dimanche 28 février 2016

rétablissement

Oui, encore un  (j'adore ces emballements).
Celui-ci m'est parvenu par ricochet, pour ainsi dire. j'étais allé récupérer ma clé chez Isabelle, Olivier -son mari-en me la rendant m'a dit "je t'ai mis des trucs dessus..." J'ai donc commencé à écouter les trucs en question. j'ai passé rapidement le premier qui ne m'a pas emballé du tout, et je suis passé au suivant, dont le nom me disait quelque chose, sans forcément me titiller les endorphines plus que ça... GET WELL SOON, oui, Momo m'en avait parlé il y a quelques temps déjà, en même temps que deux ou trois autres groupes que j'avais commencé à écouter et qui ne m'avaient pas emballé  plus que ça (IRON AND WINE, THE MISERABLE RICH, me semble-t-il...) et peut-être n'avais-je alors même pas écouté le petit dernier en question.

Et là voilà qu'il me revient, par la tangente, et donc je le mets dans mon lecteur et, et, et... je dresse l'oreille dès le premier morceau... puis le suivant, et le troisième
et je trouve ça ma-gnif-fi-que! J'écoute l'album en entier, puis je le réécoute et en même temps je fouine, d'abord sur le ouaibe, j'apprends qu'il s'agit d'un groupe allemand, ou plutôt d'un faux groupe puisqu'il s'agit d'un monsieur tout seul,  Konstantin Gropper, qui fait tout, écrit, compose, et joue de tout. Et en fouillant dans les entrailles de mes documents, je me rends compte que j'ai déjà "par-devers moi" les trois premiers albums de GET WELL SOON... Que je mets donc en file d'attente dans mon petit lecteur.
Vérification faite, j'ai donc pratiquement tout, il ne me manquerait qu'une série de quatre vinyles édités en 2014 (comprenant notamment des reprises de Always the sun (des Stranglers) et de... Careless whisper (de Georges Michaels), réédités tous ensemble réunis dans un "best of" qu'on peut acheter légalement en téléchargement sur amaz*nuche, et que je vais donc acheter pour 9,99€.)

 De la belle musique à se mettre dans les oreilles... un beau dimanche donc, et merci Olive!

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jeudi 18 février 2016

plouf

MY HEART BELONGS TO YOU
par O
(Olivier Marguerit)

Un disque sur lequel je suis tombé complètement par hasard, et que j'ai d'ailleurs eu en ma possession avant de savoir ce que c'était... Le monsieur en question est un poly-instrumentiste qui est déjà intervenu dans plusieurs groupes, avant de se lancer ici en solo. Le premier morceau, L'odeur du coton, me plaisait déjà bien, et, puis, en ré-écoutant l'album et ré-ré- encore, je suis tombé en arrêt devant celle-ci, My heart belongs to you, en partie parce qu'on y trouve un petit clavier tremblotant qui m'a fait fort penser au Rock Bottom de Robert Wyatt, disque que je chéris depuis des lustres...
Un disque "à thème" (la rivière, plonge dans l'eau, un torrent la boue) et qu'on peut justement ré et ré-écouter encore tellement il est riche et qu'on y découvre des choses nouvelles à chaque écoute. Même si la voie est un peu kéké, même si les textes sont parfois un peu naïfs, même si... c'est la fragilité de l'ensemble qui le rend encore plus émouvant.  Il y a quelque chose de fascinant dans la richesse des arrangements, la succession des climats, des différentes "époques" de chaque chanson.
Et donc j'adore My heart belong to you.
Je suis allé fouiller sur le ouaibe, et, ô joie, le monsieur revendique justement son goût pour Robert Wyatt, rosit quand on le complimente d'avoir comme Albin de la Simone plusieurs arcs à sa corde, et dit son souhait de faireune disque avec Sufjan Stevens... très très recommandable, vraiment ce jeune homme...
Il précise aussi :

