vendredi 22 janvier 2010

"tsoures"

A SERIOUS MAN
de Joel & Ethan Coen

Impeccable. Je viens de voir un film impeccable. Nickel. Propre sur lui. Virtuose. Rarement eu ce sentiment-là, de choses autant filmées au petit poil. Le cadrage, la composition des plans, les mouvement de caméra, le rythme, les transitions, rien n'a été laissé au hasard. Soigneusement. Pour nous raconter l'histoire... d'un père de famille (encore!) avec deux enfants, une fille et un fils qui lui causent du souci (encoore!) et une femme qui le trompe avec un proche (encoooore!) Sauf qu'on n'est ici ni chez Axelle Roppert ni chez Alfred Machin, on est chez les Coen.  Ambiance. Régal!
S'il s'agit encore une histoire de famille, ce serait aussi, tout autant, une histoire de religion (mais à des années-lumière d'Hadewichj, puisqu'ici les croyances pourraient être sujettes à caution, bien plus proche par contre du Gainsbourg (vie héroïque), posant la judaïté comme axe central, comme question aussi, sans forcément y apporter de réponse(s)).
Une Amérique chromo de petite ville de fin des années 60, les belles bagnoles, les chouettes pavillons, les pelouses qu'on tond, les rapports de voisinage, les lunettes-papillon des secrétaires, les repas en famille, les étudiants bien sages, les enfants bien peignés, voilà l'univers de Larry Gopnik, notre héros (un genre de Harold Lloyd sans chapeau),tout ça aussi précis, rassurant et lisse en apparence qu'un dessin de Norman Rockwell, mais bien trop lisse justement, pour ne pas cacher son jeu, bien trop joli pour être honnête... Comme un jardin à la française qui serait peuplé d'arbustes toxiques.
Car l'univers de notre Larry va soudain se lézarder de tous les côtés en même temps, à tel point qu'il n'aura d'autre issue que d'essayer d'aller chercher (du réconfort) la réponse au pourquoi de ses multiples malheurs auprès de trois rabbins successifs. (Le film a l'air de partir du principe que tout un chacun est au courant des subtilités de la religion juive et ne s'en embarrasse donc pas -de subtilités-, ni ne fait appel à une traduction en cas de mots difficiles -comme celui qui donne son titre à cette chronique, aux erreurs de transcription près-, mais cela fait partie du charme et du mystère de ne pas tout comprendre, comme c'est par ailleurs le cas pour le délicieux conte yiddish qui ouvre le film -et dont on ne reparlera plus jamais ensuite-)
Larry, ses hésitations, ses doutes, ses soucis, ses inquiétudes,  ses questions, ses cauchemars... (j'ai un faible pour ses cauchemars, surtout le dernier, qui m'a vraiment fait sursauter!)
Car la vraie réponse serait probablement qu'il n'y en a pas, et la parabole alors n'en serait que plus fascinante dans son "hermétisme" (cf la fabuleuse image finale, -encore un exemple de virtuosité-, un plan qui, quoi qu'il en soit, vous laisse en plan, justement, et retire l'échelle en vous laissant le soin de bien vouloir apporter vos réponses personnelles à toutes les questions que vous ne manquerez pas de vous poser...)
Mon film préféré des Coen depuis un bout de temps sans doute -oui je sais je suis enthousiaste- (pourtant Hashem sait si je les aime depuis longtemps...)

19155581

Posté par chori à 18:11 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires sur "tsoures"

jusqu'au bout

J'y suis allé hier. Et c'est vrai...
C'est extra, jusqu'au bout, et la fameuse mention selon laquelle "aucun juif n'a été maltraité pendant le tournage"
Du petit bonheur qui ne prouve même pas que dieu existe

Posté par JR, dimanche 31 janvier 2010 à 12:37

d'habitude, je suis attentif pendant le générique (consciencieux dirais-je même), mais là, j'avoue que cette ultime friandise m'avait échappé... Merci, J.R!

Posté par chori, dimanche 31 janvier 2010 à 15:20
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