mercredi 19 avril 2017

nourrir les bêtes

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CERTAINES FEMMES
de Kelly Reichardt

Sacrée belle journée de cinéma : après La Belle et la Bête, à 18h, on enchaîna, à 20h30, sur ce film par moi très attendu. Kelly Reichardt est une réalisatrice américaine dont nous avons programmé tous les films dans le bôô cinéma, depuis l'inaugural (mais j'ai appris par allocinoche qu'il y en a eu deux autres, avant, qui ne sont pas arrivés jusqu'ici)- et par moi très aimé- Old Joy (oh la jolie scène du bain...). Que ce soit en évoquant une vagabonde et sa chienne, des activistes écolos, un convoi de pionniers, elle réussit toujours à susciter l'émotion, par son acuité attentive, sa façon très personnelle de s'intéresser de très près au presque rien. Moins il y en a, et plus, justement, ça fait de l'effet. Poétique de l'infime.
(je suis tombé sur un ancien numéro des Inrocks où la dame se faisait interviewer par Bertrand Bonnello, qui se déclare amoureux de son cinéma, et où elle expliquait que, justement, elle demandait à ses actrices/teurs d'en faire toujours moins, d'en ôter, de réduire...)
Et ce film-là va tout à fait dans cette direction.
Trois histoires, mettant en scènes quatre femmes, trois récits simplement juxtaposés, mis bout à bout, montés cut, sans qu'on n'éprouve aucune difficulté à passer de l'une à l'autre. Sans transition. Dans le premier segment, une avocate (Laura Dern) est confrontée à un client malheureux, dans le second une mère de famille (Michelle Williams) convoite le tas de pierres d'un vieil homme, dans le troisième une demoiselle qui s'occupe seule de son ranch (Lily Gladstone) découvre les cours (du soir) de législation donnés par une jeune stagiaire (Kristen Stewart) et devient une de ses élèves les plus assidues.  (Lily Gladstone, c'est "la" révélation du film, et  elle avait pourtant fort à faire, vu ce que proposent ses trois copines en haut de l'affiche, mais c'est elle la plus touchante, simplement).
Quatre portraits de femmes, pour trois histoires, chacune avec son épilogue. Chacune me touchant de façon différente (je les aime toutes les trois) mais j'avoue que la dernière m'a scotché. Pourtant, je ne suis pas une fille, je ne m'occupe pas de mes chevaux, je ne vais pas aux cours du soir de législation, mais je me suis complètement identifié à ce personnage. A sa façon d'être, de procéder. D'être amoureuse, de désirer, mais sans que jamais rien ne soit dit. D'attendre. De cette façon de vivre pleinement, ardemment, des instants passés ensemble, des moments simples, jusqu'à ce que, à chaque fois on reste seul(e) dans la nuit en regardant les feux arrière de la bagnole disparaître. Oui je peux dire que je me suis reconnu.
Et j'ai adoré cette porosité des sentiments qu'induit le montage. A la fin de la troisième histoire s'enchaîne l'épilogue de la première. Auparavant la musique est venue, face au paysage, un moment suspendu, auquel succède sans transition le plan de la table avec les deux sacs de fast-food, et c'est juste le temps qu'il a fallu aux larmes pour monter de la scène précédente, mais l'émotion est parfaitement raccord. Et tout aussi intense.
Quatre femmes, une petite ville du Montana, l'hiver, la vie qui va, le temps qui passe. Et j'étais prêt, à la fin, à recommencer, et à reprendre le film depuis le début.
Top 10

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mardi 18 avril 2017

observation des plates-bandes

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lundi 17 avril 2017

gant qui fume

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LA BELLE ET LA BÊTE
de Jean Cocteau