- Et quelle est l’histoire de My heart belongs to you ?
- Olivier Marguerit : En fait, c’est le seul morceau où je me suis dit qu’il manquait quelque chose sur ce disque. Il manquait quelque chose de léger, une pop song. Je trouvais mes morceaux un peu compliqués et il me fallait quelque chose de léger dans l’architecture de l’album. Je me suis dit qu’il fallait quelque chose qui roule. J’avais cette chanson dans ma besace et je voulais la produire. J’étais obsédé par l’album Wish de The Cure à l’époque où j’ai enregistré ce disque. Je me suis dit que j’allais lui donner ce coté là. Je voulais lui donner un coté  The Cure un coté léger et souriant mais qui pleure en même temps. Je voulais vraiment faire une pop song jolie. Cette chanson vient de cette envie là. 

(l'interview en entier est )

pop song jolie, léger, souriant, mais qui pleure en même temps... oui oui, moi en l'écoutant je l'avais qualifiée de gracieux, d'élégant, et j'en redemandais... j'ai bien du l'écouter 50 fois hier...)

o pochette

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mardi 2 juin 2015

matterhorn

DEPT OF DISAPPEARANCE
de Jason Lytle

Quand Gigis m'a mentionné hier le nom de ce monsieur, dimanche, ça ne m'a fait ni chaud ni froid et j'ai demandé qui c'était. "l'ex leader de Grandaddy" m'a-t-il répondu, et que," oui, ça sonnait comme du Grandaddy", en réponse à ma seconde question. Je me souvenais d'avoir plusieurs "vrais" disques de Grandaddy, de les avoir écoutés et aimés il y a quelques années déjà...
J'ai donc mis le disque de ce Jason Lytle, branché le casque sur l'ordi, et hop c'était parti. Au début, je dois le reconnaître, j'écoutais ça poliment, en faisant autre chose, j'ai reconnu la voix du monsieur, et les guitares jolies, et les ambiances planantes, et les harmonies vocales, et les synthés vintage qui font parfois coincoin et d'autres fois glouglou, et je me suis progressivement laissé envahir par cette écoute. Hmmmm mais c'est vachement bien, me suis-je dit à la fin, et j'ai réécouté le disque une seconde fois, et là, hop, j'étais en plein dedans, avec stupeur et ravissement. Les poils dressés et les larmes aux yeux, oui oui ça ne trompe pas. Incontestablement, un signe de reconnaissance, ce monsieur-là fait partie de ma famille. Bienvenue Jason!
Un disque qui parle à la fois de montagne (Matterhorn, Alpes) et de disparitions + les fignolages vocaux sublimes, ça m'a rappelé un autre disque du même tonneau (sylvestre et neigeux), l'Everest de Girls in Hawaii, une autre magnifique et bouleversante découverte idem, from Gy encore une fois (était-ce Régis ou Emma ?). Oooh c'est bien d'avoir des amis qui aiment la musique (sourire jusque derrière les oreilles, avec les joues roses de reconnaissance)...
J'ai donc été rechercher mes albums de Grandaddy, (j'en avais 3), pour les réécouter dès que possible (c'est dur de faire les choses l'une après l'autre, j'aimerais tout écouter en même temps) et vérifié aussitôt sur le ouaibe ce qu'il me manquait de ce monsieur (c'est son deuxième album solo, j'ai donc commandé le premier illico).

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l'album

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j'ai appris par la même occasion qu'il y a juste un mois, il avait fait un concert à Clermont...

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...et voilà le monsieur (j'aime assez le look bûcheron, en plus...)

