peut se voir comme une oeuvre d'art. Mériterait un arrêt sur image à chaque fois. C'est très impressionnant. D'autant plus que dire que l'enfance de Jamie et de son frère est moche serait un "pudique euphémisme".
Je ne parle pas souvent de mon enfance, et ceux qui me connaissent savent que j'ai mes raisons, mais un film comme celui-ci permet, au moins, de relativiser. Non, finalement, ça n'était sans doute pas aussi terrible que cela... Et pourtant à plusieurs reprises le film a réactivé certaines images, certaines sensations, certaines angoisses. Non, non, je ne peux pas comparer : Jamie et son frère sont élevés par leur grand-mère, leur mère est internée dans un asile, leurs pères respectifs ne souhaitent pas s'encombrer d'eux... Misère affective, misère tout court, crasse, aigreurs, violence, désillusions, déconvenues. C'est très âpre (âcre) mais la splendeur de la cinématographie transcende le récit, en fait un monument de cinéma dont la hauteur des qualités pourrait presque donner le vertige.
C'est comme du Dickens chez Loach, mais c'est surtout l'histoire de Bill Douglas, et c'est une sublime paire de baffes (même une volée de, ce qui pourrait me permettre de rebondir dans le dithyrambe, tant, -coq à l'âne- ces films le sont, de haute volée, et réellement dans tous les sens du terme) dans la gueule du spectateur.
Un cinéma hallucinant de force, mais pourtant ne roulant jamais des mécaniques de sa virtuosité. A chaque plan ou presque, une vraie idée de cinéma. pourtant des scènes simples, des plans et des cadrages qui le sont tout autant. Mais dont l'intensité fait que le spectateur reste jusqu'au bout captif de ce récit, à la fois émerveillé et effrayé (ce qui pourrait être un bon résumé de l'enfance). fasciné, en tout cas. Je pense encore au dernier plan de My Ain folk : une route avec un virage en haut, un véhicule qui monte, une fanfare écossaise qui descend. Jusqu'à ce que ne reste plus que la rue vide. Revenue à son silence et à son rien.  mais un rien si plein. Et le réalisateur pousse alors le plan jusqu'à son paroxysme. Simplement.
Hautement indispensable.

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lundi 6 mars 2017

partisan

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PERE
de Istvan Szabo

(On continue dans la découverte de pépites grâce à Uncut.) Un film hongrois de 1966, par un réalisateur dont je ne connaissais que Mephisto et Colonel Redl (très bien tous les deux, même si j'en ai peu de souvenirs). Le cinéma hongrois, c'est plutôt rare, et j'ai donc comme on dit risqué un oeil.
Bonne pioche. Un beau noir et blanc. L'histoire d'un gamin dont le père est  mort en 1946 lors de la prise de Budapest, mais qui n'a de cesse de faire revivre ce fameux père, de par l'admiration qu'il lui porte et la fertilitude de son imagination. le gamin réinvente des épisodes la vie du fameux papa (qui est alors reconstituée filmiquement sous nos yeux) et c'est assez délicieux.
Plus tard, le gamin est devenu un jeune homme, mais a toujours autant besoin de rêver (et de mentir), même lorsqu'il rencontre Esther, une jeune juive qui a perdu son père en camp de concentration, il ne peut s'empêcher de lui raconter des bobards.
Ils se sont rencontrés sur le tournage d'un film, à propos, justement de la déportation des Juifs (une scène fascinante, à propos de la reconstitution, et, justement, des mensonges : le jeune homme passera ainsi sans tradition d'un rôle de déporté à celui de soldat allemand. il suffit d'enlever une étoile et de lui donner une casquette et un fusil...)
Un film qui mérite d'être re-découvert (et du coup, il me semble en avoir vu quelques autres -du même réalistaeur- sur Uncut). Un film étonnamment "moderne", qui sent sa "nouvelle vague des pays de l'Est" (ce qui n'est absolument pas péjoratif, je pense à Forman, à Skolimowski, ou, en littérature, à Kundera...), un cinéma élégant  et joueur qui fait le (beau) portrait d'un menteur "pour la bonne cause"....

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samedi 4 mars 2017

roquette

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EAT SLEEP DIE
de Gabriela Pichler

Mais comment a-t-on pu passer à côté de ce film épatant ? (Encore une fois un grand merci à Uncut -j'adore ce nom- l'offre d'unviersCiné).Un premier film, sorti en 2013. L'histoire de Raisa, qui perd son boulot dans une usine de salades (elle est licenciée) et en cherche désespérément un autre. Le sujet, l'héroïne, la caméra portée qui la suit, et tout le monde de rouler des grands yeux effarés et de les lever au ciel en répétant "Rosetta"...
C'est vrai, les frères Dardenne se seraient pas complètement étrangers au tableau, SAUF QUE le ton du film est aux antipodes. Rosetta m'avait laissé le souvenir d'un film tendu, opressant, barbelé. Désespéré. Alors que celui-ci semble aller plutôt en sens contraire. Grâce à son actrice principale, Nermina Lukac, carrément sensationnelle (mais qui n'a hélas plus rien re-tourné depuis), grâce à la qualité des autres personnages autour d'elle (une mention spéciale pour son père, et pour son copain Billy), et grâce à l'énergie joyeuse qui sous-tend le film (Raisa et son père ont des origines monténégrines, ceci explique-t-il en partie cela ?).
La réalisatrice a choisi de nous montrer, clés en mains, que la situation en Suède n'est pas aussi youp la boum qu'elle le fut il y a un certain temps, et que le beau rêve scandinave non seulement a fait long feu, mais n'a pas hésité à péter à la gueule d'une bonne partie de ses habitants. Les petites gens, bien évidemment, on les piétine, ici, comme partout.
Raisa a bien la même volonté que Rosetta, la même niaque, la même détermination (farouche, la détermination est toujours farouche), seulement elle n'en fait pas tout un plat. La rage au coeur, mais avec le sourire. Et même des chatouilles. Encore une fois, on reste scotché devant l'abattage de la demoiselle. D'autant plus qu'elle est affectueusement filmée. Pas de la caméra qui tressaute et soubresaute (et qui par le passé put à l'occasion nous donner mal au coeur), il s'agirait ici bien plutôt d'accompagnement. oui quelque chose d'affectueux et de joueur, dans le frôlement et la proximité.
Une très belle surprise.

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