samedi 9 avril 2016

la technique

c'est elle qui nous a lâché hier soir...
pourtant le réalisateur était là, venu de Paris pour accompagner son film
mais pour des raisons de "mise à jour des drivers" il n'a pas été possible de voir le film

le film c'était le très fort DE L'OMBRE IL Y A, et le réalisateur Nathan Nicholovitch
Alors on est quand même allé manger dans le restau du bôô cinéma histoire de se consoler
(Bon, je n'avais pas anticipé, et j'avais déjà mangé, mais je les ai accompagnés...)

nathannikolovic

Voilà le monsieur en question -photo pas de moi mais du ouaibe- (oui oui il est aussi beau en vrai, même davantage si c'est possible, j'essayais donc d'avoir un discours intelligible, de ne pas trop baver et d'empêcher ma mâchoire de se décrocher et de tomber misérablement sur mes genoux)

on a parlé de cinéma, beaucoup de cinéma, surtout de cinéma, et mon coeur était encore plus exalté lorsque nous avons parlé de PASSE-MONTAGNE, qui est un film culte du Monsieur (et tiens, justement, de moi aussi) dont le scénario va être publié en septembre, accompagné d'un looong entretien avec J-F Stevenin, qu'il a lui même réalisé...
Je buvais mon Irish Coffee en souriant benoîtement...
(parfois on peut dire merci à la technique qui défaille, d'uatant plus qu'il a promis de revenir quand on prendrait le film à sa sortie officielle...)

 

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vendredi 8 avril 2016

60

(d'une belle soirée...)

samedi 2 avril, mon ami Philou fêtait -entre autres- ses soixante ans, au cours d'une soirée que j'avais beaucoup attendue, et paradoxalement (?) un peu appréhendée aussi : beaucoup de gens sur la liste des invités (que nous n'avons d'ailleurs connue que le soir même), et surtout des "groupes" différents, sans forcément de frontière commune, qui furent plutôt judicieusement dispatchés selon un plan de table (ça c'était rigolo, un peu comme à un mariage) : la famille, les voisins, les collègues, les normaliens, les vieux amis, les "divers", chacun pouvant d'ailleurs appartenir à l'un et/ou l'autre de ces groupes, mais surtout beaucoup de gens connus depuis longtemps, très longtemps, et pas revus tous ensemble à la fois

à l'arrivée, d'ailleurs, dans cette grande salle des fêtes, les entrées étaient progressives (vous savez, comme l'eau e la piscine quand on descend doucement et qu'on hésite à se mouiller le ventre) chacun pouvait un peu séjourner dans l'entrée (le vestiaire) , "le sas", où stabulait un petit groupe mouvant, les tout nouveaux arrivants saluant les juste arrivés, et étant salués à leur tour par les encore plus nouveaux arrivants, comme un tour de chauffe avant de pénétrer dans "la" salle

dès l'arrivée, d'ailleurs, comme je l'avais plus ou moins pressenti, des yeux se sont mouillés, les miens, mais pas seulement), tant cette situation était émotivement intense : quand se reconstitue soudain, comme par magie, le petit groupe d'ami(e)s que vous aviez constitué en 1974, l'émotion est d'autant plus forte que l'on se retrouve, là, en 2016, mais c'est comme on était soudain, justement, propulsé en arrière, et qu'on avait à nouveau dix-huit ans (18 ans, oh lala), et comme si nos silhouettes d'alors soudain en filigrane, peut-être en noir et blanc, ou en surimpression, ectoplasmes, en couleurs pâlies et voix lointaines (au cinéma on ferait ça très bien mais bon là on était dans la vraie vie)

et c'était drôle aussi la façon dont les groupes pré-existants (les voisins, la famille, etc.) restaient constitués (même debout, encore, dans les différents points de la salle : ainsi nous le noyau dur des "normaliens" de 1974, auxquels étaient venus s'agréger plusieurs  éléments des "instits", des "amis", et même des "div", sommes restés assez longtemps presque peureusement serrés dans un petit coin de la salle, à l'entrée, comme un petit troupeau (je faisais en riant "bèèèh bèèèh")

j'avais été ému dès l'arrivée, oui, le maître de cérémonie dans sa veste bleue assurant l'accueil individuel de chacun des arrivants, de voir Richard et Max, les fistons, (qu'on a connus "grands comme ça", puisque depuis leur naissance, et qui sont désormais des hommes), et Fran qui avait tracé le plan de table (sur deux rangées) mais dont la retranscription graphique ne collait pas tout à fait avec la réalité topographique (il fallut tourner la feuille de 90° vers la gauche pour que les représentations coïncident), et les gens qui arrivaient, quelques-uns que je ne connaissais pas, d'autres que j'avais du mal à reconnaître, et d'autres enfin que j'ai  connus depuis toujours

et le moment de l'apéro était comme un tour de chauffe, on avait salué celles/ceux qu'on connaissait, on papillonnait, son verre à la main (avec des cerises comme ci ou des cerises comme ça), mots retrouvailles, apostrophes, private jokes, états des lieux, projets, bilan de santé, perspectives de retraites, souvenirs souvenirs...

et quand on s'est installés à table  (merci encore pour le plan, que je qualifierais de judicieux) c'était le banquet, comme un repas normal et en même temps pas du tout, notre bout de table était joyeux, et celui de nos voisins de derrière l'était tout autant, avec toujours ce sentiment troublant de "aujourd'hui/il y a 40 ans", d'autant plus que Fran avait lancé un "défi" à l'assistance : que chacun vienne donner à son tour au micro un "je me souviens" à propos de Philou...