Séance exceptionnelle à 18h, l'unique occasion de revoir sur grand écran et en copie neuve restaurée ce classique, soixante-dix ans après sa sortie. J'avais eu l'occasion, il y a quelques semaines, d'en faire une présentation, dans le cadre du dispositif Ecole et Cinéma, devant un groupe d'enseignants bienveillants. Seuls dix d'entre eux sont venus assister à cette séance pourtant gratuite et à eux destinée. Tant pis pour les autres, hein. C'était la première fois je crois que j'avais l'occasion de le voir en vrai, sur un grand écran, et ce fut l'occasion d'un genre de révision (ce que j'avais dit, ce que j'avais oublié de dire, ce que j'aurais dû dire) d'un film que je connaissais, pour l'avoir visionné maintes fois sur mon ordi, quasiment par coeur.
La restauration en est absolument magnifique, et rend grâce, enfin, à l'intensité du contraste (densité sublime des noirs) souhaitée par Cocteau et réalisée par le grand Henri Alekan.
Le fait de voir le film en intégralité, d'une traite, permet de percevoir des choses que la vision fractionnée occultait : combien, par exemple, la première partie (le "monde réel"), est drôle et joueuse (et le fait que le personnage joué par Michel Auclair y est pour beaucoup) et combien le fantastique (pourtant réalisé avec des bouts de ficelle) fonctionne toujours avec autant d'efficacité (je ne me lasse pas des séquences de l'arrivée de La Belle au château, cette sublime course au ralenti, et ce mouvement inexpliqué qu'elle a de se plaquer soudain contre le mur, toujours au ralenti, avant que d'entrer dans la chambre, (pour moi c'est  la quintessence même du cinéma, ces quelques secondes sublimissimes). Et j'adore tout autant les poses de Josette Day (mais a-t-elle, finalement, joué dans autre chose ?), ce mélange d'envie et de répulsion, de provocation et de soumission, traduit corporellement par des tensions, des ports de tête, des regards détournés. (j'avais écrit sur mon carnet "obliquité des pâmoisons"). Toute cette partie (dans le noir du château) reste toujours pour moi une perfection, un enchantement, une férie. Bon, certes, on peut ricanasser à la scène finale (l'érection -dzoïng!- du Prince Charmant, l'envol dans les nuées), mais ça reste un sacré beau moment de cinéma, y a pas à tortiller (ni à relever sa mèche en disant Quoi ?, comme le fait si bien Avenant / Jean Marais dans le film quand il est en colère...).

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dimanche 16 avril 2017

la dernière tentation du père rodrigues

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SILENCE
de Martin Scorsese

2h40 et quelques... des prêtres portugais au Japon en 1633... Scorsese... dimanche soir... mouais... Finalement j'y suis allé.
Le générique de fin est très reposant : uniquement des bruits de nature, oiseaux, ruisselet, insectes, etc. On l'a bien mérité. Avant c'est une autre paire de manches (de kimono ou de soutane ? hihihi). Et je dois me rendre à l'évidence (aïe! pas taper pas taper) je n'aime pas trop les films de Scorsese : ni les trucs de mafia, ni les trucs de bondieuseries, ni les trucs avec Robert de Niro, ni les trucs hollywoodiens... Allez, je garderais Shutter Island (parce que j'adore le bouquin), et After Hours (c'était juste avant de partir pour New-York),  en précisant qu'il y en a une flopée que je n'ai pas vus, parce que ça ne me tentait pas du tout (Casino, Kundun, Aviator, Hugo Cabret), et je déteste tout particulièrement Taxi Driver et Les nerfs à vif, allez donc savoir pourquoi.
D'abord j'ai été étonné par le monde qu'il y avait à cette séance... Plus de 20 personnes dans la salle 1 du bôô cinéma! Milagro! Même si le film dure des plombes, le projectionniste (taquin) ne nous  a pourtant pas épargné une demi-seconde de la première partie habituelle... on a eu tout, les pubs régionales, nationales mondiales, cosmiques, etc.
Nous voilà (enfin) partis dans le noir, avec les bruits de la nature (comme on les entendra sur le générique de fin, sauf que là ça s'arrête net et que sur l'écran s'écrit SILENCE, ce qui s'appelle un pléonasme visuel -ou, tout du moins, une redondance-). On enchaîne, pour se mettre en jambes, avec une séance de torture croquignolette à l'eau bouillante (mais goutte à goutte) prodiguée par des japonais ("très fourbes et très cruels" selon les habituels clichés) à des valeureux prêtres, en les enjoignant à abjurer leur foi en mettant leur pied sur jésus, que s'ils mettent juste le pied oui oui tout s'arrangera promis juré). Mais, c'est bien connu, les cathos sont bornés (hihi pas taper pas taper). Le valeureux prêtre en chef est joué par Liam Neeson, on le reconnaît pour l'avoir vu sur l'affiche de plein de thrillers pleins de testostérone musclée, même si on n'a pas vu les films en question. Et on se dit alors que, torture ou pas torture, couillu comme il est, (le Vin Diesel de la foi, pour donner une idée) jamais il ne va y mettre le pied comme on le lui demande avec insistance non mais...

