mardi 28 février 2017

la marseillaise

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CHEZ NOUS
de Lucas Belvaux

On était content de l'avoir en sortie nationale. Lucas Belvaux, on l'aime bien aussi (plus ou moins c'est vrai, mais globalement oui on l'aime). Ce film-là on en a sans doute plus parlé que des autres, parce qu'il évoque un parti que je ne nommerai pas (mais que j'abomine de tout mon coeur). Il y a une blonde, fille de son père, chef d'un parti facho surnommé "Le bloc", qui refonde un parti avec un nouveau nom, pour "adoucir" un peu les préceptes de son vieux facho de père (mais c'est juste du toilettage, juste une petite couche de sucre pour enrober les mêmes vieilles idées pourraves) et qui se présente aux municipales dans un patelin acquis à sa cause, mais qui cherche une candidate pour jouer les marionnettes en tête de "sa" liste, quelqu'un du cru, une locale, connue, aimée, et la trouve en la personne d'une jeune infirmière.
On va suivre le parcours de cette jeune femme (Emilie Dequenne, impeccable), depuis le moment où un médecin "ami de la famille" (André Dussolier, parfait en crapule déguisé en notable impeccable et bon enfant) propose de lui mettre le pied à l'étrier, jusqu'aux fameuses élections municipales en question. Elle aura d'abord des hésitations, des états d'âme (son père est communiste, elle se dévoue corps et âme à son travail et à ses enfants), mais acceptera finalement de se lancer dans l'aventure, après avoir fait la connaissance de la cheffe blonde du néo-parti (oui, ça rime avec néo-nazi, tiens) et s'être immergé dans un meeting surchauffé dont l'enthousiasme des participants fait froid dans le dos.)
Elle croit bien faire. mais réalise bientôt que les apparences sont trompeuses. Surtout qu'intervient une histoire d'amour avec un mec dans lequel elle reconnaît un de ses premiers amours. le mec en question, c'est Guillaume Gouix. et c'est là que mes grands yeux devraient commencer à s'embuer de larmes car mon Guigui chéri d'amour joue (très bien) un salopard au lourd passé d'exécutant zélé de la fachosphère, mais qui n'hésite pas , avec ses potes paramilitaires bien siglés cagoulés et armés à aller ratonner un peu la nuit pour garder la forme (sous prétexte de "sécurité"...).
Les choses se compliquent encore quand la cheffe apprend que sa poulaine roucoule avec le sale (et désormais indésirable) nervi qui a bossé avec son père, et dont elle ne souhaite pas qu'on aprenne leur relation roucoulante...
La pression va continuer de monter dans ce village où le racisme se pratique désormais à visage découvert. L'affaire suivra son cours, certains plâtres seront essuyés...
Un film d'une certaine façon terrifiant, puisqu'il ne fait que décortiquer un modus operandi déjà à l'oeuvre depuis un certain temps. En sortant de la salle, je regardais chaque personne et j'avais l'impression que chacun/chacune, pouvait "en" être, derrière son joli sourire ou sa rassurante politesse... Oui, terrifiant.

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lundi 27 février 2017

soirée acid

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WILLY 1ER
de Ludovic Boukherma,  Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P.Thomas,

