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samedi 27 mai 2017

l'élan blanc

N'ESSUIE JAMAIS DE LARMES SANS GANTS
de Jonas Gardell

Ce livre, je l'avais acheté dès sa sortie, conjonction d'un reliquat de chèque-cadeau et du fait que j'avais lu tous les romans précédents de Jonas Gardell -dont j'avais même adoré Et un jour de plus-, mais je ne l'avais pas commencé tout de suite. parce qu'il m'impressionnait un peu, par sa taille (600 pages, grand format, écrites plutôt petit) et par son sujet : les premières victimes du Sida à Stockholm, au début des années 80. Etait-il possible, pensais-je, crétinement, d'écrire autant de pages sur un tel sujet ? (oui je vous l'ai déjà dit je peux parfois être, décidément, très con).
Et, finalement, un beu matin, hop!, je me suis lancé.
C'était il y a quelques temps, déjà, mais je viens juste de le terminer. Et les dernières pages sont hallucinantes de force et de beauté. A l'image du reste, d'ailleurs. Je l'ai dit et répété aux gens qui me connaissent, depuis que ma lecture en a commencé, j'ai rarement versé autant de larmes en lisant un roman. Elles surgissent à intervalles réguliers, sans que l'écriture de jonas Gardell soit mélodramatique ou racoleuse ou que sais je encore d'autre. Ce monsieur écrit formidablement bien, et je trouve scandaleux que ce grand -très grand- bouquin soit honteusement passé ainsi à travers les mailles des critiques littéraires et autres décerneurs de prix (mais ils sont, peut-être, simplement, aussi très cons que moi je l'ai été, avant de l'aborder ???)
Deux personnages centraux, Rasmus, qui quitte sa cambrousse natale à 19 ans pour aller faire des études à la capitale (stockholm, en l'occurence), mais avec tout de même quelques arrière-pensées lubriques (il sait qu'il est gay, et veut enfin en profiter), et Benjamin, qui, s'il vit à Stockholm, n'a guère eu encore l'occasion d'en "profiter", puisque
a) il ne le sait pas encore, qu'il est gay
b) il fait partie des Témoins de Jéhovah (comme toute sa famille) et en conçoit d'ailleurs, au moins au début, un immense bonheur.
On va suivre l'histoire de ces deux tourtereaux beaux comme tout, avant, pendant, et après (leur rencontre, qui aura lieu lors d'un réveillon de Noël, chez Paul, un gay flamboyant, une folle d'anthologie, dont on suivra également l'histoire, le reste de la vie, comme celle(s) des autres membres du "collectif gay" qu'il a fondé : Reine, Lars-Åke, Seppo, Bengt...)
J'ai utilisé les mots reste de la vie volontairement car Jonas Gardell ne fait pas que nous évoquer un groupe de mecs gays à Stockholm dans les années 80, il va tout aussi minutieusement nous raconter l'apparition du SIDA, point par point, du début jusqu'à la fin, jusqu'aux fins je devrais dire, puisque du petit groupe de départ, saisi en cette fameuse veille de Noël où tout a commencé pour Rasmus et Benjamin (car il s'agit aussi, et surtout, d'une histoire d'amour merveilleuse), du petit groupe, donc, il n'en restera que très peu à la fin du roman.
Jonas Gardell présente les choses simplement (la vie de famille, "avant", la rencontre, le coming-out, les réactions familiales, la vie commune, les disputes, l'apparition de la maladie, les soins...) et abordera ainsi, successivement, chacun des personnages principaux au cours du roman. dans une approche jamais linéaire, concentrique plutôt,  tricotant passé et présent, tendresse et noirceur, via une écriture fasinante, elle-aussi se déployant entre la sécheresse du constat et le lyrisme de l'incantation.
Six-cent pages, ou presque, en trois parties (L'amour, La maladie, La mort), et, je le répète, j'aurai rarement pleuré autant au cours d'une lecture. Le genre de spasme qui soudain vous étreint et vous coupe la respiration au détour d'une page. J'ai retrouvé tout ce que j'aimais dans Et un jour de plus (la lucidité, l'humour, le lyrisme, l'anticonformisme) mais dans une forme beaucoup plus ample. car la "petite histoire" de Benjamin et Rasmus se niche et s'enracine dans une autre, la "grande", celle des luttes pour la "légalisation" de l'homosexualité, intimement liée, avant, pendant, et après, à celle du SIDA.
On referme le bouquin, sonné, et il reste dans la tête plein de scènes belles et fortes (les cent dernières pages, notamment, en fourmillent, mais on y est peut-être d'autant plus sensibles que'on sait que les personnages vont bientôt nous quitter...)
Un très grand bouquin, à la hauteur de son titre : magnifique.

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samedi 13 mai 2017

avec un accent grave

Le Cran d'arrêt, éditions Denoël, 1985

Un couple, éditions Gallimard, 1987

Sa femme, éditions Gallimard, 1993 (Prix Médicis 1993)

Vendredi soir, éditions Gallimard, 1998

Stallone, éditions Gallimard , 2002

Tout s'est bien passé, éditions Gallimard, 2013

Emmanuèle Bernheim est morte il y a quelques jours.
Je crois que c'est Philou qui m'avait  fait découvrir (Le cran d'arrêt) ces romans petits par la taille mais intenses de par leurs mots. Avec une tendresse particulière pour Vendredi soir,
(et le magnifique film qu'en a tiré  Claire Denis, avec Valérie Lemercier et Vincent Lindon.)
Je les ai tous lus, relus. Et plusieurs fois offerts (notamment Sa femme , à Zabetta, pour son deuxième mariage).
Le dernier, Tout s'est bien passé, n'était pas un roman, mais un essai, une chronique plutôt, sur la mort de son père.

