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L'OPÉRA
de Jean-Stéphane Bron

Emma avait été tellement enchantée par ce film qu'elle est revenue le voir avec moi. J'aime bien ce genre d'expérience immersive dans un milieu donné, comme ont déjà pu en produire Nicolas Philibert chez nous (Un animal des animaux, La Ville-Louvre, La Maison de la radio, La moindre des choses, Le pays des sourds) et Fred Wiseman aux USA (il y en a beaucoup trop pour que je les nomme, je vous recommande le volume 3 de ses oeuvres). Etre comme une petite souris (les américains disent fly on the wall) et assister à ce qui se passe un peu partout, à tous les niveaux, depuis le tout-en haut (les bureaux de la direction) jusqu'au tout-en-bas (les coulisses et les arrière-salles). Ce qui se dit, ce qui se fait, ce qui se met en place, ce qui coince, ce qui change,  C'est très plaisant, très agréable, on se sent presque un privilégié de pouvoir assister à tout ça (oui, le prix des places à l'Opéra est prohibitif, et vu le taux de remplissage, les happy few semblent beaucoup plus nombreux qu'on pourrait le penser). En cette période pré-électorale, ça retourne bien le couteau dans la plaie (et ça pourrait le replacer entre les dents) : les riches à l'Opéra, et les pauvres au bistrot!. mais revenons à l'art lyrique et au chorégraphique, puisqu'on passera, avec le même bonheur, des entrechats aux contre-ut (c'est invariable), et on aura donc la chance et le plaisir d'assister à la gestation -et à la naissance- de plusieurs créations (Moïse et Aaron, La Bayadère, Les Maîtres-Chanteurs), chacune apportant son personnel et ses problèmes spécifiques, entre lesquels le réalisateur et sa céra vont et viennent, batifolent, virevoltent : un choeur de longue haleine, un taureau, un élève-chanteur russe, une ballerine, un responsable qui ne sait plus s'il veut l'être encore, une jeune demoiselle qui se contient avec son violoncelle, et qne sait faire que teuh!, un moment d'émotion à propos des victimes du Bataclan...
C'est très très agréable, parce que très bien construit (on est d'abord un observateur extérieur, et plus ça va plus on s'approche des choses -et des personnages-) et les presque deux heures passent sans qu'on s'ennuie une seconde.

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