Quatre (jeunes) réalisateurs, ça n'est pas très courant. On en avait dejà eu trois pour Party girl, qui ne m'avait pas complètement convaincu, et dont d'ailleurs, par moments, ce film n'est pas très éloigné. Par moments. Willy, c'est un personnage de fiction, mais créé d'après la "vraie" vie de Daniel Vannet, qui l'incarne d'ailleurs à l'écran. Il s'agit d'un homme d'une quarantaine d'années, "en situation de handicap", qui, à la suite du suicide de son frère (dans le film, de son jumeau) décide de s'émanciper (il habite encore chez ses parents) et d'aller vivre sa vie, à pied dans un premier temps, dans le village voisin, à 9km... Il squatte d'abord chez un copain, puis chez sa curatrice (jouée par la seule actrice "professionnelle" du film, Noémie Lvovsky, magnifique de justesse et de simplicité) avant de s'installer dans "son" appartement, de rouler sur "son" scooter pour aller à "son" nouveau boulot. Boulot où il rencontre un autre Willy avec qui les relations, dans un premier temps, ne vont pas être des plus faciles. L'ensemble du casting est composé de non-professionnels, ce qui fait qu'il faut un temps d'adaptation pour se sentir à l'aise. J'évoquais Party girl, où on se retrouvait un peu dans la même situation (je pourrais aussi parler des films de Bruno Dumont) : des "vrais" gens jouant une presque vraie vie à l'écran, et pouvant provoquer le malaise (ce fut mon cas) dans des situations pénibles de réalisme (le syndrome Strip-tease) où il suffirait de peu de choses pour que le regard du cinéaste se teinte de voyeurisme ou de condescendance.
Mais dans le cas présent, les quatre jeunes réalisateurs revendiquent leur fascination (et leur complicité) pour le personnage de Willy. Ce que la narration traduit parfaitement. J'adore l'introduction dans l'histoire du "fantôme" du frère mort, intervenant régulièrement, jusqu'à la magnifique scène où les deux Willy(s) sont assis par terre devant leur voiture, au petit matin, avec chacun son fantôme venant à sa rencontre. C'est vraiment le moment, même s'il est tard dans le film, où ça a basculé pour moi. Oui, j'ai versé ma petite larme. Et tout ce qui suit sera tout aussi magnifique (à la fin, on a même, aussi, et je pense que c'est une première, un fantôme de voiture!). Et j'ai constaté, comme à chaque fois, combien c'est important, de pouvoir échanger, à la fin du film, avec le réalisateur (ou quelqu'un qui le représente) qui vous apporte des éléments nouveaux, ou une nouvelle façon de voir (d'appréhender) le film.

 

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COSMODRAMA
de Philippe Fernandez

Philippe Fernandez, justement, s'était déplacé pour nous parler de l'ACID, de Willy 1er, et de son propre film (celui-ci). Cette soirée était prévue depuis belle lurette (novembre, me semble-t-il) mais n'a pu se concrétiser qu'en ce 23 février avec une soirée à deux films, qui sera suivie d'une semaine -ACID- à 3 films : Willy 1er, Cosmodrama, et Swagger. Un enchaînement de circonstances fâcheux (c'est souvent le cas) a fait que notre communication sur l'évènement n'a pas été optimale (et que la date retenue ne l'était pas non plus). Revenons à notre film. Il s'agit de science-fiction (mais c'est un peu un prétexte), où se réveillent, dans un vaisseau rétro-futuriste allant d'on ne sait pas où petit a jusqu'à on ne sait pas où non plus petit b, un certain nombre de personnes, des scientifiques plus un alienologue (un musicien auquel Sébastien Tellier prête ses traits) plus un philosophe/ psychologue /candide qui vont faire rien moins que de tenter de nous expliquer l'univers, le big bang, le cosmos, les trous noirs, le théorème de Gödel et autres joyeusetés futuristes, en même temps aussi vulgarisatrices qu'érudites (à moins que le contraire). C'est un peu comme si Science et vie ou La recherche s'étaient déguisées avec les sous-pulls en acrylique de Star Trek (le film est censé se dérouler en 1971) -les oripeaux de la (science-)fiction- pour mieux nous appâter. On vous montre des choses pour pouvoir vous en raconter d'autres. (Quant à moi, qui fus dans mes jeunes années un téléphage spécialisé dans les émissions bizarres, je me suis rappelé d'un téléfilm qui s'appelait La dame d'outre-nulle part. Le premier téléfilm de sf de l'ORTF. Ainsi que d'une histoire de navire de l'espace, vu un autre soir où je restais seul devant la télé, Icarie XB1.) Souvenirs souvenirs. Ainsi que les ouvrages de vulgarisation scientifique de G. Gamow, (avec ses aventures de Mr Tompkins) que j'avais dévorés à la bibliothèqe muncipale.
Le film est ce qu'il est (il m'avait moyennement enthousiasmé quand je l'avais vu en petit sur mon ordi, mais là sur grand écran ça n'avait plus rien à voir.) Même s'il ne pas toujours complètement conquis, je suis sorti très content  car par contre j'ai pris beaucoup de plasir à la discussion avec le réalisateur qui a suivi la projection. C'est toujours passionnant d'entendre quelqu'un vous exposer son point de vue, "son" projet (et de le comparer avec ce qu'on en a ressenti). Ce qu'il a voulu y mettre et ce que j'en ai pris. J'avais saisi le "sens général" du truc, mais certains détails, qui tenaient pourtant à coeur au réalisateur,  m'en avaient complètement échappé (le chemin de croix, par exemple).