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vendredi 3 février 2017

deux conseils

" Je lui ai demandé s'il pensait vraiment que la barbarie pouvait revenir.
"Les êtres humains sont prévisibles. Regardez : les socialistes sont au pouvoir depuis quatre ans et ils ont déjà cessé d'être de gauche. Ces voitures officielles et leurs gyrophares, ces privilèges, l'argent, l'oubli du peuple et les courbettes au capital. La descente a commencé. Je vous ai donné un conseil, il y a quelques temps : relisez et corrigez ce que vous écrivez. De nombreuses fois. Voici mon deuxième et dernier conseil : planquez des armes à la campagne, dans les bois et dans les caves. Enroulez-les dans des chiffons avec un peu de graisse pour ne pas qu'elles s'abîment, gardez les balles dans une boîte au sec. Et faites des réserves de nourriture. Un paquet de riz, cela ne vous semble rien aujourd'hui. Mais c'est important. Il faut avoir vécu la faim pour savoir à quel point un paquet de riz, une pomme de terre, un carré de chocolat sont des choses magnifiques. Alors, mon ami : planquez des armes et du chocolat.""
Martin Page (L'apiculture selon Samuel Beckett)

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jeudi 22 décembre 2016

polarz

FLORIDA ROADKILL
de Tim Dorsey

Le second Dorsey, acheté sur ebay.  Il semblerait que ce soit le second réel chronologiquement... Dans la famille "Floride" je voudrais le fils (spirituel) de Carl Hiaasen. même lieu, même structure -complexe- où des dizaines de personnages, plutôt allumés d'ailleurs, chacun dans sa spécialité, s'agitent dans leurs histoires, séparément au début, puis de plus en plus concentriques/concentrées, et convergeant vers un épique feu d'artifice final où tout le monde se retrouve au même enddroit et interfère avec les autres, souvent  au péril de sa vie (ça dégomme pas mal chez Dorsey, et plutôt joyeusement, violemment, amoralement). Le genre de bouquin où il s'agit d'être attentif lors de la mise en route, sinon on risque de connaître quelques flottements au cours de la lecture. On retrouve donc notre Sergeounet préféré pour de nouvelles aventures. Il s'agit quand même de cinq millions de dollars dans le coffre d'une voiture dont les deux (sympathiques) conducteurs n'ont aucune idée du magot qu'ils transportent, et qui va exciter diverses et convergentes convoitises... (Auparavant il y aura quand même eu un "accident" de tronçonneuse croquignolet...) Du Dorsey pur jus, un vrai bonheur de lecture...

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HAMMERHEAD RANCH MOTEL
de Tim Dorsey

... à tel point qu'à l'issue du précédent, je n'ai pas pratiqué l'alternance comme d'hab (un Hiaasen / un Dorsey / un Hiaasen / un Haskell Smith, algoritme savamment élaboré en fonction du nombre de romans de chacun) et j'ai aussitôt enchaîné sur celui-ci avec gloutonnerie... qui reprend là exactement ou Florida roadkill s'était achevé. Les cinq millions de dollars dans le coffre, et une nuée de fous furieux, chacun dans son coin avec sa propre histoire au début, mais vous connaissez le truc, ça ne va pas durer et tout va se mettre à interférer et à clignoter et à crépiter et à s'embraser... Si la lecture au début est attentive (il faut intégrer qui, quoi, et pourquoi), la suite n'en sera que plus jouissive. Des trois Dorsey que j'ai lu, c'est le plus "dense", et je pense que c'est celui que j'ai préféré...

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STRIP-TEASE
de Carl Hiaasen

J'ai ensuite été raisonnable et suis retournée vers Carl H. Celui-là je l'ai eu un peu parès les autres, et pas en poche, parce que je ne voulais pas de l'édition J'ai Lu avec la photo de Demi Moore en couverture (car un film , du même nom, en a été tiré, et pas très bon si j'en crois les échos). Là-aussi, ça démarre fort avec beaucoup de monde. Une boîte de nuit où travaille une jeune strip-teaseuse divorcée qui se bat pour récupérer la garde de sa fille, le videur de la boîte de nuit, secrètement amoureux de la stripteaseuse, un client qui se fait défoncer le crâne à coup de bouteille de champagne par un Membre du Conseil passé par là incognito, en compagnie de son garde du corps avec son gros révolver... Une photo compromettante a été prise, qu'"on" aimerait bien récupérer. Ajoutez un flic cubain plutôt cool, un avocat plutôt véreux, un ex-mari plutôt addict, et ça ne va pas tarder à jouer Ramona... Un Hiaasen pur jus, si ce n'est qu'il est strictement urbain, et qu'on n'y verra pas, ou presque, de bayou, de mangroves, de gouverneur redevenu sauvage et de gentil flic black qui le protège... Très plaisant quand même, mais pas le meilleur.