Puis nous voilà au Portugal, dans le bureau d'un prêtre en chef, auquel font face deux prêtrillons (tiens Adam Driver, que j'ai adoré dans Patinson, tiens Andrew Garfield -j'ai retrouvé son nom à la fin, au générique- que j'ai adoré dans Never let me go, qui reste -inexplicablement ? - un de mes films préférés du monde), qui brûlent tous deux de partir en mission pour le Japon afin de retrouver le fameux Padre LiamNeesono, (dont de mauvaises langues colportent qu'il aurait abjuré sa foi), pour vérifier qu'il l'est bien resté (pieux)... Ce qui gêne, déjà, dans cette conversation, c'est que, c'est bien connu, tous les portugais parlent portugais... en anglais. Bon  admettons, désormais dans le film, quand ils parlent en anglais, ça veut dire qu'ils parlent portugais.
Les voilà partis, puis arrivés en Chine, où on leur trouve un passeur, bien amoché, sale puant et alcoolo, qui veut rentrer au Japon et les y accompagnera, en se défendant bien d'être chrétien, oh la la, pas du tout, Kichijiro, il s'appelle, il faut retenir son nom parce qu'on va le (re)voir pendant tout le film... Kichijiro, donc, les conduit à bon port, et là disparaît (il va passer tout le film à apparaître et disparaître). On fait la connaissance de villageois chrétiens clandestinement, car un épouvantable inquisiteur rôde et compte bien ratiboiser tous les chrétiens clandestins : hors du bouddhisme, point de salut.

Va ensuite (et pendant très longtemps) se livrer une grande bataille théologique, oecuménique, eucharistique, à propos de la religion, de la foi, de l'abjuration (de l'apostasie) et des différents moyens employés par le Big Inquisitor (bien entendu, très fourbe et très cruel) et de jusqu'où on peut aller en attendant que dieu se manifeste, à guetter son image et à écouter son étourdissant silence (bon, à la fin, quand même, Padre Andrewgarfieldo l'entend lui répondre, oui oui, juste comme dans Don Camillo, tout comme mais on n'est pas rassuré pour autant...).
Dans les 2h40, il ya quand même une bonne heure où Martinou tourne autour du pot divin (et, je dois le dire, les histoires de foi et de mysticisme m'emmerdent un peu, dans la mesure où je ne les comprend pas), dans ce qui reste, il y a une bonne dose de complaisance dans la représentation des supplices employés par les Japonais (plus fourbe et plus cruel, tu meurs), ce qui ne m'intéresse pas davantage, et  il reste donc, quoi ? Toutes les scènes de nature, qui sont absolument magnifiques (la brume, rien de tel pour vous transcender cinématographiquement n'importe quel paysage), les plans d'ensemble, sans gens, mais aussi la toute dernière partie, que je trouve plutôt très réussie, il faut le reconnaître, mais je ne peux décemment pas vous spoiler quoi que ce soit.
(Quand même redire l'importance de Kichijiro, qui s'en va et qui revient, un coup en l'air un coup en bas, entre la foi et la pas foi, un coup je crois, un coup je crois pas, un coup je dénonce et un coup j'implore la confession... Ce qu'on pourrait presque appeler un running gag.)
Donc on est content d'entendre les oiseaux sur le générique de fin, et on se dit que Martin S. aurait pu sans dommage s'amputer (enfin, son film) d'une bonne heure, sans nuire à la compréhension de couac ce soit (c'est exprès, oui oui pour éviter la répét'), et du coup on se serait couché une heure plus tôt.