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dimanche 26 février 2017

mi-janvier / mi-février

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courrier

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belle histoire d'amour sur le parking ?

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les fils sur le capot

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arbre

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samedi 25 février 2017

et glou et glou

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VILAINE FILLE, MAUVAIS GARÇON
de Justine Triet

(d'abord j'apprend -ce matin- que c'est une chanson de Gainsbourg, écoutable ici)
Un court de 2012, de la plébiscitée Justine Triet (celle de La bataille de Solférino et de Victoria).Une nuit à Paris, l'hiver frisquet, alors il faut boire pour discuter et se toucher et s'embrasser dans les fêtes ou dans les bars (et même à domicile). Boy (Thomas Lévy-Lasne, qui n'a rien tourné d'autre depuis, dommage il a une jolie barbe et une raie des fesses sympathique) meets girl (Laetitia Dosch, qu'on aura bien revue par contre depuis). La petite histoire habituelle de rencontre entre, ici, un jeune peintre bohème et une jeune actrice, accessoirement chauffeuse de salle. Elle a une frère un peu agité, lui un père et un grand-père avec qui il habite (je ne sais plus qui squatte chez qui), et le background familial de chacun a son importance... On boit, on parle, et re. Une déambulation nocturne attachante, une certaine dégaine, et une aimable simplicité (sincérité) un peu brute de décoffrage. Avec en prime Serge Riaboukine en papa. Grande qualité de liquide(s) ingéré(s), mais c'est ça la nuit, hein...

vilaine-fille-mauvais-garcon

vilaine fille

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vendredi 24 février 2017

pelles et patins

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MATE-ME POR FAVOR
de Anita Rocha Da Silveira