le degré d'alcoolémie grimpant vaillamment et avec constance comme le Philou sur les pentes du Tourmalet permettait aux cravates métaphoriques de se dénouer, et à l'ambiance de bon-enfanter, il fut question de mains aux fesses, à plusieurs reprises et sur des personnes variées, oui, c'était un peu comme un banquet de mariage (mon dieu mon dieu il y avait tellement longtemps que je n'en avais pas fait), et les "automatismes sociaux" s'étaient remis en place : c'est comme si j'avais aussitôt et instantanément revêtu mun nez rouge et mon chapeau pointu invisibles :  les conneries sortaient de ma bouche sans que j'aie à me forcer (et Pépin était sur ce terrain un excellent stimulateur, comme d'hab') et sans que j'aie à me forcer (je le redis) je faisais le pitre, oui je re-faisais le pitre, je retrouvais un peu du Rob de 1974 (comme s'il avait toujours été là) avec, tout de même, pendant un court instant, le sentiment agaçant que je faisais ça parce que j'étais censé le faire, utiliser mon  prétendu "sens de la répartie" qui fait mouche et déclare l'hilarité, que les gens attendaient ça de moi, et que je devais m'y conforter, et que, quoi que je dise, finalement, ça les ferait toujours autant se tordre (le "tu nous feras toujours rire...") et j'ai donc réussi à dire un petit quelque chose qui me tenait à coeur, et ne prêtait pas à rire, et les gens n'ont pas ri et ça m'a rassuré

Mais revenons-en à Philouchon, dont c'était tout de même "la" soirée. Il s'est prêté de bonne grâce au cérémonial des cadeaux (il y en avait vraiment beaucoup, alors que Fran nous avait juste évoqué une "boîte", pour financer un voyage au Vietnam) des livres, beaucoup, des arbres (à planter) des oeuvres d'art, des calendriers de chaque année en 6, de 2016 à 1956 (ça c'était mon idée et j'en étai assez fier...), et il a fait tout le tour de tous les gens qu'il a remerciés individuellement, et c'en était très impressionnant...

Pépin m'avait proposé, peu de temps auparavant, de faire à deux une lecture d'un texte de Valère Novarina, ce qui fut fait ensuite, jouissif -pour moi- et rondement mené

Le dessert fut parfait (deux gâteaux délicieux, un au chocolat et un aux fraises) puis champagne et j'étais tellement bien (je n'avais pourtant quasiment rien bu auparavant car je voulais "assurer" pour la lecture) et c'était bien les gens qui se levaient et qui changeaient de place pour aller discuter avec un/une autre que leur vis-à-vis de plan de table, les conversations fluctuaient, il y en avaient même là-bas, tout au bout, qui dansaient...

et quand les gens ont commencé à se lever (syndrome dit "de la volée de moineaux"), je pesnais qu'il était tôt, vingt-trois heures peut-être, et non il était deux heures et demie, quelques-un(e)s dansaient et déjà c'était l'heure de se faire la bise et repartir dans la nuit, non sans avoir échangé des rendez-vous et rajouté quelques croix dans les agendas...

Et j'ai réalisé que je n'avais pas pris une photo de la soirée, tellement ça m'avait plus de la savourer, en vrai... ah si, une seule! :

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elle est un peu floue, non ?, mais ça résume somme toute assez bien la situation, la douceur de cette soirée, les signes, les attentions...

 

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dimanche 3 avril 2016

feu de la saint-jean

QUAND ON A 17 ANS
d'André Téchiné

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête...
(
Arthur Rimbaud / On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans)

Oh l'immense plaisir de retrouver ce Téchiné-là (surtout quand votre cinéphile est née en même temps que sa cinématographie... Que quelqu'un réédite enfin Souvenirs d'en france !!!) Depuis quelques films (L'homme qu'on aimait trop, Impardonnables, la fille du RER), on se disait un peu qu'il (qu'on) vieillissait, qu'on s'éloignait, vieux amants, habitudes, tiédissement... Ou peut-être qu'on ne trouvait plus dans ses films toutes les belles choses qu'on y avait vues fleurir auparavant, et qui vous emportaient, vous transportaient, vous submergeaient...

Et là, soudain, miracle, tout est là, au propre et/ou au figuré : l'adolescence, l'Ariège, la neige, Les roseaux sauvages, J'embrasse pas, l'amour, l'homosexualité, le désir, et Sandrine Kiberlain, (la mère) et Kacey Mottet Klein et Corentin Fila (les jeunes gens) sans oublier la guerre, là-bas, loin, et la mort qui va avec...

Oui, nous nous étions un peu éloignés, avec André. Pas en froid, mais bon... Popote, quoi, l'habitude, le ronron. Et voilà qu'ont eu lieu d'inattendues (inespérées) retrouvailles. Comme aux premiers jours, ou presque. J'ai noté sur mon carnet en sortant de la salle trois adjectifs, pour ne pas les oublier : exalté, passionnel, excessif.