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DÉFONCÉ
de Mark Haskell Smith

Et là, il a fallu que je lise mon quatrième (et avant-dernier) Haskell Smith. Avec, ce que m'a confirmé Marie par la suite, le sentiment que, après le Hiaasen, ça se lisait trèèèès facilement. Haskell Smith, j'adore aussi. Une histoire à dormir de beuh : un jeune américain a fabriqué la meilleure weed du monde, a gagné la médaille à Amsterdam, et, bien sûr, tout le monde va s'entretuer pour la posséder, cette fameuse Elephant Crush, la meilleure du monde. C'est très bien écrit (le syndrome "j'ai envie de recopier des pages entières"),  c'est rythmé, bien construit. C'est un peu moins cul que d'habitude, mais tout aussi drôle, sinon plus. Léger et enivrant comme le meilleur des champagnes. A recommander pour Noël!

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mercredi 9 novembre 2016

Dorsey ! dorsey!

Allez lire ça  puis ça, pour vous faire un peu de bien en pensant aux Etats-Unis.
Quand un blog que j'aime publie un article à propos d'un auteur que j'aime (où il renvoie sur un autre blog qui l'aime tout autant), on ne peut pas passer ça sous silence!
J'ai moi-même découvert Tim Dorsey très récemment, et tout de suite constaté qu'il était extrêmement difficile de se procurer ses bouquins d'occase (j'ai ainsi, mais je vous l'ai déjà narré, traversé Paris de long en large, et surtout en vain, avant de réussir à en dénicher un, Triggerfish Twist, chez le (dans le ? au ?) Boulinier de Bonne Nouvelle pour 1€ (mais qui me coûta tout de même un portefeuille, une carte bancaire et une trentaine d'euros... mais ça fait rien je lui pardonne) et, depuis que j'ai mis le nez dedans, j'ai envie de lire tous les autres... En ai acheté un chez Gibertuche.com, trouvé un autre à la Foire aux livres, émis des souhaits sur Priceministruche pour les autres, etc.
Je suis venu à Dorsey via Carl Hiaasen, logiquement (Hiaasen qui restera la grande découverte de cette année année 2016), tant on peut leur trouver des airs de famille (la Floride, l'humour, la déjante, la multiplicité des personnages, la construction des récits) si ce n'est que Dorsey, s'il est aussi déjanté, est encore beaucoup plus trash que Tonton Carl (et pendant que nous y sommes,  dans la famille, n'oublions pas, of course, le cousin Mark Haskell Smith, qui s'y entend bien aussi question humour et trash...)
Tim Dorsey n'est publié, en France, que chez Rivages, en principe d'abord en grand puis en poche, mais pas forcément. Les titres sont en anglais, et reprennent toujours exactement le titre original, et le héros récurrent en est Serge Storms, qu'on pourrait définir comme un serial killer plutôt secoué (avec un certain passif psychiatrique) mais extrêmement attachant... Serge n'est pas tout seul, il fait équipe avec Coleman, un grassouillet amateur d'alcool et de dope, et Sharon, encore plus amatrice de dope et de morts violentes, et on ne sait pas exactement dans quel ordre il faut lire les bouquins puisque Dorsey a déclaré que son éditeur américian ne les vait pas publiés dans le bon ordre, au moins pour les cinq premiers, et qu'il faudrait donc d'abord lire Florida Roadkill, puis Triggerfish Twist...

Et il n'est donc pas très étonnant (après avoir lu Dorsey et Hiaasen) d'apprendre que la Floride a massivement voté pour D.T (...)

http://timdorsey.com/frenchtwist.jpg  http://p4.storage.canalblog.com/41/63/838515/111038599_o.gif
http://a54.idata.over-blog.com/186x300/4/45/54/51/Americains/11093-medium.jpg https://moeursnoires.files.wordpress.com/2016/10/florida-roadkill-payot-rivages-1999.jpg

(je les ai)

 http://www.babelio.com/couv/bm_5953_1760293.jpg  http://www.payot-rivages.net/couvertures/bassedef/9782743614249.jpg 

(je ne les ai pas... petit papa noël, psssst!)

 

 

 