Entregent, suite (le film sort le 15 mars et nous l'avions envisagé pour notre Semaine Latino 6, donc, lien de visionnement gentiment fourni par le distributeur). Je l'ai donc regardé ce matin.
Et j'en reste très... perplexe.
Pour savoir si d'autres l'avaient vu et s'ils l'avaient aimé ou non (car moi, j'avais le sentiment que ça m'avait entre agacé et énervé, avec pourtant une modulation induite par la toute dernière scène). Et les quelques critiques que j'ai trouvées en surfant (je vous mets même les liens : (filmdeculte.com, ungrandmoment.be, mad-movies.com, chaosreigns.fr)) sembleraient  aller dans le sens contraire : tout le monde a l'air d'avoir plus ou moins a-do-ré ça.
Voyons voyons : quelque part au Brésil, (à Rio de Janeiro, quoi) des jeunes gens (surtout des jeunes filles) se font mystérieusement et successivement assassiner, toujours au même endroit, dans un genre de terrain vague (ou de, comment disait Dominique ? ah oui... de "friche industrielle). Un groupe de copines s'intéresse à l'affaire, dont fait partie Bia, l'héroïne, la seule qui soit, en même temps connectée à deux personnages masculins (on pourrait dire "aux deux personnages masculins principaux") : Felipe, son amant catho (aux hésitations de jouvencelle sur le bien-fondé de faire des cochonneries dans les toilettes -ou ailleurs- avant le mariage) et Joao, son frère, addict au web et amoureux obsessionnel d'une adolescente disparue. Plus le temps passe et plus les cadavres s'amoncellent (sans qu'aucune force de police pourtant ne s'en inquiète et/ou émeuve), plus les jeunes filles frissonnent et gambergent, et plus notre héroïne file un étrange coton...
Voilà pour le pitch. Après, il serait aventureux de vouloir raconter autre chose (et surtout de le pouvoir). En regardant le film , j'ai eu le sentiment que le montage était si cahotique (je ne dirais pas calamiteux mais presque) que plus ça va et plus on n'y comprend rien. (La réalisatrice en touche deux mots sur allocinoche, en expliquant que comme il s'agissait d'une coproduction Argentine/Brésil, elle a d'abord dû travailler avec un monteur argentin, qui voulait en faire un "film commercial", et que ça s'est donc très mal passé, qu'elle l'a  tué (je plaisante comme dans le film) viré, et qu'elle a fini le montage au Brésil toute seule comme une grande avec une copine (-brésilienne-...)
Bon, le film plaît. On vante la fraîcheur et l'originalité du produit. La plupart des critiques évoquent un "kaléidoscope pop et acidulé". Soit. Je pense qu'ils doivent avoir l'âge du rôle, et être sans doute eux-aussi jeunes pop et acidulés. En ce qui me concerne, (qui dois donc avoir au minimum deux fois leur âge), j'aurais plutôt qualifié ça de joyeux foutoir et de grand n'importe-quoi. Déjà, la collaboration Argentine/Brésil, j'avais trouvé ça étonnant. Et le film est comme tiraillé. Ensuite je me dis que, effectivement il y a des éléments non miscibles dans le scénario et le traitement de l'histoire, ce qui donne ce sentiment étrange de coq-à-l'âner en permanence.
Plus le film avance et plus il m'évoque un Scream sans masque et sans couteau ou un It follows sans zombie atone. Avec un peu de Gregg Araki par ci (la vie de lycée en couleurs flashy) ou un peu de Kleber Mendonça Filho par là (le sang qui coule). Et beaucoup de sauce telenovela pour napper le tout (ou de "satire de telenovela", voyez la nuance, mais qui pour moine fait pas vraiment de différence). J'ai eu la pénible impression que le film durait quatre heures, alors qu'il n'en fait même pas deux. Une succession de scènes pas déplaisantes prises individuellement mais dont la mise bout à bout donne parfois l'impression qu'on a utilisé la touche random pour le montage. Oui, plein de choses intéressantes, souvent, mais dont l'agencement ne fonctionne pas. (Enfin, pas toujours) Ah pourquoi ci ? Et pourquoi ça donc maintenant ? Mais qu'est-ce qu'elle a donc voulu dire ? (comme si la réalisatrice avait eu du mal à faire des choix.)
Peut-être que c'est juste moi qui suis  trop vieux, hein, et que le film va cartonner chez les adolescents (le cocktail hormones au taquet / réseaux sociaux / meurtres mystérieux doit être plus alléchant pour eux que pour moi. En parlant d'hormones, je n'ai pas vraiment chronométré ni tenu la liste mais c'est incroyable le nombre de plans où ils se roulent des pelles : ça doit bien occuper un tiers du film!) Ciel! Vieillis-je et ne comprends-je plus rien au jeunisme (ou à la jeunerie ?) pour passer mon temps à ronchonner et cracher mon venin ? (Pierre Murat, sors de mon corps!). Peut-être y aurait-il aussi une métaphore sur la façon dont la (belle) jeunesse s'abîme (à force, justement, de trop se rouler de galoches ?), tant le nombre de plaies hématomes coupures et pansements divers bourgeonne et fleurit au fil du film qui passe...
Donc, vous irez voir, et vous me confirmerez après si je suis un vieux con ou quoi.

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comme diarit allocinoche : "Si vous avez aimé..., alors vous pourriez aimer...