 

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samedi 2 mai 2015

concombre, banane et tofu

CUCUMBER
de Russell T. Davies

C'est une série british que j'ai découverte il y a peu de temps, et dévorée en aussi peu de temps ou presque. Ça doit être dans les inrocks, un article sur les gays dans les séries... et un encart grisé m'avait attiré l'oeil "Cucumber, la série pansexuelle"... Mmmmh diante, qu'est(ce donc ? Je fouine donc sur le web (j'essaie d'abord honnêtement mais ce n'est même pas la peine...)
Il y a donc, huit épisodes, c'est une série british, dont le héros est un quarantenaire pédé, qui vit avec son compagnon (un vieux couple presque sans histoire sauf que son copain souhaiterait qu'ils se marient, mais lui, surtout pas.)
Dès le premier épisode (dès la première scène!) j'étais séduit. Hilare et conquis. Henry (c'est le héros) fait les courses à la supérette du coin, et, en poussant son caddie, il fantasme sur tous les mâles qu'il croise, en nous expliquant que des sexologues ont étbli un classement de la dureté des pénis en 3 groupes :1) le tofu (c'est le mou-mou)
2) la banane (on devient plus ferme)
3) le concombre (cucumber du titre) là c'est le plus dur, et d'illustrer lascivement ces 3 notions en les mettant en image (le tofu fait flotch quand le mec du rayon fromage lui tranche et lui sert sa portion, la banane est épluchée et dégustée par un jeune homme appétissant, et le concombre est frappé virilement dans la main par un autre jeune homme encore plus appétissant...)

On va donc suivre les aventures de Henry, de Lance (son boyfriend). Et des autres, autour. Henry et Lance s'aiment, vivent ensemble, mais sont un "vieux couple". Une certaine soirée va apporter comme un vent de folie sur leur histoire... J'ai regardé les 3 premiers épisodes sans encombre, et plutôt avidement. Le personnage d'Henry me plaisait énormément, sa presque cinquantaine, son indépendance, son désir permanent, son peu de goût pour la pénétration, et je suivais donc ses -leurs- aventures, quand, au 4ème épisode, me  semble-t-il, les choses ont commencé à se gâter : les sous-titres étaient, au bout d'un moment, un peu décalés, puis encore un peu plus, puis affreusement, et je passias mon temps à titiller la flèche pour essayer de les re-synchroniser. Mais ça me plaisiat tellement que je voulais vraiment voir la suite...
Le 6ème épisode est une énorme baffe, et vous oblige à reprendre votre respiration, à reconsidérer les choses sous un angle nouveau. J'ai regardé vite le 7ème et là... tout s'arrête

Le huitième épisode n'était pas, allez savoir pourquoi, disponible. Nulle part (j'ai pourtant effectué des recherches poussées), ne trouvant que des liens morts, ou des fakes, ou même rien du tout.
Je suis donc allé sur amaz*n, et là, ô bonheur, non seulement la série existait en dvd, mais un mec la vendait pour quasiment trois fois rien. Oh joie ineffable! Je commande, je le reçois assez vite (merci le gentil vendeur) et je peux enfin regarder à quoi ressemble ce fichu dernier épisode!
Le seul petit détail est que, s'il y a bien des sous-titres , ils ne sont qu'en version "anglais pour les malentendants". Ca ne m'a pas dérangé outre mesure, mais ça oblige à être très attentif.
Bon, il semblerait qu'il n'y aura pas de Cucumber saison 2, mais ça n'est pas une raison d'être triste (le dernier épisode est très très bien fichu, je trouve...)

Un bijou, cette série (si on aime les histoires de gay, bien évidemment) moins idéal(ist)e que Looking, plus terre-à-terre, moins bien peignée, plus bloody fucking british, à consommer comme le tea (ou le gin) : sans modération. (et en plus, ça vous fait un légume supplémentaire par jour! hihihi)

Cucumber - Cover
la jaquette...

Cucumber - Inside
la fanfare...