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mardi 1 novembre 2016

bakchich et mcguinn

"Le chien se payait du bon temps.
Le fait est, quand on est un labrador retriever - c'est qu'on est né pour le fun. Il est rare que votre mental loufoque et indépendant s'encombre de méditation transcendentale et jamais, au grand jamais, d'idées noires ; chaque jour c'est le pied. Que demander d'autre à la vie ? Bouffer, c'est la fête. Pisser, un délice. Chier, la joie. Et se lécher les couilles ? La félicité suprème. Et où que l'on aille, plein d'humains crédules vous caressent, vous serrent dans leurs bras, tout à vos petits soins.
Donc le chien s'éclatait un max à marauder en break avec Twilly Spree et Desirata Stoat. Son nouveau nom ? Super. Mcguinn, c'était super. Bakchich, c'était bien aussi. A vrai dire, Le chien n'en avait rien à battre de comment on l'appelait ; il aurait répondu à n'importe quel nom."Viens voir ici, Face de Cul, c'est l'heure de la bouffe!" - et il aurait été en extase, sa queue en matraque frétillant tout autant. Il ne pouvait s'en empêcher. Les labradors sont mus par la philosophie que la vie est trop brève pour la passer à autre chose que s'amuser, faire des bêtises et se livrer à leurs pulsions charnelles spontanées.
Palmer Stoat lui manquait-il ? Impossible de le savoir, la mémoire canine est plus avide de sensations que sentimentale ; plus approvisionnée en odeurs et en sons qu'en émotions. Le cerveau de Mcguinn porterait à jamais l'empreinte des cigares de Stoat, par exemple, et des cliquetis résultant de ses difficultés avec la porte d'entrée quand il rentrait tard, fin soûl. Tout comme il se rappelait ces aubes frisquettes dans l'affût aux canards, quand Stoat essayait encore d'en faire un retriever digne de ce nom - le volettement affolé des oiseaux, le pan-pan-pan des fusils, le timbre des voix d'hommes. Logés aussi dans la banque de mémoire de Mcguinn, on trouvait le moindre sentier qu'il avait parcouru, le moindre matou qu'il avait coursé jusqu'à un arbre, la moindre jambe qu'il avait essayé de tringler. Quant à savoir si la compagnie de son maître lui manquait pour de bon, qui aurait pu le dire ? Les labradors ont tendance à vivre l'instant présent, exclusivement, joyeusement, en oubliant tout le reste.
Et pour le moment Mcguinn était heureux. il avait toujours aimé Desie qui, chaleureuse, l'adorait et dont l'odeur était absolument grandiose. Quant au jeune costaud, celui qui l'avait emporté de chez Palmer Stoat sur ses épaules, il était amical, attentionné, et, sur le plan fumet, tolérable. Quant à l'épisode morbide du chien dans la malle-cabine - eh bien, pour Mcguinn, l'incident était déjà clos. Loin des yeux, loin du coeur. Tel est le credo du labrador."

(Carl Hiaasen "Mal de chien")

Je n'ai pas pû m'empêcher de vous recopier ces deux pages, juste pour vous donner une petite idée du héros noir et poilu (et à quatre pattes) de ce roman de Carl Hiaasen (le neuvième, déjà!) que je viens juste de terminer, et qui m'a tout autant réjoui que les précédents... Ce mec, vraiment, je l'adore. Enfin, plutôt, ses romans, je les adore (et encore un immense merci à Jean-Marc Laherrère et à son blog Actu du noir, sans qui je serais à jamais passé à côté de ces bonheurs de lecture!)
Il doit m'en rester encore quatre à lire (L'arme du crocodile, Strip-tease, Presse People et Fatal song), alors, savourons...

https://pictures.abebooks.com/isbn/9782266119061-fr-300.jpg

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dimanche 23 octobre 2016

encore des polars 3

CROCO DEAL
de Car Hiaasen

Un Hiaasen que j'ai particulièrement apprécié, même s'il n'est pas forcément le plus représentatif. Un personnage d'indien taciturne (jeune) particulièrement sympathique, réfugié sur une île avec une demoiselle énervante au début mais attachante ensuite. Une île où vont se croiser pas mal de brindezingues de tout acabits, notamment une mère de famille un peu zinzin qui a organisé une fausse excursion en canoé pour se venger d'un vendeur téléphonique qu'elle a trouvé spécialement goujat. On y verra aussi l'ex-mari de la dame, et son fils aussi. Sans oublier le fantôme d'un touriste revenant en rêve réclamer une sépulture décente... Des embarcations, des roseaux, des mangroves, des va-et-vient sur terre et en mer, des mensonges, des révélations, des combines plus ou moins foireuses, tout ça dans un décor insulaire à peine plus "exotique" que d'habitude... Un de mes Hiaasen préférés je pense.

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LA COLLECTION
de Paul Cleave

Celui-là m'attendait depuis quelques temps, et j'ai pensé que ça serait bien de changer d'air et de style. Erreur! Après toute une série de Hiaasen et de Smith, celui-ci m'a semblé si effroyablement "sérieux" que je n'ai pas réussi à le mener jusqu'au bout... J'avais adoré son premier (Un employé modèle), puis un moins le deuxième (Un père modèle), et encore moins le troisième (Nécrologie, où grosso modo chacun passe son temps à enterrer, déterrer, ré-enterrer des cadavres...) Nous sommes toujours à Christchurch, NZ, ce trou-du-cul-du-monde où chacun(e) est soi serial killer, soit victime de serial killer, soit enquêteur sur les serial killers, parfois même appartenant à plusieurs des catégories susnommées. Avec un collectionneur de serial kilers qui a enlevé quelqu'un qu'il prend pour un sérial killer, et le séquestre dans un endroit où lui-même eut affaire à des serial killers, etc. Et une jeune fille innocente a été enlevée et séquestrée comme dans le silence des agneaux. Et comme dans le silence des agneaux, au bout d'une centaine de pages "en alternance" (un chapitre sur deux  concerne un mec juste sorti de prison - pas parce qu'il a tué un serial-killer à la fin de Nécrologie mais parce qu'il a tué une femme et sa fille sans le faire exprès-  , et l'autre l'histoire du collectionneur de serial-killers) je n'ai pas pu m'empêcher d'aller voir à la fin si elle était toujours vivante. Et j'ai lu les 100 dernières pages à reculons. Voilà, ça ne m'a pas du tout enthousiasmé. Peut-être ne pourrai-je plus lire de polar "sérieux" ?