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jeudi 23 février 2017

petit commerce

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MA'ROSA
de Brillante Ma Mendoza

Vu juste après Moonlight, le contratse est... saisissant. Manille, chaleur, humidité, foule, trafic. Une mère et son fils font les courses dans une grande surface et les rapportent dans leur petite échoppe. Bonbons, sucettes, chips, babioles. La nuit, la pluie les accompagnent, mais surtout, aussi,  la marque de fabrique de Brillante Mendoza : la caméra portée qui les suit sans cesse, et rajoute encore du vertige à cette frénésie moite. Ca tangue et chavire, ça s'agite, ça s'en va et ça revient, y a du tangage et y a du roulis, et surtout ça dure et ça dure. On a envie de crier "arrêtez je veux descendre!" tellement à la longue ça devient pénible, on a envie de s'arnacher à son siège, on a envie de fermer les yeux.
Ma'Rosa et son mari ont une petite boutique, mais ils ont rajouté un rayon à leur petit commerce de proximité, ils vendent aussi de la came, des petits sachets de poudre blanche qu'ils glissent en douce (on assiste à une transaction) dans un paquet de clopes, à la bonne franquette.  Entre son mari et ses trois enfants, les clients,  le dealer, les créanciers, les débiteurs,Ma'Rosa a beaucoup à faire. et ça ne va pas s'arranger lorsque débarquent une escouade de flics qui viennent les arrêter, elle et son mari, pour recel et vente de stupéfiants (la caméra va encore bouger encore plus...).
Les voilà emmmenés au commissariat, où on ne les fait pas rentrer par l'entrée principale mais par derrière, dans une pièce où se bousculent pas mal de "flics" du cru dont on comprend assez vite qu'ils sont pourraves de chez pourrave, ce qu'ils veulent surtout c'est du fric, et mettent alors en place une procédure mi-interrogatoire et mi-transaction, où ils finissent par fixer le montant -exorbitant- de la "caution"  contre laquelle ils pourront être libérés. La dénonciation -puis la capture- de leur dealer ne va pas vraiment régler les choses, en tout cas comme Ma'Rosa l'avait espéré, puisque, sur les 200 000 exigés au départ par les flics, il va encore rester 50 000 à régler.
C'est l'occasion d'un long huis-clos dans cette pièce surpeuplée, où ça parle beaucoup, avec des flambées de violence occasionnelles comme on en a déjà bien connu chez Mendoza, et où la caméra s'agite pas mal encore. (Le réalisateur prend le parti, pour "aérer" son récit de suivre en (long) plan-séquence chaque personnage qui sort de la fameuse pièce, sans que cela soit forcément d'une quelconque utilité pour l'intrigue, mais c'est vrai que ça fait du bien de respirer un peu.)
50 000, donc. C'est ce que vont apprendre les trois enfants venus voir leurs parents. Ils doivent alors se débrouiller pour gratter, chacun, de son côté et avec ses propres moyens, tout l'argent possible pour réunir cette somme et libérer leurs parents. La jeune fille va voir les voisins et la famille, et récolte les dons, le cadet préfère se prostituer, l'aîné revend ce qu'il peut (la télévision, le karaoké , peut-être ?).
Au retour chez les flics, ils n'ont réuni "que" 46 000... Les 4000 manquants ? C'est l'occasion pour Ma'Rosa, qu'on laisse alors repartir, de tenter de faire l'appoint. Et le point aussi...
Le personnage est beau, et touchant, mais ne suscite pas forcément toute cette avalanche de dithyrambes, ni même forcément ce prix d'interprétation à Cannes. Tout le reste de la famille n'est, justement, pas en reste, et l'aurait sans doute tout autant mérité. Cannes s'est emballé, Cannes s'est engoué, Cannes à trompetté, et le reste du monde (critique) a suivi...