Pour la petite histoire, le monsieur qui a écrit Cucumber a créé en même temps deux autres "séries" qui vont avec : Banana, un format plus court (26'), qui est un genre de spin-off mettant en scène des jeunes gens qu'on voit aussi dans Cucumber, mais de façon indépendante, et Tofu, un format encore plus court (10') où, simplement, des gens, comme vous et moi (des acteurs de la série et d'autres) parlent de leur sexualité. Il y a peu de chances qu'on puisse voir ça un jour en France! Banana existe en dvd, mais pas Tofu

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samedi 4 avril 2015

mes épaules mes épaules mes épaules

UN HOMME
Albin de la Simone

Un autre disque qui a une histoire ; Emma me l'avait recommandé et en rentrant je m'étais rendu compte que je l'avais déjà sur mon ordi (je suis avec la musique comme les écureuils avec les noisettes avant l'hiver, je stocke j'accumule j'entasse je thésaurise) ,  j'avais donc  écouté la chose, et je m'étais arrêté assez vite à cause de la voix du chanteur, qui ne me convenait pas. Trop chétive, trop petite ("pas balèze" il le dit lui-même à propos de ses épaules). pas mon truc pensé-je. J'ai même fini par l'effacer, carrément, un jour de ménage informatique. Fin de l'acte I.
A Clermont, chez Marie-Pierre, un soir, au moment de la tisane post-films et pré-nuit, elle va mettre un disque. Et, allez savoir pourquoi, un truc m'attire soudain l'oreille, ce refrain "mes épaules mes épaules mes épaules" puis un autre texte ce "comment allez-vous faire foutre" et encore un autre, sans que cette (petite) voix m'évoque quelque chose de connu. Un disque très agréable, qui s'accorde parfaitement avec le moment (marie m'a d'ailleurs laissé quelques instants, pour aller dire bonne nuit à sa fille) et quand elle revient, je lui demande qui c'est (je le prends alors pour un autre chanteur français) et lui demande si elle peut remettre "mes épaules". Ca me plait vraiment, cette voix modeste, ces textes qui pourraient passer pour anodins si on n'y prend pas garde, et ces orchestrations raffinées, élégantes. Classieuses.
Rentré de Clermont, je cherche sur mon ordi, vérifie que je l'ai effectivement effacé, me lamente et me désespère, puis envoie un mail à Emma pour lui dire le plaisir de ma (re)découverte, et m'aperçois alors avec plaisir que je peux le récupérer assez facilement (et que l'écho critique pour cet album a été plus que louangeur). Donc je le réécoute en boucle (et avec grand bonheur), je suis allé fouiner sur le ouaibe et youtioube pour dénicher des versions live (le jeune homme est adepte du dépouillement) de ses chansons (ou d'autres, je suis tombé sur un Vertige de l'amour plaisamment plaisant), de ses clips (découvrant l'agréable physionomie du jeune homme, sa jolie barbe de trois jours dans le clip de Mes épaules). J'aime tout l'abum, mais il y en a quelques-unes que j'adore tout particulièrement, notamment celle-ci où je me reconnais tout particulièrement :

Un jour la vie est belle un euphorie nouvelle
Pour un oui pour un non tout va bien pour de bon
Un jour je suis croyant végétalien pratiquant
Plus de sel ni de pain, plus de lait ni de vin

Un jour je m'exaspère j'ai pas les mots je les perds
Je trépigne, je m'égare
Un jour je ressemble à mon père


C'est la crise c'est la crise
Qui m'épuise rien à faire
C'est la crise c'est la crise
Qui s'éternise on va s'y faire

Un jour je donne, je donne, je donne, je donne
Le cœur sur la main, sur le cœur
Un jour je parle fort à raison et à tort
Je m'emballe, je digresse,
Je m'affale et vous délaisse

Un jour je broie du noir
Miné par mes déboires
De la veille et de l'avant veille
Et tout à coup tout m'émerveille

C'est la crise c'est la crise
Qui m'épuise rien à faire
C'est la crise c'est la crise
Qui s'éternise on va s'y faire

Un jour je n'y crois plus pas le coup pas un clou
Moitié plein moitié bu tout est flou tout est fou
Et toc un coup du ciel à nouveau la vie est belle
Pour un oui pour un non tout va bien pour de bon