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MAUVAIS COUCHEUR
de Carl Hiaasen

Je me suis donc remis illico aux choses plus drôles... Et j'ai bien fait. Tiens, ça commence comme du Mark Haskell Smith (à moins que ce ne soit le contraire) : il est question d'un bras coupé retrouvé par des pêcheurs (du dimanche) au fond de l'eau. Ce bras appartient à un financier un peu véreux, dont la veuve vient faire constater le décès et revendiquer la succession, soupçonnée aussitôt de meurtre par la fille dudit. Et l'enquête est menée par un flic rétrogradé à la "brigade des cafards" (inspections sanitaires dans les cuisines des retaurants) parce qu'il a sodomisé avec un tuyau d'aspirateur le mari de sa maîtresse... Du Hiaasen pur jus, donc. Avec des promoteurs (comme toujours) véreux, des sorcières vaudou, des Bahaméens spoliés, des spéculateurs immobiliers, des voisins sans scrupules, et, comme trait d'union entre tous ces agités du bocal, un singe qui a tourné avec Johnny Depp mais s'avère spécialement mal embouché. Un roman dense, foisonnant, où ça court dans tous les sens, et, comme toujours, extrêmement drôle. Avec beaucoup d'humour (noir donc) et un retournement de situation que je n'avais pas du tout envisagé. Hautement recommandé.

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TRIGGERFISH TWIST
de Tim Dorsey

Celui-là a une histoire, il ne coûtait qu1€ chez Bouliniuche, mais m'a coûté, en plus, mon porte-feuille, ma carte visa et 25€. C'était le seul bouquin de Tim Dorsey que j'ai pu trouver dans tout Paris! Quelle mystérieuse confrérie les a donc tous fait soigneusement disparaître des rayons des libraires ? Ce monsieur est rangé (dérangé aussi, un peu, il faut le reconnaître) dans la clique des "joyeux drilles", cousinant avec Hiaasen et Haskell Smith. D'où mon intérêt.

(un blanc pour exprimer que le temps -de la lecture- a passé.) Je viens de le reposer, et c'est vraiment quelque chose. La scène finale, celle vers laquelle auront convergé, pendant 350 pages, les différents protagonistes du bouquin, peut être taxée de feu d'artifice et/ou  de folle furieuse (mais au sens zygomatique du terme). Si l'intrigue policière pourra sembler un peu lâche à certaines, la galerie de personnages croqués par Tim Dorsey justifie à elle seule la lecture (de ce qui, coup de bol, semble être d'après wikipédiuche le premier de la série, publiés dans le désordre qu'il ont été, dixit l'auteur- aux US d'abord et en France ensuite, donc le hasard a très bien fait les choses. Bien que, tiens j'y repense, il soit fait allusion (en note de bas de page) à un autre, Florida Roadkill, qui a donc été écrit avant, et d'ailleurs été traduit effectivement en premier...*) Avec, visiblement, un personnage récurrent de... serial-killer! (mais beaucoup plus drôle que chez Cleave), prénommé Serge. Un mec érudit, charmant, plein de bonne volonté mais un peu perturbé, et qui tue plutôt, dirons-nous... à bon escient. Le Serge en question étant flanqué de deux comparses "à la vie à la mort" : une bombasse cocaînomane et un grassouillet fumeur de pétards... C'est vraiment très drôle, férocement drôle même, et je me réjouis qu'il m'en reste donc une bonne quinzaine à lire (en comptant ceux qui n'ont pas encore été traduits...) Tout ça valait bien un portefeuille sans doute!

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* Vérification faite, Florida Roadkill est bien le premier de la série, puisqu'il raconte la rencontre de serge et de Coleman (le grassouillet haschischin)... celui-ci serait donc le deuxième...

 

Peti

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dimanche 21 août 2016

encore des polars 2

PROMESSE
(les enquêtes du Département V/6)
de Jussi Adler Olsen

C'est Marie qui m'a fait découvrir cette série, et il était donc logique que ce fût elle qui me le prêtât. On retrouve donc notre trio d'enquêteurs chéris (Carl le grincheux, Assad son assistant syrien et aussi délicieux qu'un loukhoum, et Rose la gothique bipolaire), qui vont rouvrir le dossier d'une affaire vieille de 20 ans : une demoiselle, à bicyclette, un beau matin, a été percutée par un chauffard (et projetée dans un arbre, où elle est morte) qui a pris la fuite. Et le flic qui a mené l'enquête en vain pendant vingt ans les contacte en faisant d'eux son unique espoir...
Je dois avouer que les précédents m'avaient graduellement un peu déçus (en fait, depuis le début de la série, l'intérêt pour les enquêtes racontées -minutieusement, oui, avec le même rythme que celles racontées par Sjowal et Wahloo, que j'adorai en leur temps : une enquête où au départ il n'y a rien, et ou, par un extraordinaire et patient travail de fourmi, on va finir par découvrir, à force d'acharnement, un genre de brindille minuscule qui va permettre de débloquer la situation et de faire démarrer véritablement les recherches -, l'intérêt, donc, décroit, tandis que ce qui nous "tient" -et l'auteur est dué pour ça- c'est la description des rapports entre les trois acolytes -avec un gros faible bien sûr pour Assadchounet) et que les 650 pages bien tassées de celui-ci m'ont donné au début une certaine appréhension. Construit suivant la technique habituelle  à JAO, le récit alterne les chapitres "maintenant" et ceux "il y a un certain temps", nous dressant ainsi le portrait d'une (ou d'une) méchant(e) -je vous laisse le découvrir- tout spécialement salop(e) -idem- et multi-récidiviste.
D'autant plus qu'au début cette histoire de secte et de gourou ne m'intéressait pas particulièrement. L'auteur est assez roublard pour nous donner quelques nouvelles informations sur des "affaires annexes" qui concernent notre trio (on retrouve de loin en loin des personnages de l'entourage de Carl, privé et professionnel (cette affaire du pistolet à clous sera-t-elle un jour résolue ?) et faire ainsi durer le plaisir jusqu'à un volume ultérieur.
C'est très lent pendant très longtemps, un peu trop bavard par moments, et ça accélère (enfin!) dans la toute dernière partie (il se passe, grosso modo, autant de choses dans les 50 dernières pages qu'il s'en est passé dans les 600 précédentes...). La résolution est assez habile, et quand on repose le bouquin, on se dit, allez, qu'on reviendra volontiers pour le prochain volume...