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(et, tiens, c'est quand même Padre LiamNeesono qui est sur l'affiche, hein)

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samedi 15 avril 2017

certificat de naissance

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TRAMONTANE
de Vatche Boulghourjian

Un film inconnu au bataillon (enfin, dans mon bataillon), proposé par Hervé (à qui je fais confiance pour ce genre de suggestions, la preuve il avait une fois de plus raison). On n'était que deux dans la salle, à cette première séance de 13h45 dans le bôô cinéma, mais on avait tous les deux les yeux mouillés à la fin du générique...
Un jeune chanteur aveugle, qui doit refaire son passeport pour partir avec sa chorale chanter à l'étranger, découvre que sa carte d'identité est falsifiée, et, de fil en aiguille, que sa vie l'est tout autant. Que sa mère n'est pas sa vraie mère, et qu'il a été adopté peu après sa naissance. Sa mère lui avoue une part de la vérité, dans laquelle est impliqué son oncle Hisham, mais ledit Hisham a disparu, et le jeune homme va mener l'enquête seul afin de tenter de reconstituer sa propre histoire, d'apprendre le nom de ses parents, le lieu de sa naissance, et les circonstances exactes. Il va rencontrer différentes personnes, qui vont le renvoyer sur la piste d'autres personnes encore, chacune donnant "sa" version personnelle de l'histoire, démentie par la suivante, et les mensonges en chaîne ainsi s'accumulant...
Il sera question de la guerre (la "première" guerre du Liban), mais à mots couverts, obliquement, on saura seulement que l'oncle Hisham était un gradé et qu'il y a participé activement (le mots de massacre ne sera jamais prononcé, seulement suggéré).
C'est une idée forte du réalisateur que d'avoir confié à un personnage aveugle la tâche d'y voir plus clair dans cette sombre et poignante histoire de famille. et encore plus de le faire jouer par un vrai aveugle (et vrai chanteur et musicien, magnifique). Le film s'ouvre et se ferme par deux scènes, justement, de chant, la première à un banquet, pour des jeunes mariés (où l'on fait connaissance avec le personnage), et la dernière, lors d'un concert (où on s'apprête à le quitter, tandis qu'il fait le point, en quelque sorte, par le morceau qu'il a choisi d'interpréter, sur sa vie et sa propre façon de réagir sur ce qu'il a appris -ou pas-.
Et le film répond aussi, à sa façon, même si de façon très différente, à la question "C'est quoi, être un homme aujourd'hui à Beyrouth ? ", comme vient de le faire il y a peu le splendide Tombé du ciel, de Wissam Charaf, dont j'espère très fort qu'il tombera bientôt, justement, dans le bôô cinéma.
Et c'est bien de voir celui-là avant de voir celui-ci.
Chaudement (!) recommandé.

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vendredi 14 avril 2017

sans accent

trouvé ça

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regarder la vie tant qu'y en a

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ET LES MISTRALS GAGNANTS
d'Anne-Dauphine Julliand