(et voilà qu'en parcourant all*ciné.fr je tombe sur cette abconse  et condescendante notule from Les Cahiaîs : "Si avec les années, la fièvre "à la Téchiné" paraît de plus en plus décrétée et son lyrisme plus contrit, il reste toujours un cinéaste parfois inspiré (…). De quoi regretter que le "romanesque" de papier ait pris à ce point le pas sur ses tropismes paysagers ou picturaux qui auraient pu davantage aimanter la fiction." qui m'agace assez pour que je la reproduise. Et si quelqu'un peut me la traduire je suis preneur.) Mais bon revenons à nos moutons. (Nos agneaux plutôt. )

Peut-être que c'est un truc de vieux (décidément j'y reviens) de vieil adolescent sans doute, que les jeunes critiques Cahiaîsiens ne peuvent même pas envisager, appréhender. Mais c'est exactement ce qui me ravit. De l'amour et du désir comme sujet et objet de lyrisme, c'est ça  qui me plaît, qui me touche, qui me fascine... Dans Les roseaux sauvages, il s'agissait a priori d'un trio (Ah Elodie Bouchez, ah Gaël Morel (ledit film est d'ailleurs, c'est Dominique qui l'a lu dans le générique "librement adapté de New Wave , de Gaël Morel", comme un clin d'oeil amical) et aaah Stéphane Rideau (dont je me souviens avec émotion du "Et si on se branlait ?") même si la demoiselle apparaissait assez vite comme un catalyseur, un élément extérieur.), ici ils sont juste deux, et, d'entrée ça cartonne : un croche-pied et l'un fait tomber l'autre par terre en plein milieu de la salle de cours. Et l'autre lui répond. Et bim. Et bam. Et ainsi de suite. Ces deux-là se détestent trop pour que ça ne cache pas quelque chose, clignote furieusement notre radar à sous-sous-texte gay (pas si sous-sous que ça d'ailleurs, on connaît bien notre oiseau-Téchiné, quand même...) Ca c'est au "premier trimestre" (le film est partagé en trois, avec les saisons qui vont avec, et les sentiments idem. Là c'est la neige (en Ariège, quand il neige, c'est pas de la neige de fillettes, hein ) et c'est magnifiquement cinégénique. Comme l'est la mise en jambes du récit (marcher dans une bonne couche de poudreuse ça n'est pas forcément évident pour aller vite...) Le blond se fait embêter par le brun, mais il rend les coups aussi. Les choses se compliquent quand il s'avère que la mère du blond est médecin (Sandrine Kiberlain est hyper-bien, disons-le, mais les actrices chez Téchinou sont toujours aux petits oignons : remember Catherine, Isabelle, Jeanne, Marie-France, Juliette, Emmanuelle, et j'en passe... il a le don de les sublimer de les transcender, de les incandescer...) et va être amenée à soigner la mère du brun, et que bradaboum tout un enchaînement de circonstances (comme une coulée de neige bruyante) va faire qu'elle va proposer au brun de venir chez eux (sous le même toit que le blond, donc) pour réviser le bac tranquille et que les choses aillent un peu mieux.
Sandrine Kiberlain est magnifique, comme l'est le personnage qu'elle compose. Une femme douce, aimante, attentionnée, attentive aux autres. Précieuse. Les deuxième et troisième trimestres vont apporter c'est sur leur brouettée d'événements (j'arrêterai là de les détailler) pour faire évoluer la relation entre les deux garçons (mais pas que.) et c'est très beau la façon dont elle se construit , dont elle sinue, évolue, bifurque, tournicote...

Alors qu'on sait bien que...

il est intéressant d'apprendre au générique que le scénario a été co-écrit avec Céline Sciamma, qu'on sait par expérience beaucoup plus attentive aux Bandes de filles (mais y a-t-il, en définitive, autant de différences que ça entre les atermoiements testostéronés de nos deux daguets ariégeois et les circonvolutions aquatiques des donzelles de La naissance des Pieuvres ? Non. C'est le désir, et c'est l'amour. Point barre. On serait peut-être, finalement, n'en déplaise à Arthur R. extrêmement sérieux, quand on a 17 ans, lorsque  apparaissent et fleurissent ces premiers "vrais" émois... Oh se chercher se battre  se fuir et oh se retrouver s'étreindre... La chorégraphie amoureuse mise en place par André Téchiné et Céline Sciamma si elle n'est pas neuve (ces rituels se jouent depuis la nuit des temps) nous met, avec à la fois un air sérieux et un demi-sourire complice, dans cet état d'hypersensibilité (émotivité) délicieusement émouvant, stimulant, troublant...