SALTY
de Mark Haskell Smith

... et je n'ai pas pu m'empêcher de redémarrer aussi sec un MHS (le troisième). Après les cuisiniers hawaïiens (Delicious) et les bras coupés américains (A bras raccourci), nous voici face à une rock-star (le bassiste d'un groupe de métal mondialement célèbre) en vacances en Thaîlande avec son épouse. Bière glacée sur la plage et doigs de pieds en éventail au programme. Sauf que l'épouse en question va se faire enlever par un groupe de pirates, et que la mécanique délicieuse va se mettre en place. Qui dit enlèvement dit rançon, et voilà qu'un agent américain va entrer en scène, pour perturber ladite remise de rançon, puis vont apparaître -plop! et replop!- toute une flopée d'autres personnages qui vont fou-furieusement faire mousser la bière fraîche de ce pauvre Turk Powell (c'est la rock-star).
C'est à la fois très improbable et très excellemment raconté. Impeccable. Ettrès digeste. Après les 650 pages roboratives de JAO, ces 350-là filent à toute berzingue (une écriture nerveuse, acérée, drôle, bandante, tout pour plaire, quoi.) Encore un PAQV (et avec un sous-texte gay extrêmement affleurant, sauf que c'est fois, il s'agit d'amours au féminin). Comme dans tout cocktail exotique savamment dosé, on pourrait y voir un certain second degré désinvolte et dézingueur, plaisant, plus un-je-ne-sais-quoi qui apporte un zeste d'amertume -ô très légère-, qui viendrait contrebalancer le sucre et les épices, mais ça se boit vraiment vraiment avec délices.
Hautement recommandé!

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samedi 6 août 2016

encore des polars

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DELICIOUS
de Mark Haskell Smith

Toujours grâce au même blog providentiel, Actu du Noir, ici) qui m'vait déjà fait découvrir les délices de Carl Hiaasen, voici donc un petit nouveau (qui lui n'a publié que cinq romans), et dont la filiation avec ce cher Carl Hiaasen semble assez justifiée. Même structure "en étoile", avec des personnages différents (voire très différents) s'agitant tout autour d'un thème "central", qui sont déjà, au départ plutôt attachants (ah oui, le roman commence par l'épilogue, on sait qui a fait quoi (bien qu'on ne sache pas précisément quels sont les quois en question) et ça commence suffisamment fort, pour qu'on soit tout de suite harponné, alpagué, crocheté (etc., complétez avec le qualificatif de votre choix) et qu'on ait envie d'aller plus loin. Il est ici question d'Hawai, d'un jeune cuisinier (local) plein d'avenir, de son oncle et de son cousin (dans la restauration, des équipes de cinéma en résidence notamment), d'une équipe de cinéma, justement (le réalisateur et son assistante), et d'un mafioso aux dents longues qui souhaite venir s'installer sur l'île pour y gagner beaucoup de pépettes (au détriment des petits entrepreneurs locaux). Il y aura aussi des tueurs, un, puis deux et trois. les personnages sont très bien croqués, avec certains revirements plutôt surprenants mais qui rajoutent encore au plaisir.
Et comme chez Hiaasen c'est une formidable mécanique, comme chez Hiaasen c'est très drôle (drôlement noir ou noirement drôle ?). Mais, encore mieux que chez Hiaasen (enfin, pour moi), c'est très cul. Très cru. Il sera beaucoup question de bites, en des états d'émoi divers (après le FAQV, voici le PAQV : le polar à quéquette visible, merci MHS!) et en plus, ce qui n'arrive pas si souvent non plus, pas strictement hétéronormé, donc, (pour moi, encore) que du bonheur...
Pour résumer, Mark Haskell Smith, c'est bon comme du Carl Hiaasen mais en encore plus couillu (ceci dit les romans ont quand même été écrits à vingt ans d'intervalle, il faudra que j'arrive aux bouquins plus récents de Carlounet pour éventuellement réviser ce jugement...)