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mercredi 22 février 2017

le bruit de la mer

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MOONLIGHT
de Barry Jenkins

Il ne passera dans le bôô cinéma que le 1er mars, mais, allez savoir comment, je l'ai regardé ce matin sur mon ordinateur. Mystère des arcanes du ouaibe, hein. un film que j'avais entendu présenter par Yann Barthez, il y a déjà quelques temps, en présence de son élégant réalisateur, et dont les critiques semblaient plutôt élogieuses.
1h51 qui me donnent l'envie de revoir la même chose sur un grand écran, assis dans un fauteuil rouge, parce que le film le mérite. On y voit un gamin grandir, en trois moments de son existence. Simplement. Chiron, il s'appelle, mais il est aussi surnommé "Lil" (petit) ou "Black" pas besoin de traduire, dans le plan-titre de chacune des parties. L'histoire est simple, mais le traitement l'est moins. Ou plutôt si. Barry Jenkins la filme avec sa simplicité à lui (qu'on pourrait qualifier de désarmante) alliée à une technique admirable. J'ai ressenti plusieurs fois en moi ce genre d'hyperventilation esthétique, où mes poumons me signaleraient soudain que là, c'est sublime. Un genre de spasme esthétique. Et ça n'arrive pas qu'une fois. J'ai été frappé par la qualité et la force des mouvements de caméra, et rarement dans un film j'y aurai été aussi sensible auparavant. La façon dont elle se déplace, virevolte, décrit des arabesques autour des personnages, avec une grâce, une légèreté (et là je suis obligé de réécrire le mot) admirables. Mais Barry Jenkins maîtrise tout autant les cadrages, la mise au point (la profondeur de champ), les couleurs, les déplacements des personnages, à tel point qu'il faudrait absolument revoir le film tout de suite, pour en apprécier encore plus tout le reste, tout ce qu'on a pu en manquer...
Le travail sur le son et la musique fascine, de la même façon. Tout est d'une extrême élégance, et de la même justesse. Rien de gueulard ni de revendicateur. Juste cette intense simplicité (jamais je crois une scène de flirt entre garçons n'aura été filmé avec autant de force et de délicatesse. Et, quasiment, d'abstraction (ah cette main sur le sable...). De pudeur aussi.)
Je me souviens qu'à l'époque, Spike Lee avait déclaré qu'il y aurait des blancs dans ses films quand il y aurait des blacks dans les films de Woody Allen... Barry Jenkins adopte la même posture (et la même revendication) : Tous les personnages de Moonlight sont "de couleur", et c'est comme ça. Et ils sont magnifiques, il faut le dire et le redire.
La vie de Chiron n'aura pas toujours été rose, et la violence souvent présente, à chacun des âges de son histoire. Violence due à la relation familiale, violence due au regard des autres, violence physique, violence morale, rien (ou pas grand chose) ne lui sera épargné. mais avec, en parallèle, à chaque fois, des "rencontres" qui rééquilibrent un peu la balance. Le gamin buté et maigrichon deviendra un ado mutique et maigrichon, qui se transformera en armoire normande avec des muscles et des chaînes en or, mais toujours aussi taiseux*.
Il y a tout de même une grosse ellipse dans le récit, entre la deuxième et la troisième partie (je ne sais pas si c'est la même chose dans le roman) mais c'est peut-être mieux, finalement, d'avoir évité de passer par la case "prison" puis "prise de fonctions dans le business" (le personnage l'évoque juste en quelques mots, dans la dernière partie) pour nous montrer, d'un seul coup (avec encore une fois un sens du raccourci saisissant) la transformation entre les deux états.
Malgré les coups, les injures, les arcades sourcillères fendues, les chaises fracassées sur la tête, Moonlight est aussi (surtout ?) une histoire d'amour (et la dernière partie tout entière en est une démonstration éblouissante) et du genre très précisément de celles qui me font fondre...
Top 10

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*(oui je prends des libertés avec l'accord : une armoire normande devrait être taiseuse, mais ça faisait moins joli...).