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mercredi 30 mars 2016

cinquième semaine latino2

CHALA, UNE ENFANCE CUBAINE
d'Ernesto Daranas

Celui-là on n'en savait rien ou presque quand on l'a sélectionné, sauf qu'on l'aurait en sortie nationale. J'avoue que ça ne me tentait pas plus que ça mais bon. J'ai profité du Lundi de Pâques pour le voir avec Marie dans une salle 1 du bôô cinéma étonnamment pleine (entre 30 et 40) pour cette séance de 13h45.
Et ?
A la sortie, plusieurs visages connus  (d'enseignants notamment) arboraient un large sourire, me complimentant sur l'heureux choix de ce film qu'ils avaient visiblement fort apprécié. tandis que je me sentais beaucoup plus réservé. Sans vouloir froisser personne (n'est-ce pas mon Philouchoncito ?) je pourrais résumer à très gros traits en disant que c'est un parfait "film-MGEN" (et que, tout autant que "Chala, une enfance cubaine", il aurait mérité de s'appeler "Carmela, une institutrice cubaine", tant l'institutrice en question occupe autant l'écran que le garnement du rôle-titre, et que ce personnage d'institutrice "qui aurait du prendre sa retraite depuis au moins 10 ans déjà mais qui ne peut se résoudre à abandonner ses élèves à leur problèmes tellement elle y est attachée" ne peut que remuer le coeur et les tripes des pédagogues (ou ex-) que nous sommes...
Enfin un film qui fait l'apologie des maîtresses (et, encore mieux, des vieilles maîtresses). Bon, il faut dire qu'elle a de quoi faire : le jeune Chala en question est qualifié d'ingérable par presque tout le monde (mais il a des excuses : il ne connaît pas son père, sa mère est droguée et se prostitue, il élève des chiens qu'il confie pour les combats -il est trop jeune pour y assister en vrai- à un bellâtre aux yeux clairs en marcel de rouleur de mécaniques qui est peut-être son père (et peut-être pas), il a deux potes dont le père d'un est en prison, il en pince pour une demoiselle bonne élève (qui refuse ses avances dans un premier temps) mais inscrite à l'école de manière illégale (par la maîtresse au grand coeur) et dont le père est qualifié de "provincial" (entendez clandestin arrivé là de façon illégale mais qui se tue au travail toute la sainte journée) et voilà-t-y pas que les "autorités" se réunissent pour placer Chala en foyer, mais aussi pour réfléchir au départ à la retraite ex-anticipé de Carmela, pour une sombre histoire d'inspection et de d'image religieuse ostensiblement affichée dans la classe (mais elle le fut justement par la jeune fiancée putative de Chala, et c'est le jour où elle a appris la mort du fils de Carmela, la maîtresse) et vous voilà donc avec une multiplicité de thèmes et de personnages.
La barque est chargée, mais la nave va...
Seulement voilà, quand on regarde la situation finale et qu'on la compare avec celle du début, on réalise que ça confirme le sentiment qu'on a eu pendant le film (enfin, que j'ai eu, tellement tous les autres avaient l'air, je le répète, ravis) : non non rien n'a changé (ou presque). Le film a démarré, plutôt bien, il a pétaradé joyeusement (enfin, joyeusement le mot n'est pas idéalement choisi quand même) et puis, comme un solex, il s'est mis à patiner (qui se souvient des galets des solex, qui s'usaient et devenaient trop lisses et n'entraînaient plus la roue ? et bien là c'est pareil). Oui, à un certain moment, le film se met à faire du sur-place, à tourner en rond, et le spectateur à trouver le temps long.
Etrangement ça ne m'a pas du tout ému. Peut-être parce que, justement, tout était fait pour que je le sois. Trop, sans doute. c'est un film édifiant. J'ai pourtant la larme facile mais elle doit l'être plus sentimentale que sociétale. M'en sortir alors par une pirouette, en disant que le film était sans doute très bien, mais que ce n'est pas mon genre de cinéma préféré. C'est peut-être juste les films avec des instits qui me gonflent. et avec des travailleurs sociaux. Surtout des travailleurs sociaux.
Vieux con un jour, vieux con toujours (je parle de moi, bien évidemment).

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l'affiche "muette"

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... et l'affiche "bavarde"

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lundi 28 mars 2016

dans mon téléphone

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(Comme le disait très justement mon ami Philou :
"Ce qui est intéressant, c'est ce qui n'est pas intéressant...")

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samedi 26 mars 2016

cinquième semaine latino

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UN MONSTRE A MILLE TÊTES
de Rodrigo Pia
(Mexique)
Du cinéma social et énergique : une femme se bat parce que la compagnie d'assurance ne veut pas auoriser la délivrance d'un mouveau médicament à son mari en phase terminale... Elle est prête à aller jusqu'au bout (elle a un flingue dans son sac), et, en compagnie de son fils va se trouver prise dans une spirale de violences et d'incompréhension (à cause, au départ, d'un médecin référent borné) affrontant l'une après l'autre les têtes multiples (et qui semblent repousser au fur et à mesure qu'on les coupe) de l'hydre du pouvoir du fric et du profit (et de l'arrogance sociale) avec en ligne de mire (d'horizon ?) le perdu d'avance et la victoire inéluctable des puissants. Même si...

 

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EVA NE DORT PAS
de Pablo Agüero
(Argentine)
Du cinéma théorique et intrigant : 25 ans d'histoire argentine, autour du personnage -et de la dépouille- d'Eva Peron. Le film alterne images d'époque (scènes de foule et de manifestations le plus souvent) et huis-clos théâtraux et quasi-abstraits (scènes claustro) mettant en scène  un personnage particulier en relation avec le corps d'Evita : l'embaumeur, les transporteur, le dictateur. Abstrait comme ses images nocturnes et incompréhensibles du début, abstrait par la théâtralisation excessive des scènes d'intérieur et l'absconsitude des dialogues. Abstrait enfin pour tout âne, comme moi, qui n'a pas en mémoire toutes les dates et faits historiques de l'histoire argentine. complexe. Jolie musique de générique ironique (théorique, encore ?).

 

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LA TERRE ET L'OMBRE
de Cesar Acevedo
(Colombie)
Du cinéma poignant (et documentaire). Un homme revient chez lui après des années de fuite "ailleurs", retrouve sa femme, son fils, en train de mourir, son petit-fils. un film à la fois simple et extrêmement maîtrisé (caméra d'or à Cannes, et prix de la mise en scène, d'ailleurs, doublement mérités). Le paysage aussi a changé, sa maison est cernée par les champs de canne à sucre, et tout autour la misère, l'exploitation... Pas de musique, juste une chanson très triste qui parle d'amor et de llanto sur le générique de fin. Le réalisateur peaufine ses plans-séquences et ses cadrages. Du vrai grand beau cinéma, et autant de tristesse (de chagrin) que de beauté. Pour l'instant le plus beau film de cette 5ème Semaine Latina.