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QUEUE DE POISSON
de Carl Hiaasen

Retour à Hiaasen, donc (il m'en reste encore quatre, je crois) et à la Floride, après ce détour par Hawaiï. J'essaie de les lire dans l'ordre mais c'est compliqué, il me manque les premiers. Celui-là vient après Pêche en eau trouble, me semble-t-il, et il y est beaucoup plus question d'eau que de poisson, d'ailleurs. Ca commence avec un mari qui pousse sa femme du pont d'un bateau lors d'une croisière, et pense avoir commis le crime parfait. sauf que l'épouse en question non seulement a survécu (et elle est recueillie par une vieille connaissance, Mike Stranahan -toujours aussi viril et craquant-) mais décide de se venger... Le mari est un fieffé pourri, le genre de mec sans crupules et qui aime beaucoup les dollars et entreront successivement en jeu un flic très obstiné (qui a des serpents come animaux de compagner et rêve de se faire muter dans le Montana), le patron du mari (un businessman sans scrupules ni états d'âme) la maîtresse du mari (une esthéticienne au sang chaud) et le garde du corps du mari (attribué par son patron) une montagne en salopette couverte de poils... Touillez joyeusement, et c'est parti pour cinq cent pages extrêmement plaisantes (comme d'hab', Hiaasen sait être drôle, écolo, anti-capitaliste, cynique, fleur bleue, et il arrive même à nous émouvoir, si si! avec des twists de personnages, qui vont se comporter soudain comme on n'aurait jamais cru qu'ils se comporteraient...)

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MIAMI PARK
de Carl Hiaasen

Celui-là me disait un peu moins parce qu'il est vieux, publié chez j'ai lu et qu'il accuse un peu son âge (mais bon le papier jauni a son charme, hein...) C'est comme rentrer dans la piscine, affronter le choc thermique. Et bien là, en deux pages c'était fait : une famille en décapotable rouge de location et en route vers un parc d'attractions reçoit soudain un rat, jeté depuis leur van par une paire de malfrats. Et c'est parti ! Car il s'agit en fait d'un campagnol du manguier à langue bleue, un spéciment rarissime, volé dans un parc d'attractions (dirigé par un boss sans scrupules ni états d'âme, promoteur véreux, en délicatesse avec la mafia, genre de personnage récurrent chez Hiaasen) par un duo de bras cassés (tandem de personnages tout aussi récurrents chez Hiaasen, et toujours aussi attachants) pour le compte d'une  mamie  très riche très écolo (et au révolver très facile, style Calamity Jane). Et là, on n'a encore lu que quelques pages! Il y a aussi un journaliste pourvu d'éthique, sa copine qui bosse pour une sex-line au téléphone, une jeune fille qui joue les ratons-laveurs dans le parc d'attractions qui est au centre de l'intrigue et des préoccupations de chacun (sans oublier un chef de la sécurité un peu trop porté sur les stéroïdes et anabolisants, un dauphin un peu trop entreprenant, un tueur mafieux souffrant d'aérophagie, et, cerise sur le gâteau, notre ami Skink toujours avec son imper fluo et son bonnet de bain à fleurs...) et fera l'objet d'ailleurs d'une scène finale plutôt apocalytique... De la littérature idéale pour ces vacances à soleil et chaise-longue au bord de la piscine!

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A BRAS RACCOURCI
de Mark Haskell Smith

S'il y a une chose que j'ai en horreur (ceux qui me connaissent le savent) c'est bien les histoires de mafia, mafieux, mafiosi, parrains et tutti quanti (parle plus bas...), et il suffit en général que le sujet soit évoqué sur la quatrième de couv' pour que le bouquin me tombe des mecsn et je pensais que c'était irrémédiable. Mais je ne connaissais pas Mark Haskell Smith. Celui-ci est, chrnonologiquement, le premier des cinq parus (tous chez Rivages). Et donc je l'ai pris après avoir reposé le Miami Park précédent. ici, tout tourne autour d'un bras, malencontreusement coupé par une porte de garage, celui d'un mafioso haut placé, bras autour duquel vont se poursuivre des mexicains (toute la hiérarchie du crime, du jefe (le big boss) à ses différents fifres et sous-fifres, un flic entêté, un employé de la morgue (celui qui devait livrer le bras au flic), sa copine, son autre copine (sachant qu'untel ou unetelle est thérapeute et donne des leçons de branlette, écrit un livre de cuisine, tombe amoureux d'une femme vue sur un tatouage, découvre le pouvoir érotique d'un flingue, veut devenir scénariste de telenovela, rencontre l'amour, veut passer le septième niveau de tétris, passe son temps à fumer des pétards, se fait tatouer contre sa volonté, j'arrête là...). Ca s'agite beaucoup, sous le soleil de Los Angeles et parfois de ses environs.Les personnages sont plaisantissimes, les événements qui les rassemblent vont du loufoque au fou-furieux en passant par le clin d'oeil ou l'inattendu. C'est superbe, c'est -encore une fois- construit comme une mécanique de précision  (tout est donc plus ou moins parti d'un bras, et tout ou presque se résoudra dans une chambre d'hôpital), c'est drôle, c'est alerte, c'est cynique, c'est même parfois fleur bleue (oui oui il y en a même des qui recontrent l'amûûûr), bref, c'est idéal... A recommander violemment, donc! (C'est un peu moins cul (un peu moins cru) que Delicious, du même -mais bon là il était plus jeune hihihi-)

Mais je vais arrêter là pour l'instant les Hiaasen et les Smith pour changer d'air avec un autre poids lourd dont je vous parlerai la prochaine fois.