C'est la crise c'est la crise
Qui m'épuise rien à faire
C'est la crise c'est la crise
Qui s'éternise on va s'y faire
C'est la crise c'est la crise
On va s'y faire

Et je trouve que, finalement, c'est encore plus fort, cette petite voix fluette, pour faire ressortir la beauté, l'amertume parfois, le "double-fond" de ces chansons. Cette apparence en demi-teinte ("sans faire de bruit sans faire de vagues", comme avait écrit Manset pour Gréco.) Une autre approche de la notion de virilité, terriblement séduisante. Addictive. (merci Emma, merci Marie-Pierre!)

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vendredi 3 avril 2015

baxter, dury baxter

Baxter-Dury-Pochette-Its-A-Pleasure

C'est Emma qui me l'a fait découvrir. elle m'avait filé son dernier disque. Je ne l'ai pas écouté tout de suite. Mouais, le fils de Ian Dury (and the blockheads) -le papa de "sex drugs and rock'n'roll - ça ne me disait pas plus que ça (bien que je n'aie jamais vraiment écouté son père, juste en entendu parler), les "fils de", ça ne m'intéresse pas particulièrement.
Et puis un jour, accidentellement, j'écoute un morceau "Pleasure". Ouaaaaaah! Ca m'accroche l'oreille iliico. Puis un second "Police", rebelote. Il y a cette voix très très british, ces textes mi-chantés  mi-dits, ces coeurs féminins nanana wapdoowap à la B52 (B26 plutôt puisqu'il n'y en a qu'une, de choriste), ces orchestrations minimalistes, pour un résultat souvent irrésistible et délicieusement addictif.
Il y a un côté... malingre, très touchant chez Baxter Dury (comme dans ces pubs en petits caractères dans les années 60 pour les appareils de muscu pour les gringalets) le petit mec qui est complexé parce qu'il a des tout petits bras mais qui veut quand même aller draguer les meufs sur la plage... Un côté un peu ado aussi, à ressasser des comptines mélancoliques (ou douce-amères) mais habillées synthétique sautillantes en espérant qu'un jour on va finir par grandir... Un côté dandy mélancolique un peu provoc' un peu jmefoutiste (il se revendique fils spirituel de Gainsbourg) qui bref donne furieusement envie de le voir sur scène. Et last but not least un suggestif côté cockney.

("Le terme cockney désigne les Londoniens issus de la classe ouvrière et habitant l'est de la ville, ainsi que leur argot. Selon la tradition, ce mot qualifie, au sens strict, ceux qui pouvaient entendre sonner les cloches de Bow, c'est-à-dire les cloches de l'église St Mary-le-Bow." Wikipedia)
Mmhhh... oui, c'est ça, le côté prolo, canaille, britton, la peau blanche, les murges au pub, les virées du week-end, l'odeur du fish and chips, la bière, l'argot les filles

Et -ô joie- en fouillant dans mon ordi je me rends compte que j'avais aussi son précédent album depuis des lustres "il y a longtemps" m'informe wind*ws), sans jamais l'avoir écouté! Ô délices! Ô félicité!

Baxter-Dury

- Existe-t-il un personnage “Baxter Dury” ?
- Je crois qu’il a grandi avec les années, avec la perception que les gens ont de moi et qu’il est en train de se transformer. Tu as en face de toi une version plus sexuelle, plus “fashion” de Baxter Dury. Ce n’est pas intentionnel, mais je crois que je donne en France l’image d’un Anglais gainsbourgien, un peu tordu. Un type avec une tête de patate grisâtre qui fait des remarques sexuelles entre ses chansons (rires)… L’existence de ce double facilite les choses sur scène : ça me fournit un costume dans lequel entrer. Je sais désormais comment réagir, quoi dire, comment bouger mes épaules quand je reçois un soutien-gorge en plein concert. Quand tu montes sur scène, quoi que tu joues, quoi que tu portes, il faut te séparer de ton toi “normal” pour devenir autre chose. C’est en plus la seule manière de s’amuser vraiment…
(Les Inrocks)

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lundi 30 mars 2015

le sholem du shammès

LE CLUB DES POLICIERS YIDDISH
de Michael Chabon

club des policiers yi

" Une réussite, comme si Raymond Chandler et Philip K. Dick avaient fumé un joint en compagnie d'Isaac Bashevis Singer... "New York Review of Books.