 

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IXCANUL

de Jayro Bustamante
(Guatemala)
Du cinéma poignant (et documentaire). Des paysans guatémaltèques (qui parlent une langue étrange qui n'a rien à voir avec l'espagnol). Leur fille, qu'on fiance avec un contremaître. La même qui se retrouve enceinte après avoir succombé à un saisonnier, ouvrier des plantations de café, et à des rêves de fuite aux Estados Unidos. Beaucoup d'alcool, et des serpents qui infestent le terrain des paysans. Et un volcan, omniprésent, qui bouche l'horizon et fait rêver à ce qu'il peut bien y avoir derrière... Pas mal de rites, plus ou moins mystérieux. Et encore beaucoup de tristesse. Et un très beau Boléro d'Ixcanul sur le générique de fin.

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jeudi 24 mars 2016

soufflette

FIVE
de Igor Gotesman

Désolé, je crois que j'ai un problème avec Pierre Niney. Ou plutôt avec les films dans lesquels il joue. De celui-là je ne connaissais que la bande-annonce, avec dedans une scène qui me faisait rire (celle des ecstas dans la voiture avec les flics au bout de la rue). Et effectivement c'est celle-là qui m'a aussi fait rire dans le film. et aussi la réplique sur les amours entre théâtreux. Idem.

C'est un film avec des jeunes dedans, fait par des jeunes pour les jeunes, et les dialogues vont en effet  dans ce sens-là (c'est mon côté régressif, caca-boudin, j'aime bien quand il y a des gros mots, du verlan, des insultes, ça vous émaille (fleurit) un dialogue de façon assez plaisante, et ici ça remplit tout à fait son contrat, rien à dire à ce niveau. Les dialogues font mouche.

Parce que tout de suite après ça commence à se gâter. L'histoire d'une bande de potes, cinq comme le titre l'indique (Pourquoi en anglais d'abord ? Pour faire un clin d'oeil bienveillant au film de Kiarostami qui porte le même titre ? hihihi) bien caractérisés : le jeune premier (Pierre Niney) le rondelet, le fumeur, le métis, et la meuf. Qui réalisent leur rêve : ils vont enfin pouvoir vivre en coloc' dans un appartement mirifique où quatre ne paieront que 500€ par mois, tandis que tout le reste sera payé par le cinquième (et la carte de crédit de son père). Le cinquième c'est Pierre Niney, qui fait croire à son père qu'il est en fac de médecine alors qu'en réalité il prend des cours pour être acteur. Manque de bol, le moment où il signe le bail de l'appart' est aussi celui où son père apprend la vérité et lui coupe donc les vivres. d'où malaise, et démerdage et combines diverses pour réussir à trouver du fric sans que les autres soient au courant, combines qui vont aller de mal en pis (mais on sait quand même depuis le début du film par la voix-off de la meuf que tout ça a fini -bien, au moins pour la meuf-, dans une île paradisiaque, on n'est donc pas très (trop) inquiet.) Non seulement de Charybde en Sylla, mais il faudrait rajouter quelques noms de divinités... Malenpis, C'est la cata, etc.

Le problème c'est qu'à part les dialogues, qui, je le répète, sont plaisamment gore, rien ne fonctionne vraiment, tout est dans  le déjà-vu, ou l'à-peu-près, voire le n'importe-quoi (histoires de came, bluette sentimentale, tensions familiales, mensonges entre potes, personnages secondaires approximatifs -on a même droit à une Fanny Ardant -la vraie- qui surjoue une Fanny Ardant amatrice de pétards et de belles bagnoles-) ce qui fait qu'on baisse assez vite les bras et qu'on renonce même à s'agacer, on se laisse aller, on continue à regarder en rêvassant plus ou moins. Le film finissant en apothéose avec un insupportable couplet lourdaud et en voix-off sur l'amitié aïe aïe aïe. Le réalisateur est pote avec Pierre Niney, il joue d'ailleurs aussi dans le film (le grassouillet), peut-être (sans doute) les autres sont des potes aussi, mais, Les copains d'abord, ça ne suffit pas pour faire un film. Avec un scénario solide et des personnages plus étoffés, c'est mieux.

Un film que j'aurais vraiment adoré adorer (d'autant plus que j'étais dans un certain état de grâce à la sortie de Rosalie Blum), mais non, hélas c'est dommage, plus on avance et plus ça se désagrège (la garden-party chez Pascal Demolon un peu en roue libre est quasiment pénible) et moins  il y a de choses à sauver. Je souhaite tout de même à Igor Gotesman un joli succès populaire (mon opinion n'engage que moi et n'est absolument pas, je le réalise de plus en plus souvent, représentative) il est beaucoup moins raccoleur que Pattaya, par exemple, et ne fera donc peut-être pas autant d'entrées...
Et je suis sur qu'il peut faire mieux la prochaine fois. Si si, je croise les doigts!

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Tiens, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu un film à affiche jaune...