Je l'avais déjà vu à Besac, et ça m'avait déjà beaucoup touché... Là, on le passait pour une séance unique dans le bôô cinéma, dans le cadre du Festival Diversité, en présence de la réalisatrice (qui avait préféré annuler les autres soirées prévues dans la région, pour raisons personnelles).
Et on avait donc un minimum d'appréhension, concernant la venue du public (ayant déjà été échaudés plusieurs fois dans ce genre de soirée par la faible mobilisation d'icelui). Mais le bouche-à-oreille, le relais des associations, les énergies personnelles investies(merci Zabetta) ont fait que les effots de chacun ont été récompensés : 150 spectateurs sont venus pour voir le film, les enfants qui y jouent (qui y vivent plutôt) et échanger ensuite avec la réalisatrice. Un petit bout de femme souriante, une brindille en apparence, mais dont on devinait la force au travers de son discours extrêmement posé, simple, touchant. Juste.
Tout à fait à l'image de son film.
J'avais déjà vu le film donc je savais les moments que j'attendais (la partie de cartes, la séance de jardinage) et ceux qui me faisaint toujours aussi mal (la scène du bain). Ils sont tous magnifiques, ces minots, mais j'avoue que j'avais (et j'ai toujours) un faible pour  Camille.
Camille est mort peu de temps après la fin du tournage, nous a appris la réalisatrice, qui nous a donné des nouvelles de chacun chacune (on ne les voit que pendant une heure vingt, mais ils vous impressionneent durablement).
Un film joyeux, énergétique, lumineux.

charles et imad

Charles et Imad

camille

Camille

ambre

Ambre

tugdual

Tugdual

 

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jeudi 13 avril 2017

gaz

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ZONA FRANCA
de Georgi Lazarevski

Dernier film (pour moi) de cette 6ème Semaine Latino, et troisième film chilien de la sélection.
Un documentaire sur la Patagonie (avec des images magnifiques de ses "mêêêrveilleux paysages " -comme on dit dans les files d'attente du FICA- , j'ai l'air de plaisanter mais c'est vraiment le cas cette fois, les paysages sont vraiment époustouflants) et de ses habitants aussi, dont le réalisateur nous présente quelques spécimens : chercheurs d'or, routiers, gardienne, qu'on suivra et retrouvera tout au long du film,  sans oublier les touristes, dont l'afflux semble considérable (et qui sont une des principales sources de revenus pour les autochtaunes de là-bas...) et constant.
Je regrette juste (mais le réalisateur n'y est pour rien) d'y avoir, hélas,  pas mal dormi (et ce, dès le début) puisque je n'ai même pas réussi à capter "en vrai" cette image que j'ai utilisée sur la couverture du dépliant de cette Semaine.
Un film dépaysant, mais en même temps ancré dans une réalité socio-économique très contemporaine (il y est longuement question des remous provoqués par l'annonce de l'augmentation du prix du gaz).
Et, un peu penaud, je terminerai sur cette fameuse image (et ainsi, la boucle latina sera bouclada pour cette année).

Zona Franca : Photo

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mercredi 12 avril 2017

téléphone

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CHRONIQUE D'UNE VIE... CRONICA DEL FIN DEL MUNDO
de Mauricio Cuervo Rincon

(Le distributeur a expressément insisté pour que soient mentionnés les deux titres (en français et en español) alors que le générique du film indique juste "Chronique de la fin du monde".)
Le genre de film pour lequel j'éprouve beaucoup de sympathie (parce qu'il sait allier la simplicité de son propos à la rigueur de son budget, mais surtout parce qu'il sait rester parfaitement à hauteur de son thème.)
Un vieux bonhomme, qui n'est pas sorti de son appartement depuis vingt ans, attend la fin du monde, selon les prophéties mayas (le film date de 2012, où elles étaient alors furieusement d'actualité). Pour passer le temps, il en profite pour téléphoner à tous ceux qui l'ont emmerdé dans savie, et leur dire ce qu'il pense d'eux. Ce vieux ronchon a un fils, qui est son seul lien avec l'extérieur (non seulement il lui apporte ses courses et vient lui préparer une tisane en pleine nuit quand le papa se pique des angoisses, mais il lui fait visionner des trajets automobiles filmés avec son téléphone - détail qui ne pouvait que me sembler extrêmement sympathique, ceux qui me connaissent comprendront!-). ce fils a une femme et un très jeune enfant, et aussi un copain avec qui il boit régulièrement des bières et duquel il joue les soutiens, un peu comme il le fait pour son père.
Et tout ce monde attend la fameuse fin du monde.
Et c'est tout ?
Oui, c'est tout, mais, comme je l'ai déjà dit, ça fonctionne très bien. Un  film qui parle (et téléphone) beaucoup, et qui saura, avec vaillance et obstination, tenir sa note jusqu'à la fin. Des gens, simplement, avec leurs angoisses leurs colères leurs espoirs et leur déceptions, dans un petit théâtre intime colombien (la caméra n'ira dehors que très peu.) très juste, plus drôle (j'ai beaucoup souri et même ri) que ce que le résumé aurait pu en faire croire. Du cinéma en appartement, donc, qui en raconte plus qu'il ne veut bien le dire...
Très plaisant.