Je viens de le terminer, et c'est comme de dire au revoir à un vieux pote. Ce (gros) bouquin a une histoire. Zabetta me l'avait donné, il y a quelques années, parce qu'elle n'arrivait pas à le lire, et moi, justement, j'en avais très envie. Je l'avais commencé, je trouvais l'écriture magnifique, mais très dense. Trop, sans doute. Et comme la jubilation que me procuraient ces phrases ne me suffisait pas, j'ai dû le reposer un instant. Et l'instant a duré (quand on pose les livres, des fois, c'est juste que ce n'était pas le bon moment.) Et je suis -volagement- passé à autre chose.
Et, avant de partir en Inde, (juste avant), j'ai cherché quel bouquin je pouvais y emmener (non non non je ne veux pas de liseuse! Je veux un truc, en papier, avec une couverture en carton et des pages qui se tournent), et, après avoir passé en revue les étagères de ma bibliothèque (que les rayons des "poches"), au crible de mes critères de choix : un bouquin assez gros, pour qu'il me dure les quinze jours, mais pas trop "dur à lire", un truc plaisant, avec un héros qui me plaise, peut-être un polar, ou bien pourquoi pas de la s-f... et j'ai soudain repensé à lui, que j'ai trouvé rangé au rayon des 10/18, m'attendant patiemment entre Jorn Riel et Stephen Mc Cauley -non non je ne range pas par ordre alphabétique-. Hop donc! le voilà dans mon sac! (J'avais pris aussi un recueil de nouvelles de Stephen king que j'vais mis dans ma valise, mais il a souffert de certaines conditions atmosphériques plus qu'humides entre les aéroports de Lyon et Istanbul -neigeuses, les conditions- juste au cas où, mais celui-là je ne l'ai pas ouvert du tout, je l'ai juste fait sécher.) Sac où il est resté... un certain temps, avant que je ne l'ouvre : la journée, je n'avais pas le temps, et le soir, hop! je tombais comme une masse, mais, qu'importe, je le transportais partout avec moi, comme une relique.
J'ai quand même fini par le commencer, au bout de presqu'une semaine (il m'en restait encore autant à voyager), et je me suis replongé dedans ; je me souvenais très bien du début : un flic juif -en Alaska- tombe sur le cadavre d'un mec, avec une balle dans la nuque, devant un échiquier où une partie est en cours, dans une chambre de l'hôtel miteux qu'il habite lui-aussi. Un vieux flic, plutôt alcoolo, désabusé, le genre de personnage qui m'attire (dans la famille des Harry Bosch, des Matt Scudder, ces privés que la quatrième de couv' qualifie généralement de "cabossés", ces durs-à-cuire mais avec un coeur gros comme ça à l'intérieur) j'ai donc recommecné à zéro, et j'ai continué, essayant de me rappeler jusqu'où j'étais allé la première fois..
Lui, donc, c'est Meyer Landsman. Et il va donc commencer à enquêter. sauf que, cette histoire de juifs en Alaska, si, la première fois ça m'avait vaguement fait dresser l'oreille ("Tiens, je ne savais pas qu'il y avait une importante colonie juive du côté de Fairbanks...") mais pas plus, cette seconde fois, je me suis un peu plus questionné quand même. Et j'ai appris que, si ce bouquin est vraiment un polar, il a néanmoins gagné trois prix énormes qu'on n'attribue en principe qu'aux romans de science-fiction. Tiens donc, et pourquoi ? parce qu'il s'agit d'une uchronie.