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mercredi 23 mars 2016

crabe au citron

ROSALIE BLUM
de Julien Rappeneau

Avant-première, printemps du Cinéma, 4€, Noémie Lvosky... autant de raisons qui faisaient que. Et en plus, Catherine s'est décidée à venir, parfait donc. dans une salle 1 du bôô cinéma (la plus petite) plutôt très bien remplie (plus en tout cas que pour les derniers films que nous y avions programmés...).
Beaucoup de choses plaisantes dans la bande-annonce (qui raconte quand même un peu le film grosso-modo jusqu'à un certain point.) Et donc ça commence et je suis immédiatement en phase avec l'histoire racontée. Vincent. Le film est en trois parties, chacune portant le prénom d'un des personnages, et commencçant par la voix-off du personnage en question : Vincent, puis Aude, et enfin Rosalie.
Vincent, donc, un trentenaire (Kyan Khojandi, parfaitement parfait) mène une petite vie sans histoire entre le salon de coiffure qu'il a hérité de son père, son appartement (avec son chat) et celui de sa mère (jouée par une Anémone, très touchante dans l'excès maternel), juste au-dessus du sien. Une vie planplan, étale, paisible. Jusqu'au jour ou le hasard (et une boîte de crabe) vont le faire croiser Rosalie Blum, épicière (Noémie Lvovsky divinement divine) dont il va s'enticher illico et qu'il va se mettre à suivre de façon quasi-obsessionnelle, bousculant toutes ses habitudes, se mettant presque en porte-à-faux par rapport à la linéarité platouillette de ses habitudes. Jusqu'à ce qu'il reçoive un certain coup de téléphone sollicitant un rendez-vous dans son salon...
Là le film fait machine arrière, -nous suivons une jeune fille, Aude (qu'on a déjà aperçue au détour d'une scène)-, et reprend les choses depuis le début, chronologiquement, mais de son point de vue à elle (une structure qui rappelle celles des excellents Un couple épatant / Cavale / Après la vie de Lucas Belvaux) puisqu'il va vite s'avérer qu'elle fait partie de la même histoire. Jusqu'à ce que l'on parvienne, par des chemins plus ou moins détournés, au même point temporel, celui du rendez-vous téléphonique, et que le relais soit passé à la troisième voix-off.
J'adore être en empathie avec les films (midinet un jour...) et là je l'étais. incontestablement. Toute la première partie (celle centrée sur Vincent) m'a procuré un sentiment de bonheur qui n'était pas que cinématographique. Oui, du bonheur tout court. Kyan Khojandi est parfait, il a une tête de nounours, des yeux doux, il est touchant et juste dans ce personnage très seul qui vit d'espoir et d'eau fraîche, d'illusions et de rêves vagues. Vincent suit Rosalie Blum, il l'épie il la traque (on se dit qu'elle est quand même très myope ou très distraite pour ne pas s'apercevoir de ce qui se passe, et on comprendra pourquoi dans la partie suivante). pendant toute cette première partie, je jubilais.  Parfaitement. Entre les larmichettes (l'émotion) et le rire (il y a vraiment plein de choses très drôles, des personnages, des situations, des répliques, que je préfère vous laisser découvrir...). Si le film s'était arrêté là, (le coup de téléphone) ça aurait pu faire, déjà, un court-métrage génial. Où auraient subsisté c'est sûr pas mal de zones d'ombres, mais on s'en serait contenté.
La deuxième partie vient en contrepoint et montre l'autre côté des choses (là aussi je ne veux pas en raconter trop pour laisser aux futurs spectateurs le plaisir de découvrir les choses par eux-mêmes.) Le film, toujours aussi plaisant, reprend les choses point par point et nous les met, justement, sur les i de nos interrogations. Le personnage d'Aude est touchant (elle a d'autres problèmes que Vincent, même si ceux concernant le liens familial pourraient  bien leur être communs). On découvre du coup, autour d'elle, non seulement Rosalie Blum sous un autre éclairage,  mais aussi une série de seconds rôles hyper attachants (le coloc, Philippe Rebbot (rebbotissime, la barbouze les lunettes le marcel l'aspect-bourru-qui-cache-un-coeur-d'or), et les copines (Sara Giraudeau et Camille Rutherford) impayables dans un délicieux numéro entre Fantômette et Le club des cinq mène l'enquête.
Car enquête il y a, sur Vincent et ses motivations bien sûr, mais aussi sur Rosalie, son passé, la façon dont elle évite d'en parler, les multiples zones d'ombre dont l'éclaircissement va se faire progressivement. Et c'est peut-être là, dans sa dernière partie ("Rosalie") que le film devient un tout petit peu plus faible, moins étonnant, dans cette volonté qu'il affiche de de tout expliquer, tout éclairer, tout solutionner. Tout résoudre. Et colorer tout un peu trop en rose (et violonner un peu trop). Jusqu'à l'ultime flash-back qui sert d'épilogue.
Mais nous avions tous le sourire en sortant de la salle, et nous étions unanimes, oui, il faut le dire, Rosalie Blum est un film qui fait grand bien.

