098
AURORE
de Blandine Lenoir

Agnès Jaoui est une dame qui, pour moi, jouit d'un capital sympathie énorme, que ce soit en tant qu'actrice, réalisatrice, scénariste ou dialoguiste (en voilà des casquettes!). Je lui dois maints bonheurs cinématographiques, petits ou grands c'est selon. Et elle confirme ici tout ce bien qu'on pense d'elle (et qu'on va continuer à penser) dans un beau rôle de femme mûre, superbement épanouie, dans le prolongement de celui qu'elle tenait dans le délicieux Comme un avion de Bruno Podalydès.
De Blandine Lenoir, j'ai vu le précédent film, Zouzou, (noël 2014) que je n'ai visiblement pas beaucoup apprécié  puisque je n'en ai mentionné que l'affiche et le score : ** (normalement ça peut monter jusqu'à *****). Mais bon, la bande-annonce était vraiment drôle et plaisante, Emma avait vu le film à Besac et avait adoré, et ça passait cette semaine dans le bôô cinéma. Trois bonnes raisons, non ?
Séance de retraité(e)s, donc, à 16 h (3 femmes et moi). Et il faut reconnaître que le film tient sympathiquement les promesses de sa bande-annonce. Une femme, la cinquantaine, donc, "épanouie", avec ses deux filles, plus une grande copine, plus un ex-mari, à un moment particulier de sa vie (mais tous les moments de nos vies ne sont-ils pas, par définition, des "moments particuliers" ???). Elle retrouve par hasard son premier amour de jeunesse (Thibaut de Montalembert, très bien, vu en ce moment dans Dix pour cent) et replonge dans son passé, elle a affaire à un nouveau patron dans le bar où elle était serveuse et qui l'affuble d'un nouveau prénom, et affronte son présent, l'aïné est enceinte, la cadette veut arrêter ses études, elle fait face à l'avenir... Family life, quoi, sur tous les tons, de tous les temps.
Marie à la sortie évoquait à la fois Lulu femme nue et Camille redouble, et elle avait doublement raison (d'ailleurs, Solveig Anspach a droit à  un remerciement spécial dans le générique de fin). Film" de femme(s)", de copines, de sororité, dont, forcément pour lequel il me manque quelques clés pour l'apprécier pleinement (tout ce qui tient à la relation mère/fille par exemple). Le film est vraiment plaisant, Agnès Jaoui en est de pratiquement tous les instants, elle y rayonne jubilatoirement. Et  c'est vraiment un grand bonheur de la suivre.
On avait deviné assez tôt comment ça allait finir, mais on est quand même content que ça finisse comme ça, on se laisse aller avec plaisir, en plus, Bertrand Belin a composé une musique qui va  bien avec le film. De quoi être ravi, passer un très bon moment.
Il manque toutefois (faisons notre esthète cinématographique boudeur et poseur) un petit je-ne-sais-pas-quoi (qui est légèrement différent d'un je-ne-sais-quoi, sans que je puisse vraiment préciser en quoi) pour qu'on soit encore plus heureux en sortant (pendant le film, je me suis mis à faire des comparaisons avec L'autre côté de l'espoir, en me demandant pourquoi, dans un cas, j'avais ressenti  une émotion esthétique aussi violente pendant tout le film, tandis que, dans l'autre, je ressentais juste le plaisir de voir un film plaisant. Ce qui est déjà bien, quand même, reconnaissons-le). Peut-être juste un peu trop sage, un peu trop contenu, attendu... mais c'est vrai qu'il faut lui reconnaître la singularité d'un (beau) portrait de femme quinqua, ce qui n'est pas si courant par les temps qui courent, dans le cinéma (qu'il soit français ou étranger). A défendre, donc, et à encourager.
Un film ensoleillé, chaleureux, oui, comme quoi, hein,  une  bouffée de chaleur ça peut ètre agréable...

471835