(un blanc dans le cerveau de l'auditoire, suspendu à mes lèvres ?). Mais si, comme Pavane de Keith Roberts (en roman) ou, plus facile Inglorious bastards de Quentin T., au cinéma. Un univers qui a commencé comme le notre mais où, à un moment, un événement s'est (ou ne s'est pas passé) ce qui fait que ça a continué pas exactement comme ça a continué chez nous. Ici, ça a bifurqué tard, en 1946 :

- Dans «Le Club des policiers yiddish», vous imaginez que les juifs, dans les années 40, n'émigrent pas en Israël mais en Alaska. Comment l'idée vous est venue d'installer l'Etat juif dans cette région glaciale?

- En 1940, le Secrétaire à l'Intérieur de Franklin Roosevelt, Harold Hickes, a proposé, pour des raisons humanitaires, de permettre aux réfugiés juifs en provenance de l'Est de s'installer dans certaines parties de l'Alaska, qui était encore un territoire, pas un Etat. Il y avait aussi un intérêt économique, les Etats-Unis cherchant de la main d'œuvre pour exploiter les ressources de la région. Bref, Roosevelt s'est intéressé quelque temps à cette nouvelle Frontière dans le nord-ouest et une loi a été proposée au Congrès pour créer ce refuge. Le projet n'a finalement pas été retenu, mais j'ai imaginé les conséquences de la chose, si la loi était passée.

- Le monde que nous connaissons n'aurait jamais existé...

- Non. Parce que des millions de juifs auraient été sauvés, et auraient immigré aux Etats-Unis. L'Allemagne n'aurait pas été obligée de consacrer autant de moyens, en hommes et en matériel, pour tuer les juifs. Ils n'auraient peut-être pas perdu la guerre contre la Russie, parce que les soldats allemands, affectés dans les camps, auraient pu être déployés sur le front de l'Est. La guerre, du coup, aurait sans doute été plus longue, et les Etats-Unis auraient été obligés de lâcher une bombe atomique sur Berlin en 1946. Quant à Israël, il y aurait eu moins de pressions, après la guerre, pour la création de cet Etat, car les Etats-Unis ne se seraient pas sentis aussi coupables de n'avoir sauvé personne. De toute façon, en 40, Eleanor Roosevelt et Harold Ickes étaient les seuls à se préoccuper des juifs. Le secrétaire d'Etat de l'époque ne voulait rien entendre.
(extrait d'un entretien avec Michael Chabon)


Donc, pas d'Israel dans cet univers-là, mais des millions de juifs entassés dans le district de Sitka (oui oui, ça, par contre, ça existe en vrai). Je reviens donc à mon privé, Landsman, qui va donc mener l'enquête avec son cousin Berko (un autre dur-à-cuire cabossé, lui aussi, moitié juif et moitié indien) et sous la supervision de Bina qui est son supérieur hiérarchique mais aussi son ex-femme. Rajoutons que tout le monde est un peu nerveux parce que l'attribution des territoires alaskais avait été faite pour une durée limitée dans le temps, et voici qu'est arrivée ou presque l'heure imminente de la rétrocession...
En même temps que Landsman poursuit son enquête, le lecteur le suit, le découvre, s'attache à lui, et découvre aussi progressivement  l'hstoire de ce district de Sitka, à travers les personnages que Landsman rencontre et contre lesquels son enquête rebondit. La perception de la personnalité du mort, notamment, évolue sans cesse au fil du roman. Il sera beaucoup question de juifs, certes, mais aussi d'échecs (le jeu). Tout ça est d'une richesse et d'une virtuosité incroyables. Landsman, son cousin, sa soeur, son ex-femme, son père, une chronique familiale intense, touchante, solide, drôle, émouvante...
Car ce qui caractérise ce bouquin, à part le fait qu'il soit une uchronie déguisée en polar,  encore plus que son intrigue touffue (qui, vous vous en doutez va se ramifier de plus en plus jusqu'à déboucher sur... non non je ne vous dirai pas quoi) c'est la qualité de son écriture, son style, son humour -à froid- : ça m'avait déja ravi la première fois (mais pourquoi donc l'avais-je interrompu ?).  Chabon a truffé son texte de mots d'argots yiddish (ne vous inquiétez pas, il ya un glossaire à la fin) et la façon même dont tout ça est raconté est ju-bi-la-toire : descriptions, énumérations, comparaisons, états d'âme, coups de blues, coups de sang, considérations sur l'existence, combien de fois me suis-je arrêté pour le plaisir de relire ce que je venais de lire. Je me suis mis à faire des cornes sur les pages, pour pouvoir retrouver plus facilement ces pépites. L'écriture de Michael Chabon, enfin, l'écriture de ce roman, est comme une épicerie fine, où l'auteur vous ferait goûter à des douceurs jusqu'à satiété. C'est une écriture riche, gourmand, calorique, à la façon des pâtisseries extrême-orientales... Un bouquin qui se déguste, véritablement.
Dans le prochain post, je vous recopierai quelques extraits, pour voir si le coeur vous en dit...