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mardi 22 mars 2016

fanfarons

BELGICA
de Felix van Groeningen

Du bon usage du marketing... Celui-là, grâce à sa bande-annonce, j'en avais une envie folle. J'avais beaucoup aimé les deux films précédents du monsieur (La merditude des choses et Alabama Monroe), même si j'avais quelques réticences vis-à-vis de chacun d'eux (trop de tatouages par ci, trop de nihilisme par là, je sais je chipote...).
Des coïncidences, aussi (comme avec la musique en général, ou les bouquins, ou que sais-je encore), et la façon dont un truc peut-être parfaitement en phase avec votre humeur du moment, et renforcer encore le sentiment éprouvé.
Je n'ai rien voulu lire dessus avant, je connaissais juste cette fichue bande-annonce qui me mettait tellement en joie que j'ai fini par la télécharger, et là j'étais bien dans cette salle 1 du bôô cinéma (la plus petite), au -beau- milieu du rang, idéalement placé, à côté de ma Catherinechounette préférée... Je crois que c'est la première fois que je ne me suis plaint pas que le son soit trop fort, au contraire, là ce fut justement une des raisons du grand plaisir (de l'énorme plaisir) que j'ai pris au film.
C'est l'histoire de deux frangins (frérots) belges (un petit nerveux et un grand, nerveux aussi d'ailleurs) qui s'associent pour agrandir le bar que possède le premier (le Belgica) et en faire un club, un haut lieu de la vie nocturne ... bruxelloise ? (où est-ce que ça se passe, d'ailleurs ?) Non, à Gand, je viens de vérifier, de la nuit gandoise donc. Gantoise, je re-viens de vérifier). Plus exactement c'est le grand qui propose au petit d'abord de venir lui filer un coup de main en salle, et ensuite d'investir avec lui pour mettre en place le lieu. Et on ouvre en fanfare le nouveau Belgica (c'est la scène -et la musique- que j'adore dans la bande-annonce) et les ennuis bien sur ne vont pas tarder à commencer, et les histoires de fric, de bibine et de coke fleurissent, et les tensions humaines, familialles, policières aussi.
C'est une histoire simple mais filmée à la Von Groeningen, avec une énergie et une rage -et une force- folles. C'est un univers qui est pourtant très très loin de moi (les bars la nuit la musique la défonce tout ça) -autant quasiment que les films de gangsters, par exemple- mais dans lequel le talent du réalisateur fait qu'on est happé, absorbé, immergé (c'est exactement le mot), médusé. La musique y est pour quelque chose, qui en est la colonne vertébrale (on est dans son fauteuil, bien au chaud, et c'est comme si on était en même temps avec eux tout près de la scène, au beau milieu de cette nuit belge, où interviennent des groupes dont on apprendra qu'ils sont fictifs, et sont tous l'oeuvre de Soulwax, un groupe électro-rock belge, justement, qui a composé la bande-son du film (à part une "mise en jambes" -en oreilles plutôt-, plutôt très réussie sur le J'aime regarder les filles de Patrick Coutin qui a quand même déjà beaucoup servi par le passé mais continue de fonctionner ici à la perfection, plus quelques autres que le générique de fin énumère trop rapidement pourqu'on puisse tout lire) et on a envie de gigoter de marquer le rythme, de lever son verre, de gueuler à l'unisson avec les clients du Belgica (mais nous sommes tous, à cet instant, un peu clients du Belgica, non ?).
(A propos de musique, il est regrettable que tout ne figure pas sur le cd de la bande-originale (que j'ai écouté dès ce matin) notamment la fameuse fanfare de la bande-annonce (qui me reste encore dans les oreilles) et le morceau de générique de fin, qui m'a donné grave envie de gigoter. Fermons la parenthèse).
Oui, j'ai vraiment adoré ça.
Même si le discours peut, finalement, paraître (aux pisse-froid) moralisateur et convenu (Libé s'est livré dans ce genre à un exercice  appliqué -consciencieux- de dézinguage tous azimuths qui ne m'a donné que plus envie de le voir et de le défendre. Et de l'aimer. Même si, et je fais là un parallèle avec Apichatpongounet qui pourra sembler étonnant, je l'aime peut-être -sans doute- pour les mauvaises raisons. Mais ce ne sont pas les raisons qui importent, c'est juste le fait d'aimer.) on est transporté par, je le redis, l'énergie du réalisateur. Ce qui me plaît, ce qu'il me plaît de croire ou de comprendre (ou de ne pas) ce n'est pas forcément ce que le réalisateur y a mis ou a voulu y mettre. je n'ai jamais été très "bars" ni "musique jusqu'au bout de la nuit", ni on se bourre la gueule et on se dit qu'on s'aime, ni on se bourre la gueule et on se fout sur -la gueule, justement-, et pourtant je me suis senti là très bien. Et le film aurait pu durer une heure de plus que ça ne m'aurait pas dérangé, bien au contraire. (Et je me dis que ce qui coinçait un peu pour moi à propos d'Alabama Monroe c'était justement que la musique, là, ne me convenait pas. Ou me convenait moins. Alors que là c'était parfait. on s'en est pris plein les oreilles et je voulais que ça dure. Felix Von Groenigen continue de creuser son sillon avec obstination, celui du réalisme social (anti-social) bien gueulard, bien rugueux et alcoolisé -et enfumé-, mais il le fait sans démagogie populiste, simplement, avec juste sa (belle) sincérité.
Et ça me fait penser que j'adore le logo du Belgica, qui figurait sur l'affiche originale, plus courageuse -et lisible- que l'affiche française, et que je ne peux pas me retenir de vous montrer ici :