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samedi 16 juillet 2016

estivales

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JACKPOT
de Car Hiaasen

Après de l'orage dans l'air, j'ai tout de suite enchaîné avec celui-ci. Deux tickets de loto gagnants. Le premier par une jeune fille, le second par une paire de malfrats à la petite semaine. 14 millions de dollars c'est encore mieux s'ils peuvent en avoir deux fois plus, et ils décident d'aller voler le ticket de la demoiselle. Une course-poursuite avec tout un contingent de personnages toujours aussi déjantés, une intrigue conçue comme une mécanique de précision à l'efficacité (et à l'humour) redoutable(s), avec toujours la même sensiblité écolo, et cette façon innée de mixer le  documentaire (ici, ça tire tous azimuths sur le bizness des miracles et des pèlerins cathos) avec les scènes les plus improbables, et en prime  le retour de Skink, avec son imper fluo et son bonnet de bains à fleurs... polar, BD, roman d'aventures, loufoqueries, sans oublier un poil de sang et un zeste de noir (noir). Le bonheur! J'aime vraiment la façon dont carl Hiaasen nous tricote ces récits en forme de patchworks en apparence plus ou moins disparates mais où tout s'assemble clic clac hop merveillerusement in fine (Même si j'y mettrais peut-être quelques minusculissimes réserves sur la toute fin un tout petit peu trop roucoulante à mon goût mais bon je chipote...)

PÊCHE EN EAUX TROUBLES
de Carl Hiaasen
J'ai enchaîné avec celui-là, où l'on apprend pourquoi Skink a un oeil de verre (j'ai entrepris de les lire dans l'ordre, même si je n'ai pas pu mettre la main sur le tout premier, L'arme du crocodile...) qui se passe dans l'univers (jusque là de moi inconnu) des compétitions de pêche, plus précisément des pêcheurs de bass a large bouche, où l'enquête sur la mort accidentelle d'un pêcheur va déboucher (comme souvent) sur des scandales immobiliers (Hiaasen ne se lasse pas de nous épingler toutes les magouilles de ces affreux spéculateurs) où entreront dans la danse aussi bien un faux prédicateur télévisuel que divers pontes de la mafia, dans un récit orchestré avec la maestria qu'on connaît déjà à l'auteur (la fin est une réussite totale). Et notre Skink préféré est là, et il est en pleine forme! (même si l'évocation de ses repas est parfois susceptible de lever le coeur...) Sans oublier une prothèse manuelle des plus originales.

COUSU MAIN
de Carl Hiaasen
Et de quatre! Celui-là n'est pas en poche, mais dans la collec' "Albin-Michel Suspense" à la jaquette blanche, qui m'apporta, en son temps (par le passé), autant de bonheurs (King) que de désceptions (Higgins Clark, Mc Donald, Barker)... J'étais quand même plutôt confiant sur ce coup-là. Il sera question cette fois de chirurgie esthétique (pas mal de personnages d'ailleurs vont s'y faire refaire le portrait), d'une enquête menée par un ex-privé buriné bourrinant  supermalin trop fort comme on les aime, qui cherche à savoir pourquoi un célèbre chirurgien cherche à le faire assassiner (on le saura assez vite). Interviendra dans l'histoire un personnage de tueur extrêmement réjouissant (on pourrait même dire attendrissant, oui), surnommé Chimio, et une palanquée de personnages, dans la mise en place d'une intrigue toujours aussi chiadée et virtuose de notre cher Carl Hiaasen (le seul petit regret c'est que n'y intervient pas Skink, mais, rassurez-vous vous, il sera encore question, même si par la bande, de magouilles immobilières et de combines foireuses.) Déjà très plaisant (le roman date de 98!). Même s'il met un tout petit peu plus de temps à démarrer (quoique... quand il met les gaz, ça décoiffe grave!) Mais déjà, notre Carlounet avait le goût des prothèses manuelles plutôt originales! (cf ci-dessus)

ARRÊTEZ-MOI LA!
de Iain Levison

Après le quatrième Hiaasen (j'étais au milieu de ma pile, tout juste), j'ai décidé de faire un break, de changer d'air et j'ai pris le dernier Levison qui me restait à lire, (le sixième, donc) que je me gardais pour la bonne bouche. Comme d'hab, c'est bien une histoire de looser, racontée à la première personne, d'un mec dans la mouise, mais  cette fois il a un emploi, il est  chauffeur de taxi (le titre original du roman). Et accusé -à tort, on le sait dès le début- de l'enlèvement et d'une meurtre d'une fillette. Et tout va aller très vite. On va  suivre ça "de l'intérieur" de a jusqu'à z : arrestation, garde à vue, détention, procès, suites du procès... et ça fait froid dans le dos, le système judiciaire américain (Ca ne serait sans doute pas beaucoup plus cool en France). On sait que le narrateur est innocent, et c'est d'autant plus terrible de le vivre avec lui. Flics  incompétents, avocat qui l'est presque tout autant, médias qui s'acharnent, vindicte de la populace, tout se ligue contre notre narrateur, qui s'acharne à clamer son innocence et que personne ne veut croire, tellement il fait un coupable idéal. Pourquoi chercher plus loin ? Le ton est aussi différent des autres romans de Levison : tout ça est bien plus noir, plus amer. Plus grave. Mais tout aussi fort. Une belle et juste évocation de la vie carcérale, et (surtout ?) de ce qui se passe après, ce à quoi on ne pense pas si souvent... très impressionnant, et tendu jusqu'aux dernières lignes. Moralité : ne touchez pas les fenêtres chez les gens. ne nettoyez pas votre véhicule à la vapeur, Même si une cliente a vomi dedans la veille...
Message personnel à l'auteur : Bon ça y est, j'ai tout lu de vous, auriez-vous la gentillesse d'en réécrire bientôt un autre ? Merci d'avance, Iainchounet.

Posté par chori à 06:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]