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dimanche 18 janvier 2015

saindoux

UN REPAS EN HIVER
de Hubert Mingarelli

il n'y a pas que les films dans la vie...
Emprunté hier à Philou, ce petit (124 p) livre, qui m'a attiré l'oeil car il était posé en travers sur les autres livres du rayonnage de la bibliothèque dans l'entrée, comme une invitation, et dont le titre et le résumé m'ont donné l'immédiate envie de le lire, ce que je viens de faire, et qui me pousse  à en toucher quelques mots à mes lecteurs potentiels.
Philou m'avait offert, il y a quelques années, du même auteur, le très beau Quatre soldats (Prix Médicis 2003). Ici, ils ne sont que trois. Trois soldats allemands, qui demandent au commandant de pouvoir sortir du camp pour "en" ramener, plutôt que de devoir y rester  pour "en" exécuter. C'est l'hiver, un hiver très rigoureux, le froid est partout, les trois hommes partent dans la neige et la glace,  plutôt contents s'avoir "gagné" cette journée dehors, même s'il y fait un froid mortel. Presque par hasard, ils vont découvrir un jeune Juif, caché dans un trou en lisière de forêt, qu'ils prennent donc avec eux pour le ramener au camp. Ils vont s'arrêter dans une maison polonaise abandonnée, où ils vont tenter de préparer de quoi manger, un "repas", qui constitue toute la deuxième partie du roman (et lui donne, très justement, son titre).
Un univers uniquement masculin (et donc, me concernant, un éventuel sous-sous-texte gay, de la même façon, toujours dès qu'il s'agit d'un groupe d"hommes), des mecs qui doutent, la relation entre un père et son fils... Autant de points communs (de passages obligés) dans les différents romans d'Hubert Mingarelli que j'ai pu lire (ou simplement les quatrièmes de couv', ces belles menteuses). Une simplicité d'autant plus frappante qu'elle est au service d'une émotion particulière. Où l'économie des mots génèrerait une émotion inversement proportionnelle, et, s'il est assez rare tout de même que les larmes me viennent aux yeux en lisant (bien moins souvent, en proportion, qu'au cinéma par exemple), là, elles étaient au rendez-vous. Comme au terme d'une décongélation lente et progressive. Au début du roman tout est dur, froid, sec, cassant, brutal. Congelé à coeur. Et c'est comme si, en faisant monter lentement la température des corps, le feu allumé dans cette maison polonaise moche (et sa problématique : comment l'entretenir ?) réchauffait aussi les pensées de ces hommes, en train d'attendre devant le fourneau que la soupe cuise, dégelait par là-même leur humanité, à feu doux, et, c'est normal, l'émotion du lecteur.

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Posté par chori à 06:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]