affiche_BELGICA

... mimi, non ? Et ça a d'ailleurs été décliné en matos publicitaire offert (je suis jaloux) aus spectateurs de l'avant-première (et/ou des projections de presse me semble-t-il). Et ça ressemble finalement assez au film : du rentre-dedans, certes, mais non dénué d'une certaine tendresse (même si mâtiné d'un certain irréalisme zoologique mais passons). Ce qui fait la force du film  (et qui nous y accroche  presque autant que la musique, c'est le... montage, (justement), et ce bel élan (re-justement) d'énergie qui ne se dément presque jamais. Le film progresse à flux tendu d'énergie, et le réalisateur fractionne et diffracte les instants pour faire en sorte qu'on ne lâche jamais.
Deux frangins, qui ne s'étaient pas vus depuis longtemps, le petit a un oeil fermé et est resté célibataire, tandis que le grand s'est marié, à un enfant, (bientôt deux) une maison, et les retrouvailles sont comme l'étincelle qui va foutre le feu au baril de poudre sur lequel il ne savait pas qu'il était assis (j'aurais pu mettre cette proposition au pluriel). A la trajectoire "classique" (grandeur et décadence d'un bar branchouille) du lieu répond la non moins classique trajectoire des destinées individuelles de chacun des frères et et celle du lien qui les unit. D'un côté la nuit la musique on boit on fume on sniffe on baisouille et de l'autre la réalité des flics et des banques, des notaires, les choix à faire par rapport à un style de vie (une situation familiale, affective), à la gestion d'un lieu (les utopies initiales "on ne sélectionne pas", "on laisse entrer tout le monde" évoluant lentement mais sûrement, au fur à mesure que se comptent les biffetons et que se multiplient les caméras.) Mais là, encore une fois, FVG emporte le morceau en ne s'appesantissant jamais, en s'attendrissant juste ce qu'il faut, en s'apaisant le moins possible... oui, en grandissant, en vieillissant, il arrive qu'on perde ses illusions, qu'on prenne conscience que c'en étaient (des illusions), ou qu'on continue juste à faire comme si.
Les deux frères sont incarnés par des comédiens "du cru",  Tom Vermeir et Stef Aerts, comme FVG a bien su jusque là les choisir, et ils sont exceptionnels, et c'est vrai qu'à côté les personnages féminins peuvent sembler légèrement affadis, face à la précision et l'intensité (la densité) de l'incarnation de ces deux fortes têtes (il me semble que c'est une des choses qui avait beaucoup déplu au monsieur de Libé). et le spectateur attentif qui aurait auparavant assisté à notre Semaine belge 2 (dont d'ailleurs ce film a failli faire partie, en avant-première, s'il avait été prêt) aura repéré, dans quelques scènes, Jean-Michel Balthazar, le gros boulanger malheureux de Je suis à toi de David Lambert que nous y avions programmé).
Le film n'aura pas eu dans le bôô cinéma vraiment la chance qu'il méritait : hormis une séance "normale" jeudi à 20h30, il faudra être rentier ou retraité pour le voir dans une des deux autres séances proposées (lundi 13h45 et mardi 10h!). En ce qui me concerne, je pense y retourner lundi après-midi, en compagnie, cette fois, de Marie...
Je referai peut-être un autre post sur le sujet, pour moduler/modérer cet enthousiasme (ou, quasi cette exaltation, je sais je sais, je m'enflamme...)
On verra bien. (et on écoutera, aussi).

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l'affiche française est plus... timide mais juste aussi (bien qu'elle induise un sentiment de teuf qui n'est finalement qu'un seul aspect du film...)



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lundi 21 mars 2016

troisième sous-sol (de l'élysée)

GAZ DE FRANCE
de Benoît Forgeard

Benoît Forgeard, Benoît Forgeard... mais où donc l'avais-je déjà vu, d'où donc le connaissais-je ?
... Grâce à all*ciné, j'ai retrouvé assez facilement.
De là :

les-lezards

Les lézards
, un court-métrage délicieux de Vincent Mariette (oui oui avec l'autre Vincent, Macaigne-chérichéri...)


(Je ne sais pas pourquoi, je le confondais avec Noel Godin, l'entarteur, alors que, non, rien à voir du tout...) revenons donc à ce GDF. Il s'agit somme toute d'un film théorique (vu après l'Orlando ferito de Dieutre, on pouvait ressentir une certaine continuité) mais cette fois davantage dans sa forme que dans son propos.
Dans un futur proche, le Président de la Répu (il s'appelle Bird) est en chute dans les sondages, son conseiller décide de réunir une cellule de crise pour trouver ce que le Président va bien pouvoir annoncer lors de l'allocution qui est prévue pour le soir-même. Bird est joué par Philippe Katerine, qui compose un président aussi hallucinant que plausible, et son conseiller par Olivier Rabourdin, en tout aussi grande forme. Hormis l'introduction et la conclusion, l'essentiel du film est donc un huis-clos censément dans les sous-sols de l'Elysée, où un certain nombre de personnages enfermés ensemble discutent, se disputent, supputent, se conspuent, concupiscent... L'atmosphère est quasi-nonsensique (c'est en cela que je le qualifierais de théorique : on se situerait quelque part entre Les Shadoks et Les dossiers de l'écran, avec une once de Monty Python et un doigt de Théâtre de l'étrange. (j'écoutais ça à la radio le dimanche soir dans mon lit et ça me faisait souvent fliper).
L'ambiance est certes davantage au sourire que devant Orlando ferito. Mais sans doute tout autant à la perplexité. (et c'est la notion de révolte qui fait le joint entre les deux, et celle de société du spectacle, aussi. Ou comment parler de presque la même chose avec deux formes antipodiales). Mais Philippe Katerine cristallise (ou infuse)à la perfection autour de son personnage le genre de folie froide qu'on lui connaît, et qui prête tout autant à sourire qu'à en avoir froid dans le dos, et c'est quand même  à lui  qu'on doit en grande partie les moments les plus forts du film.
Citons parmi les participants du huis-clos Philippe Laudenbach, ((re) vu très récemment dans Des nouvelles de la planète Mars, où il jouait aussi, coïncidence, un personnage en rapport avec un Président de la République) et Benoît Forgeard lui-même dans le rôle d'un super-ordinateur dernier modèle (si si!).
Le film déconcerte et décontenance, d'autant plus quand, comme moi, on n'en connaissait à l'avance que cette (magnifique) image

gaz-de-france-15

, au parfum de Franju (et Judex), et au fort pouvoir "hallucinatoire", mais qui s'avèrera n'être, encore, qu'une fausse piste... Le film pourrait se sous-titrer "variation sur les faux-semblants" -ou les fausses pistes- (ou, mieux, Quel leurre est-il ? Wouah je m'épate moi-même...), ce qui serait aussi une bonne façon aussi de résumer la vie politique, la fantasmée ou la vraie, en général.
Malgré ses faiblesses, ses baisses de régime (ses fuites ? hihihi), Gaz de France est un film attachant, culotté, et Benoît Forgeard un réalisateur dont j'ai, du coup, fort envie de voir les précédents courts-métrages. Merci donc, l'ACID!

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une affiche... impeccable!



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