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lundi 20 février 2017

pour régler nos contes

054
GRIMM
d'Alex Van Warmerdam

Toujours grâce à UniversCiné VoD, je continue de découvrir des pépites vanwarmerdamesques. Celle-ci date de 2003 mais d'après allocinoche, n'est jamais sortie en France. Comme son titre l'indique, on est ici dans l'univers du conte : Un frère (Jakob) et sa soeur (Marie), sont, au début de l'histoire, emmenés dans la forêt par leur père pour y être perdus, mais leur maman leur a laissé un lettre (en espagnol) leur conseillant d'aller retrouver leur oncle en Espagne... Après un bref passage dans la maison d'un ogre et de son épouse, les voilà qui, à la sortie d'un tunnel, se retrouvent... en Espagne. Ils ne trouveront pas l'oncle en question (car il est mort) mais Marie va susciter l'intérêt d'un riche espagnol, qui va l'épouser et les installer tous deux dans sa maison avec piscine, domestique, et chambre secrète derrière double porte blindée (il a d'autres idées en tête)... Jakob et Marie s'enfuiront une nouvelle fois, avant une dernière partie, toujours en Espagne, mais dans un village western inhabité... et d'y être rejoints par la mari de Marie... (il y a beaucoup de points de suspension dans ma narration.)
Un film avec des héros qui pourraient être des enfants mais qui sont des adultes, avec des "méchants" inquiétants comme dans les contes (et encore pires quand ils n'en ont pas l'air), et avec des animaux aussi, comme dans les contes, dans des situations plus ou moins incongrues : une vache dans les bois, un chien qu'on mange, un âne dont on se préoccupe, une chèvre qui trépasse...
Un film plaisant, que sa construction déséquilibre un peu : la première partie (la forêt, l'ogre) est parfaite la seconde est moins palpitante (le polar ibère) , et la troisième nous remet en selle (le non-western improbable) brillamment. Peut-être le film est-il plus "inoffensif" (moins méchant) que les suivants, mais bon en tout cas, à voir, pour tout amateur de AVW.

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dimanche 19 février 2017

le troisième frère B.

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ROCK'N ROLL
de Guillaume Canet

Celui-là il fallait que je le voie dès la première séance, sans rien en savoir, sinon il serait trop tard. J'y suis donc allé, et j'ai donc essuyé les plâtres de cette première projection, puisque le format n'était pas le bon (beaucoup trop grand) et qu'on ne pouvait pas lire les sous-titres (oui, il y a des sous-titres, et je vous laisse découvrir lesquels.)
Je connaissais grosso-modo le pitch, et je me demandais ce que ça allait bien pouvoir donner. J'avoue que mon enthousiasme initial vis à vis de Guillaume C. (Ne le dis à personne) s'était sérieusement émoussé après avoir vu, par exemple, Les petits mouchoirs, que j'ai trouvé extrêmement putassier.
Donc, Guillaume Canet se met en scène en train d'être mis en scène dans le film d'un autre. Les premiers noms au générique "jouent leur propre rôle" (quand j'y découvre celui de Kev Adams, aïe, je commence à pâlir et à faire la grimace). Et tout commence lors d'une interview de Guigui et de sa partenaire (la jeune et belle Camille Rowe et son rouge très rouge, découverte -pour moi- dans une pub de parfum pour Di*r je crois) où est évoqué le fossé des générations et le fait que Guillaume ne fait plus partie des jeunes premiers "désirables" du cinéma français. Il prend ça mal et va décider de tout faire pour retrouver une seconde jeunesse (et sa place dans le coeur (plus que le lit) des jouvencelles.)
Le coup du film-bilan, on connait, avec des gens célèbres (et des potes) dqui jouent eux-mêmes, on connaît déjà aussi. Je fais le point sur moi, je me focalise, je me regarde en train de me regarder. Le cinéma-vérité, en apparence, suit donc son cours, (et regardez comme je sais rire de moi) mais, à un moment, le "vrai" du film commence à dévier légèrement, puis de plus en plus, jusqu'à un moment-clé où on se dit "Tiens, là, il va où? Il ne peut plus faire machine arrière..." et où soudain le réalisateur n'hésite pas à pousser progressivement dans le rouge les curseurs de la narration, pour suivre l'option qu'il a choisie. La dernière partie est assez surprenante, et ne craint pas d'aller jusqu'au bout de l'absurde du kitsch et du grotesque, chapeau!)
C'est plutôt culotté, je trouve, et même assez malin. Je suis friand de paradoxes, et, par exemple, il est assez plaisant d'assister à une scène où Guillaume expose son idée de film à ses producteurs (le film, donc, qu'on est en train de voir) et se fait proprement (et très énergiquement) rembarrer et virer manu très militari.
D'où le léger effet de vertige, quand on veut bien y penser, entre ce qui est raconté, ce qu'on en dit, ce qui se passe réellement (Guillaume Canet n'aurait-il rien fait d'autre que d'écrire son Paludes à lui ? et donc le film en question serait bien plus amer que ce que son apparence de -son placement de produit en tant que- comédie ne voudrait bien le laisser supposer). Mais, bon, ce n'est pas de penser qui nous est demandé...
Il y a des moments jouissifs et d'autres qui le sont moins (l'effet "montagnes russes").
Et donc, plusieurs scènes que j'ai trouvées ju-bi-la-toires, dans le réalisme (la scène chez les Attal) ou dans l'irréalisme total (le faux clip de Céline Dion), des dialogues qui sont efficaces et drôles, des situations qui fonctionnent, mais qui ne constituent que la partie émergée de l'iceberg. Dans le reste, il y a plutôt du tout-venant, allant du pas très intéressant jusqu'au carrément embarrassant (la scène chez Johnny et Laetitia doit fonctionner au 85ème degré.)
Mais est-ce que ces variations autour du vrai-faux (et du faux-vrai) ne seraient pas un genre de thérapie où Guillaume C. pourrait parler de guillaume c. à la troisième personne, se filmer et se regarder en train de se filmer et de se regarder, et tendre le miroir de la distanciation pour avoir l'air de dire fictionnellement des choses qu'on a envie de dire "vraiment" . Regardez comme ce qui a l'air vrai ne l'est pas, et comme ce qui ne l'est pas pourrait avoir l'air de. L'accroche aurait pu être : "Vous me voyiez comme ci ? Eh bien vous me verrez comme ça..." Finalement c'est vachement zen, entre "tout n'est que mensonge" et "tout n'est que vide".
Un observateur attentif pourrait trouver quelques éléments : si tous les "personnages connus " portent leur vrai nom, ils ne sont pas exactement tout à fait les mêmes que ceux (ce) qu'ils sont dans la " vraie vie" (ou ce qu'on suppose de - Canet qui vomit, Cotillard avec l'accent quebecois, Yvan Attal en businessman, Johnny en papy...-) pour accentuer l'effet normand : "c'est-y vrai ou c'est-y point vrai ?"
Guillaume Canet manipule la vérité, la distord, il l'aménage, mais, au générique de fin, ouf, on est rassuré, "Monsieur Canet" et "Mademoiselle Cotiilard" ont toujours chacun leur assistant personnel (on a beau être filmé en jogg informe et les pieds nus, on a quand même toujours besoin de.)