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mardi 11 avril 2017

chasse au sanglier

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CITOYEN D'HONNEUR
de Mariano Cohn et Gastón Duprat

Un film brillantissime (le genre où je jubile d'un bout à l'autre), par le tandem de réalisateurs qui nous avaient offert le déjà drôle et grinçant L'homme d'à côté.
Un écrivain argentin nobélisé, qui a fui son village natal  40 ans plus tôt pour s'installer en Europe, se voit proposer d'y retourner quelques jours pour en être nommé "citoyen d'honneur", avec tout le florilège de cérémonies, commémorations, conférences, inaugurations, embrassades et interviews qui vont avec. Des retrouvailles "officielles" en grande pompe, donc, et en toute fausse simplicité (le personnage est quand même présenté dès le départ comme assez puant, et aime bien se la jouer "grand homme qui a su rester simple".) comme un engrenage dans lequel il accepte de mettre son doigt (manucuré, on l'imagine). Mais qui dit engrenage...
Il a fini par accepter l'invitation, et débarque donc à Salas, le fameux village. Enfin, d'abord à l'aéroport où "on" vient le chercher -en toute discrétion- pour l'y conduire, mais le "on" en question va avoir quelques problèmes mécaniques, et l'arrivée ne se fera pas du tout aussi discètement que prévu.
Le calendrier de notre homme est bien rempli, pour ces quatre jours, d'autant plus qu'il va y avoir affaire à son passé (tous ces gens qu'il laissa quarante ans auparavant, et dont on apprend qu'ils furent l'unique source d'inspiration de ses différents bouquins) il va se les (re)prendre de plein fouet, et devoir y faire face, l'un après l'autre, entre bonne figure et grise mine. La condescendance qu'il éprouve tout d'abord envers "ces ploucs" (personne ou presque ne semble trouver grâce à ses yeux) va évoluer subrepticement vers autre chose, dans un récit que les deux réalisateurs mettent en place et fragmentent avec beaucoup d'intelligence. Le film, comme son personnage principal, avance masqué, et le spectateur est tiraillé, chatouillé, forcé de modifier constamment sa mise au point, d'ajuster son regard, sa façon de voir, au récit qui louvoie et sinue. Je parlais d'engrenage, on pourrait tout aussi bien dire mécanisme, tant tout ça est diaboliquement construit. jusqu'à une très habile scène finale qui pourrait tenir de la pirouette ou du salto arrière (ça dépend de l'agilité -mentale- du spectateur) tant elle vous oblige à vous triturer rétrospectivement les méninges.
Ce citoyen d'honneur est d'autant plus attachant qu'on fonde au départ très peu d'espoir sur lui, et qu'il va évoluer au fil de l'histoire qui nous est contée (ça, il ne faudrait jamais le perdre de vue) pour tenter de nous démontrer qu'il n'est pas le fieffé salaud que d'aucuns ont pu penser.
C'est minutieusement construit, c'est drôle, c'est grinçant, et c'est réjouissant pour le spectateur de voir comment, plus le film avance et plus les choses vont de traviole (plus on s'immerge, comme notre "héros", dans la cambrousse, dans le passé, dans la paranoïa, voire dans l'épouvante) et que, finalement, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Mais peut-être que si.
Car il sont très forts, ces deux-là, à réussir à nous faire rire aussi intensément qu'ils peuvent nous faire flipper, ou nous surprendre, ou même nous émouvoir (le départ pour la chasse au sanglier). Un film très superlatif, en somme.
Très recommandable, donc.

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