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(et l'affiche est très moche)

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jeudi 16 février 2017

le bruit de la balle

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JACKIE
de Pablo Larrain

Larrain, c'est des fois comme ci et des fois comme ça. El Club j'ai adoré, No moyen, Santiago Post mortem j'ai ronflé (bon là sans doute il n'y était pour rien le pauvre...). Un biopic, ça m'enchantait moyen, d'autant plus que, par un concours de circonstances compliqué, la séance à laquelle je me suis finalement décidé à assister était en vf! J'ai failli sortir illico, puis je me suis dit "Ne sois pas donc si impulsif ni si plein de principes..." et je me suis rassis mentalement (en vrai, je n'avais pas bougé).
Malgré toutes mes inquiétudes, j'étais plutôt content en sortant : je n'ai pas vu passer le temps (c'est rare que je me dise "Oooh, déjà ?" à la fin d'un film). Le choix du réalisateur est intéressant (c'est un "micro-biopic" : juste trois jours de la vie de la Jackie en question, bon pas n'importe quels trois jours quand même, ceux entre l'assassinat de son mari et l'enterrement du même), et la structure du film l'est tout autant. c'est Jackie qui est interviewée par un journaliste, et l'histoire qui s'écrit (et se  raye et se biffe) en direct sous nos yeux. Jackie "en direct" (Dallas, 1963) qui décide, qui hésite,  et qui change d'avis, et la même (face au journaliste) qui se confie, vérifie ce qu'il écrit, puis parfois se rétracte en disant "Officiellement, je ne vous aurai jamais dit celà...". La petite Portmann (bon, elle a bien grandi quand même, hein) est épatante, forte, crédible, en ex-future première dame. peut-être que, finalement, si je l'avais vu en vo, j'aurais été hyper-enthousiaste. Là, je suis juste enthousiaste (ce qui n'est déjà pas mal).

584831

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